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Retrouvez chaque semaine la chronique européenne de Francis Wurtz dans l'Humanité Dimanche.
La dernière chronique :
Quand "Bruxelles" fait plier une multinationale...
Les chroniques précédentes:
18.05.09 - Quand "Bruxelles" fait plier une multinationale...
11.05.09 - Retour sur le duel Le Hyaric - Barnier
03.05.09 - Quand les choses commencent à se décanter...
26.04.09 - De Bachelot à Barroso
20.04.09 - Reponse à Daniel Cohn-Bendit
06.04.09 - Après Strasbourg: l'Europe, l'OTAN, la Paix
29.03.09 - Avis de tempête sur "les pays d'Europe de l'Est"
22.03.09 - La bombe à retardement des SSIG
15.03.09 - L'eau: encore un défi pour la Gauche européenne!
09.03.09 - Quand Bolkestein revient par la fenêtre...
22.02.09 - Sommes-nous "protectionnistes"?
14.02.09 - Une campagne électorale au coeur de la vie
07.02.09 - L'Europe: recours contre la crise?
25.01.09 - Europe - Gaza: l'heure de vérité
17.01.09 - Gaza: et maintenant?
10.01.09 - Gaza: ce que l'Europe devrait faire
19.12.08 - Une bonne nouvelle quand même
15.12.08 - Le bilan d'une présidence
07.12.08 - PSE: Plus à gauche, tu meurs!
27.11.08 - Après les banques, sauver les emplois!
23.11.08 - Europe: un espoir à gauche
16.11.08 - Démontrer la mystification du "maître du monde"
09.11.08 - La crise, le "G20" et l'appel du PCF
31.10.08 - A propos de quatre textes européens sur l'immigration
26.10.08 - Subitement, Sarkozy sortit de ses gonds...
19.10.08 - Sarkozy lance un défi à la gauche européenne
11.10.08 - La "gauche européenne" à Paris
06.10.08 - Crise: que prépare l'Europe?
26.09.08 - Crise financière: réponse à Sarkozy
20.09.08 - Inflation financière et... "modération" des salaires!
12.09.08 - Des "succès européens" qui soulevent des questions!
07.09.08 - "2008, année de l'Europe sociale"!
28.08.08 - Caucase: et maintenant?
13.08.08 - "Présidence française": Affaires à suivre (3)
06.08.08 - "Présidence française": Affaires à suivre (2)
30.07.08 - "Présidence française": Affaires à suivre (1)
12.07.08 - Les silences assourdissants de Nicolas Sarkozy
05.07.08 - En direct (ou presque) avec Sarkozy à Strasbourg
28.06.08 - L'autre visage de la "présidence française"
20.06.08 - Vers une belle initiative de la "gauche européenne"
15.06.08 - Après le "NON". Et maintenant?
07.06.08 - Flagrant déni de démocratie!
01.06.08 - Le devoir de l'Europe vis à vis de la Palestine
26.05.08 - "Liberté" du marché contre droit du travail
24.05.08 - "Dumping salarial": les bouches s'ouvrent!
13.05.08 - Comités d'entreprise européens: Alibis ou véritables acteurs?
08.05.08 - "Ce que nous attendons aujourd'hui de la gauche en Europe"
25.04.08 - "Dumping salarial": les bouches s'ouvrent!
21.04.08 - Sarkozy, l'Europe et nous
14.04.08 - Europe: l'effet Dacia
04.04.08 - "Euromanif" à Ljubljana, euroscandale à Luxembourg!
15.03.08 - Quand les "Miko" se font entendre en Europe...
08.03.08 - Les jeunes, l'Europe et la paix
25.02.08 - Un Communiste au Conseil européen!
18.02.08 - Kosovo: L'UE commet une faute
15.02.08 - Combats d'arrière-garde sur l'IVG
11.02.08 - Europe: le thermomètre et la fièvre
26.01.08 - Les salaires, grand défi européen!
18.01.08 - Monsieur Mandelson jette l'éponge !
11.01.08 - Peur du peuple
03.01.08 - Quand l'Europe légitime le dumping social
Archives: 2007 / septembre-décembre 2006 / juin-août 2006 / mars-mai 2006
Quand "Bruxelles" fait plier une multinationale...
18.05.09 Une décision de la Commission européenne vient de faire grand bruit dans les milieux économiques du monde entier. Le 13 mai dernier, l'exécutif bruxellois a infligé une amende-record de 1,06 milliard d'euros à Intel, numéro un mondiale des puces informatiques; A quel titre a-t-elle agi ainsi? De quel droit? Pour quelle raison? Avec quel résultat? Tout cela mérite un instant d'attention.
Les traités européens ont confié à la Commission européenne les pleins pouvoirs en matière de politique de concurrence. Elle peut donc, sans consulter ni les gouvernements ni le Parlement européen, interdire le sauvetage par un Etat membre d'une entreprise en difficulté; obliger une entreprise publique de service public à ouvrir son marché à des concurrents privés; s'opposer, d'une façon générale, à toute opération qui lui paraît fausser la concurrence. Tout cela au nom, bien sûr, des intérêts... des consommateurs.
Peu importe que l'ouverture de La Poste à la concurrence, là où elle est réalisée, comme en Suède, ait conduit à l'explosion du prix du timbre et à la fermeture en cascade des bureaux de poste. La hausse sensible des tarifs de l'électricité dans les pays qui ont déjà laissé le « marché » fixer le prix du kilowatt-heure n'a pas davantage écorné ce leitmotiv de la propagande libérale: le salut est dans la concurrence!
Le cas du géant américain Intel est d'une autre nature. Là, il n'est question ni de service public trop protégé ni d'entreprise en difficulté, indûment aidée. Le roi de la « puce » est accusé de ne pas laisser assez de place à son principal concurrent, lui aussi un grand groupe américain, AMD. Il a donc trois mois pour mettre fin à ses pratiques anti-concurrentielles et verser à la Commission européenne 4,15% de son chiffre d'affaires mondial, à moins que les tribunaux (des institutions européennes) immédiatement saisis lui donne raison.
Mon problème aujourd'hui n'est pas de dire si, dans ce cas, la mesure prise est positive ou négative. La question qui se pose à ce propos est plutôt celle-ci: comment se fait-il que de puissantes multinationales, américaines de surcroît, acceptent ainsi de se plier aux exigences de la Commission européenne? C'est qu'elles ne peuvent pas se payer le luxe de se passer du gigantesque marché européen de 27 pays et d'un demi-milliard d'habitants!
Ah, mais alors, pourqui donc l'Union européenne n'use-t-elle pas de cette force pour imposer à tous les grands groupes qui veulent faire de bonnes affaires sur ce grand marché non seulement le respect des règles de concurrence, mais un véritable « cahier des charges d'obligations sociales, environnementales et réglementaires »? Telles conditions salariales, telles normes écologiques, tels droits des travailleurs: voilà le prix à payer pour profiter du « marché intérieur européen ». Voilà typiquement le genre d'exigences à imposer dans la confrontation d'idées sur l'avenir de l'Europe.
Que tous ceux qui affirment vouloir « réguler la mondialisation » nous disent ce qu'ils penseraient d'une telle « réforme ». Avanceront-ils qu'elle est incompatible avec les règles que les Etats membres ont acceptées à l'OMC et inscrites dans les traités? C'est bien pourquoi nous voulons « changer d'Europe »!
Retour sur le duel Le Hyaric - Barnier
11.05.09 Il aura donc fallu attendre la dernière ligne droite de la campagne pour les élections européennes pour qu'ait enfin lieu le premier débat réellement contradictoire sur les enjeux de ce scrutin. Merci à la tête de liste du « Front de gauche » en Ile de France de l'avoir proposé et au leader de la liste UMP de l'avoir accepté. Malheureusement, les grands média ne l'ont pas « couvert ». Il me semble donc utile de revenir sur quelques thèmes marquants de cette confrontation.
En premier lieu, la démystification du discours-programme de Nicolas Sarkozy, à Nîmes, le 5 mai dernier. Rappelons que le Chef de l'Etat ne s'est pas gêné de se travestir -comme il l'avait déjà fait durant la campagne présidentielle- en pourfendeur de « l'Europe qui ne croit qu'au marché » et qui, « depuis trois décennies (...), suit le mouvement » alors que « la crise change la donne (et souligne) la nécessité de construire un nouvel ordre économique et monétaire »...! « Une autre Europe est possible! » a même osé proclamer sans rire l'altermondialiste de l'Elysée, non sans conclure son plaidoyer pour le changement par ce cri du coeur démocratique: « Il faut en finir avec cette pensée unique (...) Il nous faut des débats sur la politique monétaire, la politique budgétaire, la politique de concurrence, sur la fiscalité! »
Patrick Le Hyaric a eu raison de souligner d'emblée combien ces « bonnes intentions » étaient contradictoires, non seulement avec sa propre politique, mais avec le soutien sans réserve du Chef de l'Etat au traité de Lisbonne qui reprend intégralement « la pensée unique » des traités qui fondent cette « Europe qui ne croit qu'au marché ».
Bien piètre fut, à ce propos, la réponse de Michel Barnier, affirmant que le « traité de Lisbonne, c'est de la mécanique » qui n'impliquerait pas en elle-même le modèle libéral. Contre-vérité absolue! Le traité de Lisbonne reprend en fait la quasi-totalité des dispositions du traité constitutionnel qui étaient nouvelles par rapport aux traités actuels et les introduit dans ces derniers, sous la forme d'amendements. Au final, on revient, bel et bien, pour l'essentiel, au texte que la majorité des Français avait rejeté.
Un autre passage important du duel entre le Directeur de l'Humanité et le ministre de Nicolas Sarkozy y fut, à nos yeux, l'échange sur les « déficits publics ». Le raisonnement de la tête de liste UMP fut le suivant: « ce n'est pas une bonne chose d'augmenter durablement les déficits »; or « nous avons pris la décision de (les) augmenter temporairement de manière assez forte pour faire face à la crise ». Conclusion apparemment logique: il va falloir, dès que possible, diminuer les dépenses publiques « de manière assez forte ».
Pour faire éclater, là encore, la mystification que cache ce faux « raisonnement de bon sens », Patrick Le Hyaric a, à fort juste titre, éclairé la double nature des fameux « déficits »: « vous avez augmenté le déficit public pour donner l'argent aux banques » mais, pour le réduire, « vous diminuez les dépenses sociales ». Là est le ressort diabolique de la gestion capitaliste de la crise! La tête de liste du « Front de gauche » a révélé à ce propos un document très éclairant du Conseil européen. J'y reviendrai dans une prochaine chronique.
Je veux enfin relever une autre idée-maîtresse de ce débat, car il s'agit d'un argument-clé de la propagande de l'Elysée: « L'Union européenne (...) est le meilleur outil qu'on ait trouvé pour maîtriser la mondialisation » affirme M. Barnier. Patrick Le Hyaric a, là encore, éclairé le fossé qui sépare cette prétention des règles actuelles de cette « Union »: « économie de marché ouverte où la concurrence est libre »; « liberté totale des mouvements de capitaux »; Banque centrale européenne avec les pleins pouvoirs « pour attirer les capitaux vers (la zone euro) dans la compétition mondiale sur les marchés financiers »; directive Bolkestein... En matière d'« Europe qui protège », on peut mieux faire!
Alors, à quand le prochain débat que Nicolas Sarkozy dit appeler de ses voeux? Libérer l'Europe de la « pensée unique »? Chiche!
Quand les choses commencent à se décanter...
03.05.09 A quelques semaines des élections européennes, les choses semblent bien commencer à se décanter. Le weekend du 1er mai, le "Front de Gauche pour changer d'Europe" ornait bien des poitrines dans les défilés et revenait abondamment dans les conversations sur le "Et maintenant?"
Parallèlement, s'est produit un fait habituellement symptomatique d'un changement de climat politique: 15 économistes, dont certains de grand renom - comme Jacques Sapir -, publiaient un texte vraisemblablement promu à un large écho, notamment dans les milieux intellectuels. Ils exercent à l'Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, au CNRS, aux Universités de Paris, Lille, Nancy, Rennes, Saint-Etienne, Bordeaux... Ils se définissent comme "non libéraux, qui n'étaient membres ni du Parti communiste, ni des courants du Parti socialiste ayant donné naissance au Parti de Gauche". Ils ont décidé, "en gardant (leur) indépendance d'esprit", de soutenir l'initiative prise par ces partis, avec d'autres, de lancer "un Front de gauche afin de prolonger la dynamique unitaire du référendum".
Mettant les points sur les i, ils avancent même, à l'adresse de certains "anticapitalistes" tentés par le "cavalier seul", cette remarque de bon sens: "L'urgence qu'il y a à dessiner des alternatives au capitalisme libéral mérite mieux, en effet, que la défense de son pré carré".
Les motivations de ces économistes rejoignent des idées dans lesquelles les lectrices et les lecteurs habituels de cette chronique se retrouvent aisément. Les traités européens, notent fort justement les signataires de ce texte, ne laissent pas aux citoyens le soin de choisir leur modèle de développement, ils imposent et organisent "la soumission de tous les instruments d'intervention publique aux principes du marché."
La politique budgétaire et monétaire? Elle doit être, disent les traités, "conduite conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre". La maîtrise des flux de capitaux? Toute "entrave à (leur) libre circulation (est) interdite". La politique industrielle? Elle est, dans les faits, quasi impossible, puisqu'elle doit se conformer "à un système de marchés ouverts et concurrentiels". Les services publics de réseaux - poste, énergie, transports...-? Ils se réduisent à des "missions", accomplies par des entreprises - publiques ou privées - nécessairement ouvertes à la concurrence. Etc.
Voilà pourquoi, notent avec raison ces économistes, le modèle européen actuel ne peut répondre aux besoins exacerbés par la crise, tels que la "réglementation drastique de la finance" et "la relance des salaires et des prestations sociales". Il revient donc "aux citoyens de récuser le primat du marché" Bravo!
Ces analyses se superposent-elles parfaitement aux nôtres? Sans doute non. Nous insistons également sur l'objectif central de la sécurisation de l'emploi pour toutes et pour tous et sur le moyen décisif que représenterait un "crédit sélectif", très favorable aux investissements créateurs d'emplois et très dissuasif pour les opérations financières. Nous mettons l'accent sur la transformation des statuts et des missions de la Banque centrale européenne et sur l'exigence de droits nouveaux des salariés dans les entreprises et des citoyens à tous les niveaux de l'organisation sociale. Etc.
Cela étant, quel encouragement de voir -enfin - commencer à s'exprimer publiquement d'aussi larges convergences et des soutiens aussi explicites à la constitution du "Front de Gauche pour changer d'Europe"!
Puisse cet exemple d'engagement citoyen libérer bien d'autres hommes et femmes de gauche, convaincus en leur for intérieur que c'est le moment de prendre ses responsabilités, mais encore quelque peu inhibés par le poids étouffant du "politiquement correct", véhiculé par les media, entretenu par les sondages et validé par une douzaine de gourous assermentés.
Parmi les plus de 70% de nos concitoyennes et de nos concitoyens qui disent soutenir les puissantes journées nationales d'action - 29 janvier, 19 mars, 1er mai... - tant ils ressentent ce trop plein de capitalisme, de libéralisme, de "lois du marché", ils sont des millions à être des électrices et électeurs potentiels du "Front de Gauche". Il y en a donc nécessairement quelques uns autour de chacune de chacun de nous.
Pour les aider à se libérer des pressions et à aller jusqu'au bout de leur soif de changement, les quatre semaines à venir vont compter double!
De Bachelot à Barroso
26.04.09 La mobilisation pour le retrait de la loi Bachelot et sauver l'hôpital public ne faiblit pas. La logique marchande appliquée à la santé, cela ne passe pas. Pas plus auprès des usagers - près de huit Français sur dix accordent leur confiance à l'hôpital public - que des personnels de santé, toutes catégories confondues. Même des "patrons" prestigieux de grands services hospitaliers rejoignent le mouvement de révolte. Pour André Grimaldi, professeur de médecine à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, "un malade n'est pas un consommateur (...) Un service public doit se gérer avec un budget et non avec des critères de rentabilité".
Et l'Europe, dans cette affaire? La ministre française de la santé n'a-t-elle pas indiqué, dans une formule sibylline, vouloir m arquer "la politique de santé française d'une couleur européenne"? En principe, la santé publique n'est pas une prérogative de l'Union européenne. Celle-ci est censée se contenter de "compléter l'action menée par les Etats membres" et d' "encourager la coopération" entre ces derniers.
Mais, dès lors qu'une activité, quelle qu'elle soit, touche au sacro-saint "marché intérieur" - c'est à dire à l'espace commercial commun aux 27 pays membres et à leur demi milliard de consommateurs-, elle tombe sous le coup des règles les plus libérales des traités européens. Et le "marché de la santé", qui pèse des centaines de milliards d'euros par an, ne fait pas exception! C'est en vertu de cette règle d'or que la Commission européenne avait initialement inclu la santé dans la Directive Bolkestein. Et comme la majorité du Parlement européen l'en avait retirée, l'équipe de M. Barroso a rédigé une nouvelle directive spécifiquement consacrée à la santé dans sa dimension de "marché"... intitulée pompeusement "droits des patients en matière de soins de santé transfrontaliers".
Autrement dit, la fermeture d'hôpitaux; la privatisation de services rentables; la gestion de l'hôpital à la manière d'une entreprise, Madame Bachelot s'en charge toute seule. En revanche, la mise en concurrence des systèmes de santé à l'échelle des 27 pays de l'union, c'est l'Europe qui la décide: la Commission fait son projet, le Parlement européen et le Conseil (les gouvernements) décident.
Pour justifier son projet, la Commission Barroso s'est fondée sur deux "libertés" garanties par les traités en vigueur: la liberté d'établissement et de prestations des services (en l'occurrence des services de santé); et ... la libre circulation des personnes (en l'occurrence, les patients et les professionnels de la santé).
Donc, voilà où nous en sommes: le 22 avril dernier, le Parlement européen a adopté pour l'essentiel le projet de directive en question par 297 voix pour, 120 contre et 152 abstentions. Notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) a voté contre. L'essentiel du groupe socialiste s'est abstenu, ce qui n'a pas empêché sa porte parole de juger "excellent" le rapport parlementaire approuvant la directive légèrement amendée, ni de s'exclamer: "Il faut que les patients aient aussi des droits dans le marché intérieur, comme les travailleurs, les étudiants, les marchandises (!)"...
Si, après ce vote du Parlement européen, les gouvernements acceptent à leur tour ce texte, alors nous franchirons un seuil sans précédent dans la médecine à deux vitesses: ceux qui pourront se payer les frais de voyages, d'hébergement, de conseils juridiques (car chaque système de santé est différent) ainsi que tous les dépassements des tarifs agréés dans leur propre pays pourront choisir le "meilleur" prestataire de soins, selon le domaine concerné, en Europe. Et c'est la sécurité sociale de leur pays qui payera le montant qu'elle aurait remboursé sur le territoire national. On imagine l'usage que feront de cette "liberté" tous les "Bachelot" à venir: pôles d'excellence dans tels créneaux rentables et déserts médicaux ailleurs...
Précisons que, depuis 1971, tout citoyen a déjà le droit de se faire soigner dans un autre pays de l'Union, si nécessaire. En créant les conditions d'une généralisation de cette pratique, les implications de ce droit changent de nature.
Belle illustration à la fois de la complémentarité des luttes nationales et européennes, et de l'importance d'une représentation forte dans le prochain Parlement européen du "Front de Gauche" français comme de ses amis européens.
Reponse à Daniel Cohn-Bendit
20.04.09 Dur, dur, en pleine crise du capitalisme et alors que 69% des Françaises et des Français se disent opposés à ce système, de se revendiquer de l'Europe libérale... Voilà que, dans un long entretien, même Daniel Cohn-Bendit dit regretter qu' "aucun responsable gouvernemental n'a osé avancer de proposition pour transformer les statuts de la Banque Centrale européenne"!
Oserai-je rappeler au co-président du groupe des Verts au Parlement européen que cette exigence était au cœur de notre NON au projet de traité constitutionnel et demeure l'une des pierres angulaires de notre opposition au traité de Lisbonne - deux textes au demeurant identiques sur cette question majeure et dont la tête de liste "Europe Ecologie" est connue pour être un chaud partisan et même un avocat passionné?
Revenons donc aux sources. Que disent les traités actuellement en vigueur et que le traité constitutionnel ou de Lisbonne vise à pérenniser et même à sacraliser? 'L'objectif principal" de la Banque centrale européenne (BCE) est de "maintenir la stabilité des prix" - ce qui, en Français courant, signifie "modération salariale", rationnement des dépenses publiques, et baisse des prélèvements sociaux sur les profits pour garantir la rentabilité financière aux "investisseurs".
Pour ce faire, la BCE "est indépendante dans l'exercice de ses pouvoirs et dans la gestion de ses finances" et "ne peut accepter des instructions des institutions, organes ou organismes de l'Union, des gouvernements des Etats membres ou de tout autre organisme". Autrement dit, l'institution qui décide, en dernier ressort, de l'utilisation de l'argent est mise à l'abri des pressions sociales. Le "Pacte de stabilité" vise précisément à renforcer cette protection de la BCE.
Ajoutons que le système européen de banques centrales est censé contribuer au "contrôle prudentiel des établissements de crédit et (à) la stabilité du système financier". On a vu avec quelle efficacité il s'est acquitté de cette tâche... Il est vrai qu'il "agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre". Par ailleurs, si la BCE doit s'évertuer à rendre la zone euro la plus attractive possible pour les marchés financiers, en revanche, "Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales nationales d'accorder des découverts ou tout autre type de crédit (...) aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des Etats membres!
Au nom de ces règles conçues sur mesure pour les marchés financiers, les Etats sont en train de s'endetter à mort sur ces "marchés" pour voler au secours des banques et grands groupes privés... aux frais des futurs contribuables! On marche sur la tête.
Voilà quelques illustrations du corset libéral dans lequel nous enserrent les textes sacrés dont le "Front de gauche" en France, et toutes les forces progressistes auxquelles il est associé dans l'Union, veulent contribuer à libérer l'Europe. Et nous n'attendons pas, pour ce faire, qu'un "responsable gouvernemental ose avancer des propositions" visant à modifier un paragraphe d'un article des statuts de la BCE. Nous saisissons nos concitoyennes et nos concitoyens de l'exigence de rupture avec toute la logique actuelle, dont l'extrême gravité de la crise montre l'urgence. Sans une telle rupture, il n'y a tout simplement pas d'espace pour l'émergence d'un modèle social européen digne de ce nom, c'est à dire plaçant au premier plan la sécurisation de l'emploi pour toutes et pour tous et la promotion des capacités humaines - formation, santé, recherche... Et ce sans discrimination, ce qui passe par un grand essor des services publics entièrement à l'abri des "règles du marché".
Qu'un chantre de l'ex-Constitution européenne se sente obligé d'en venir subrepticement à évoquer la "transformation des statuts de la BCE" en dit long sur l'impact potentiel de nos propositions, telles celle du "crédit sélectif" - des taux d'intérêt très bas pour les investissements créateurs d'emplois et à l'inverse, très dissuasifs pour le financement d'opérations spéculatives - ou du "pôle financier public". Avanti popolo!
Après Strasbourg: l'Europe, l'OTAN, la Paix
06.04.09 La violence des casseurs, samedi dernier dans la capitale alsacienne, et leur instrumentalisation par les autorités françaises -transformation de Strasbourg en camp retranché; non coopération avec les organisateurs des initiatives pacifiques; non respect des engagements concernant l'accès au lieu de la manifestation; gestion irresponsable des incidents provoqués par des groupes pourtant bien connus des services de police...- ont permis d'occulter complètement les multiples expressions démocratiques de l'opposition à l'OTAN comme la décision de Nicolas Sarkozy de "normaliser" la France en signant son retour dans le commandement intégré de l'organisation atlantiste.
Revenons donc au fond des choses. Je me bornerai ici à évoquer la contribution de notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) du Parlement européen à la floraison d'initiatives qui ont marqué ces trois journées de mobilisation pour la paix.
D'abord un beau symbole de la gauche franco-allemande. Face à la complicité Sarkozy-Merkel pour accueillir ensemble le sommet de l'OTAN, différentes personnalités progressistes des deux côtés du Rhin -en particulier Gabi Zimmer, présidente de la délégation de la Linke au Parlement européen et Pierre Laurent, coordinateur national du Parti communiste français- ont affirmé ensemble leur opposition à l'OTAN, qui illustre de la façon la plus hideuse cet "Occident" sûr de lui et dominateur que rejettent légitimement tant de peuples du monde, ainsi que leur vision commune d'une Europe œuvrant à la démilitarisation des relations internationales.
A deux pas d'une frontière qui a connu trois guerres en l'espace de trois générations, ce geste avait "de la classe" et mérite d'être connu de toutes celles et tous ceux qu'a révoltée cette fastueuse célébration d'une alliance d'un autre temps, toujours en mal -y compris sous la présidence Obama- de confrontations militaires comme en Afghanistan, et d'escalade des armements -telle celle que prépare le "bouclier antimissile" sur le sol européen.
Ensuite, la participation aux débats du "contre-sommet", aussi bien de membres de notre groupe -en particulier notre collègue allemand Tobias Pflüger, par ailleurs membre de la coordination des organisateurs des initiatives anti-OTAN, que de candidates et candidats aux prochaines élections européennes -telle notre amie Raquel Garrido, du Parti de gauche, au côté de représentants du PCF.
Enfin les mouvements de la Paix français et allemand m'avaient fait l'honneur de me donner, en premier, la parole, pour adresser un message aux participants à la manifestation, avant le départ du cortège.
Autant d'occasions de nous situer clairement aux côtés de celles et de ceux qui proscrivent la guerre comme moyen de régler les problèmes du monde; qui bannissent l'occupation militaire et qui se mobilisent pour les vraies urgences de notre époque: le désarmement -nucléaire, chimique, bactériologique, conventionnel- à l'opposé du projet de bouclier antimissiles; la négociation d'un traité paneuropéen de sécurité collective, à l'opposé de la stratégie de tension à l'Est; une réorientation drastique des crédits d'armements vers la coopération au développement du Sud, le financement du sauvetage de la planète, et, d'une façon générale, la gestion en commun des biens communs de l'humanité.
Voilà encore un enjeu de taille à mettre en débat dans la campagne pour les élections européennes! En effet, songeons que la "doctrine stratégique" adoptée par le Conseil européen en juin 2003, à la veille d'un somment avec Georges w. Bush qui venait tout juste d'envahir l'Irak -doctrine officielle de l'UE, toujours en vigueur!- stipulait notamment qu'"en œuvrant de concert, l'Union européenne et les Etats-Unis peuvent constituer une formidable force au service du bien dans le monde"... Seul notre groupe fustigea alors cet aveuglement européen.
A qui l'histoire a-t-elle donné raison, depuis ce mois de juin 2003, en Irak et ailleurs? La réponse à cette question apporte un surcroit de légitimité à notre "Front de gauche pour changer d'Europe".
Avis de tempête sur "les pays d'Europe de l'Est"
29.03.09 Vingt ans après la chute du mur et cinq ans après leur entrée dans l'Union européenne, les pays d'Europe centrale et orientale vivent un véritable traumatisme. La crise du capitalisme en général et celle du modèle libéral européen en particulier les touchent avec une brutalité inouïe. La Hongrie est au bord de la banqueroute; la Lettonie voit ses richesses produites (PIB) reculer de ...13% en rythme annuel (!); la Roumanie subit une chute brutale des flux de capitaux et apparait très fragilisée face à la crise financière internationale; même la République tchèque, longtemps présentée comme "le bon élève de la classe" fait face à un repli de sa production industrielle de 28% en rythme annuel; la Slovaquie, "spécialisée" dans l'automobile, subit un effondrement de la production de ce secteur (- 47,7%)... Le forint, le zloty, la couronne, le leu sont en chute libre. Tout un pan de l'Union européenne s'enfonce dans une crise phénoménale.
Coup sur coup, trois de ces pays - Hongrie, Lettonie, Roumanie - ont dû conclure un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) pour obtenir un prêt compensant le tarissement des flux de capitaux. Mais le FMI, même dirigé par Dominique Strauss-Kahn, n'a rien perdu de sa férocité: il exige notamment la baisse - drastique - des salaires dans la fonction publique, des coupes claires dans les dépenses publiques, ainsi qu'une réforme du système des retraites... Pour sauver le budget de l'Etat, il écrase celui des ménages. Cette sévère cure d'austérité a déjà provoqué de violentes émeutes du désespoir à Riga et a dopé le populisme d'extrême droite à Budapest. En Roumanie, le FMI a promis aux syndicats indignés "des mesures de protection pour les plus vulnérables". On imagine la portée d'une telle générosité...
Et l'Union européenne, dans tout cela? C'est elle qui, avec la complicité d'une nouvelle "classe politique" la plupart du temps médiocre et sans scrupule, a piloté une conception quasi néocoloniale de l'élargissement. Celui-ci a été l'occasion pour les grandes banques d'Europe occidentale - Autriche, Allemagne, Italie, Suède, Belgique, France... - de racheter à vil prix le système bancaire de ce nouvel eldorado. À elles seules, les banques autrichiennes y sont engagées à hauteur de l'équivalent de 70 à 90 % du PIB de ce pays pour "se payer" 20% de tout le réseau bancaire de tout l'est européen!
D'où, à Bruxelles, un sacré dilemme: "sauver les pays de l'Est" à coup de milliards d'euros (la Banque mondiale estime les besoins à 120 milliards d'euros) au risque de craquer soi-même? Ou s'en laver les bains, entraînant un possible effondrement financier des pays de la zone euro qui sont les vrais "patrons" des banques de l'Est.... Aussi, depuis quelques temps, entend-on des déclarations très contradictoires. D'un côté, un dirigeant de la Banque centrale européenne rappelle qu'il existe une clause de non-intervention qui "est une base importante du fonctionnement de l'Union européenne". Des pare-feux en quelque sorte. De l'autre, le ministre allemand des finances, M.Steinbrück, pourtant réputé dur et orthodoxe, convient, certes, que "les traités de la zone euro ne prévoient aucune aide en faveur de pays devenus insolvables", mais estime qu' "en réalité, les autres Etats seraient obligés de les secourir". Et pour cause...
Quelle "aide" est-elle, du coup, envisagée? Le Fonds d'urgence de l'UE permettant de prêter de l'argent à des pays membres rencontrant des difficultés de balance des paiements a été renforcé, passant de 25 à 50 milliards d'euros. Un accord de principe a été conclu entre les "27" pour une plus grande contribution au ... FMI - à charge pour lui de faire le "sale boulot". En revanche, concernant l'idée émise d'un emprunt européen pour mutualiser les risques, le président de la Commission, M. Barroso, a été d'une limpidité cristalline: les chances d'un accord - nécessairement unanime - des Etats membres sur une telle mesure sont de "0,00". En attendant, à Budapest, à Riga, à Ljubljana et maintenant à Prague, les gouvernements en place tombent comme dans un château de cartes.
"Changer d'Europe"? Plus que jamais!
La bombe à retardement des SSIG
22.03.09 Un dossier potentiellement explosif, et que la Commission européenne, tout comme le Conseil (les représentants des gouvernements) laissent trainer depuis plusieurs années malgré l'insistance des organisations syndicales et des ONG concernées, mérite d'être mis en pleine lumière dans la période qui s'ouvre. Et ce pour une double raison: la proximité des élections européennes - que les citoyennes et les citoyens ont tout intérêt à utiliser pour affirmer leurs exigences -, et la perspective de la prochaine transposition dans le droit français de la fameuse "Directive Bolkestein" par l'Assemblée nationale et le Sénat - directive à laquelle le dossier dont je veux vous parler est indirectement lié.
Ce dossier est celui "Services sociaux d'intérêt général" (SSIG). Cette catégorie recouvre notamment, selon la commission européenne, "les services prestés directement à la personne (et qui jouent) un rôle de prévention et cohésion sociale (...) pour faciliter et garantir l'accomplissement de leurs, droits fondamentaux." Sont notamment évoqués parmi ces services sociaux: "le logement social, la garde d'enfants, l'aide aux familles et aux personnes dans le besoin."
Ces services risquent-ils de devoir se plier aux règles de la concurrence comme c'est déjà le cas des grandes entreprises de service public dans les secteurs de l'énergie, des télécoms, des transports ou des services postaux? Ou bien, l'Union européenne est-elle prête à reconnaitre pleinement leurs caractéristiques spécifiques, et, par conséquent, à garantir leur liberté de fonctionnement hors des "règles du marché"? Telle est la question.
Qu'en dit la Commission européenne? En 2004, elle avait inclut ces services sociaux dans son projet de directive ... sur la libéralisation des services (Directive Bolkestein)! Les mobilisations sociales conduisirent une majorité de parlementaires européens à voter pour l'exclusion de ces SSIG du champ d'application de ladite directive. C'était le 16 février 2006. Beaucoup e" nos collègues crurent dès lors avoir mis ces services sociaux à l'abri des appétits du "marché".
Notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) avait mis en garde contre cette illusion. C'est pourquoi nous avions voté contre la directive Bolkestein, même "révisée", pour exprimer un refus net de toute la dérive libérale que ce texte illustrait de façon spectaculaire.
De fait, depuis lors, le Conseil (les gouvernements) fait le mort sur le sujet. Quant à la Commission, elle "consulte les organisations de la société civile" depuis trois ans, mais refuse de répondre à leur demande répétée d'une directive protégeant explicitement les services sociaux contre l'application des règles de la concurrence et des aides d'Etat. A vrai dire, la Commission répond positivement à une seule des organisations qu'elle "consulte" à ce sujet: Bussinesseurope, le "Medef européen" (présidé par M. Sellière, l'ancien patron des patrons français) qui, lui estime évidemment une telle directive "pas souhaitable"...
Il y a d'autant plus lieu de placer gouvernements et Commission au pied du mur à ce propos que, si l'on s'en tient au "droit communautaire" (articles 43 et 49 du traité actuellement en vigueur, articles intégralement maintenus dans le "traité de Lisbonne"), dès lors qu'il s'agit de "services de nature économique", la libre concurrence, la libre prestation de services et la liberté d'établissement - autrement dit l'essence même de la Directive Bolkestein - s'appliquent. Or, écrit la Commission, "la quasi-totalité des services prestés dans le domaine social peuvent être considérés comme des "activités économiques" au sens des articles 43 et 49 du traité CE."
Mieux vaut ne pas attendre que la même bombe à retardement ait fini de se consumer...
L'eau: encore un défi pour la Gauche européenne!
15.03.09 Le problème de l'eau semble faire consensus. Qui peut contester le fait que c'est un scandale absolu que plus d'un milliard d'êtres humains n'ait pas accès à l'eau ni que 40% de l'Humanité ne disposent d'aucun moyen d'assainissement! Les discours "humanistes" sont légion à cet égard. Malheureusement, le problème, lui, ne s'atténue pas. Bien au contraire: en 2007, les prélèvements d'eau dans le monde ont, pour la première fois, dépassé les capacités de renouvellement de la ressource! C'est qu'au niveau des décisions politiques, trop souvent, l'eau ne fait toujours pas partie des priorités. Les intérêts privés gardent la haute main sur un "bien commun" par excellence: c'est une anomalie aux conséquences désastreuses.
Certes, au niveau des collectivités locales, on voit de plus en plus de décisions saines dans le sens d'un retour à une gestion publique de l'eau. Certes, au niveau de pays eux-mêmes, comme dans les nouvelles démocraties d'Amérique latine, des dirigeants politiques courageux et responsables ont décidé de reprendre la main sur cette ressource vitale. Mais qu'en est-il sur le plan mondial - niveau le plus pertinent en la matière?
Depuis 1996, il existe un "Conseil mondial de l'eau" pour stimuler la réflexion sur les enjeux d'une politique internationale dans ce domaine. Le problème est que les grandes multinationales de l'eau dominent entièrement cet instrument. Leur influence est également déterminante dans les "Forums mondiaux de l'eau" - qui se tiennent tous les trois ans depuis 1997 - tel celui qui a lieu en ce moment même (16 au 22 mars) à Istanbul.
C'est dans ce contexte d'ensemble que notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) a engagé, il y a sept ou huit ans, une coopération étroite et de longue durée avec Ricardo Petrella, économiste de renom, homme de gauche respecté, devenu une référence incontournable en matière de lutte pour le droit à l'eau. L'objet de ce partenariat fut et demeure de promouvoir la bataille d'idées au sein de l'Union européenne et de ses institutions en faveur d'une réorientation du positionnement de l'Europe sur cet enjeu de civilisation.
Ambition démesurée? Voire. Nos efforts communs ne sont pas vains dans la mesure où nous nous appuyons sur toutes les luttes menées dans le même sens à travers le monde. Il y a deux ans s'est ainsi tenue ... dans l'hémicycle du Parlement européen (!) la première "assemblée mondiale des élus et des citoyens de l'eau" dont l'âme fut notre ami Petrella. Et notre groupe en fut la cheville ouvrière. En février dernier, une initiative semblable recueillit pour la première fois le soutien de tous les groupes de gauche, voire au-delà.
Certes, quand il a fallu fixer le mandat de la délégation représentant le Parlement européen au Forum mondial de l'eau, à Istanbul, un amendement de notre groupe demandant de "ne pas considérer l'eau comme un bien économique marchand soumis aux seules règles du marché" a été rejeté. Mais 251 députés l'ont approuvé (contre 321 qui ont préféré une formulation hypocrite selon laquelle l'eau ne devrait pas être considérée "seulement" comme un bien économique...)
La résolution adoptée n'a pas non plus retenu notre proposition en faveur de "partenariats public-public" au détriment de "partenariats public-privé", pour la gestion des ressources en eau, notamment dans les pays en développement. A l'inverse nous avons pu faire passer la référence à notre demande que "la gestion des ressources hydriques ne doit pas être soumise aux règles du marché intérieur européen"...
C'est donc une bataille difficile - on le savait - mais elle avance là où elle est effectivement menée. Encore un défi à relever pour la gauche européenne!
Quand Bolkestein revient par la fenêtre...
09.03.09 Lundi dernier, je revenais du magnifique Zénith du "Front de gauche pour changer d'Europe", pour me rendre à la session du Parlement européen à Strasbourg. Et là, comme pour illustrer la justesse des discours de la veille, la Commission européenne nous a présenté l'une de ses dernières trouvailles: le projet de statut de la "société privée européenne" (SPE) De quoi s'agit-il?
C'est un projet présenté comme un élément de tout un ensemble de mesures intitulé "loi sur les petites entreprises pour l'Europe". Dans ce cadre, il était question, au départ, à l'instar d'une disposition existant dans le droit américain, de réserver aux petites entreprises une part - à définir - des commandes publiques. On ne pouvait qu'applaudir à d'aussi nobles desseins... Malheureusement, il s'agit, à l'arrivée, avec la SPE, de tout autre chose!
D'abord, en ce qui concerne la taille des entreprises visées. On a glissé de la "petite entreprise" au concept déjà beaucoup plus flou de "petites et moyennes entreprises" pour aboutir finalement à "un statut (pouvant) également profiter à des sociétés et à des groupe de plus grande dimension" reconnait la Commission européenne. Cela change bien sûr complètement la philosophie de la démarche! Et, dès lors, qu'en sera-t-il des fausses PME, en réalité filiales de multinationales qui réclament depuis longtemps un tel statut pour les entreprises qu'elles contrôlent dans différents pays?
Voyons à présent la nature des avantages offerts aux entreprises bénéficiant de ce statut de SPE - statut qu'elles pourraient obtenir en l'espace d'une semaine et avec un capital social symbolique de 1€. Il n'est plus question de faciliter l'accès aux commandes publiques mais "d'améliorer les conditions - cadre pour les entreprises dans le marché unique".
A cette fin, toutes les "sociétés privées européennes" pourront avoir leur siège dans un pays et leurs activités réelles dans un autre. Elles pourront également transférer leur siège dans un autre Etat de leur choix. Comment ne pas voir dans ce montage baroque le moyen de permettre aux entreprises concernées de créer, sans autre contrainte, des sociétés-boîtes aux lettres sous les cieux le plus cléments pour les "milieux d'affaires"? La Commission ne précise-t-elle pas que "la loi applicable est celle de l'Etat membre du siège statutaire de la SPE relative aux SARL"?
Comme le note très justement la Confédération européenne des syndicats: "le risque est grand que les entreprises utilisent les statuts de la SPE pour se soustraire aux législations les plus protectrices" pour les travailleurs.
On comprend mieux pourquoi la Commission européenne n'a pas jugé opportun de consulter les organisations syndicales avant d'adopter son projet, se contentant d'une consultation en ligne de pure forme.
En résumé, il apparait, à la lecture de ce projet de règlement, que l'insistance mise sur les "petites entreprises" relève avant tout de l'habillage politique pour rendre présentable une nouvelle mouture du tristement fameux "principe du pays d'origine". C'est du Bolkestein relooké! Voilà pourquoi notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE - NGL) a proposé que le parlement européen adresse un signal clair à la Commission comme au Conseil (les gouvernements) en rejetant ce projet de statut de la "société privée européenne".
Du fait de certaines de ses implications, ce projet de règlement nécessitera, pour être adopté, l'accord unanime des Etats membres. Donc aussi celui du gouvernement français - apparemment en pointe sur ce dossier! Qui a dit que la mobilisation contre Nicolas Sarkozy et la bataille pour "changer d'Europe" n' avaient qu'un lointain rapport?
Sommes-nous "protectionnistes"?
22.02.09 Les aides publiques octroyées par le gouvernement à l'industrie automobile ont provoqué une vive polémique avec le Premier Ministre tchèque et le Président de la Commission européenne, deux apôtres de la "concurrence libre et non faussée". Voilà qui plait à Nicolas Sarkozy, car cela lui permet d'enfiler la panoplie du parfait petit "défenseur de l'intérêt national" -ce dont il a un besoin pressant par ces temps de dégringolade de sa cote de popularité. Le problème, comme d'habitude avec lui, c'est que c'est "du bidon".
D'abord rappelons, après David Meyer, conseiller économique de la fédération de la métallurgie CGT, que l'engagement prétendument arraché, en contrepartie de cette nouvelle valse de milliards, aux constructeurs français, de préserver l'emploi en France a volé en éclats en moins de 48 heures! La direction de PSA s'est empressée de confirmer la suppression de 6 000 emplois dans l'hexagone et celle de Renault le maintien de son plan de "départs volontaires" de 4 000 salariés dans les établissements français du groupe. Quant aux intérimaires, aux prestataires et autres travailleurs des entreprises sous-traitantes, ils ne sont tout simplement pas couverts par le contrat avec l'Elysée. Ces milliards d'euros d'argent public supplémentaires constituent donc bel et bien un cadeau à des constructeurs qui continuent, par ailleurs, d'enregistrer de confortables bénéfices après s'être illustrés par une pression si forte sur leurs salariés qu'elle a conduit, il y a peu, à une vague de dépressions et même de suicides de gens à bout de nerfs.
Sommes-nous, pour autant, d'accord avec les récriminations du gouvernement ultralibéral de Prague et des "gardiens des traités" de Bruxelles? Certainement pas! Le premier s'est indigné que l'on puisse critiquer les délocalisations; le second a lancé une mise en garde contre le "cavalier seul", "le nationalisme économique", "le protectionnisme interne" et "toutes les formes de populisme, d'extrémisme, qui essaient de poser l'Europe comme une partie du problème, quand l'Europe, c'est en fait une grande partie de la solution.". Cela va être un thème marquant de prochaine période. Raison de plus pour s'y arrêter (et y revenir).
Nous ne sommes pas du tout pour le "chacun pour soi"! L'Europe que nous appelons de nos vœux doit, au contraire, favoriser l'entraide et promouvoir les coopérations "gagnant-gagnant". Ce devrait même être sa raison d'être! L'harmonisation par le haut des normes sociales; le crédit sélectif favorable aux investissements créateurs d'emplois et drastiquement dissuasif pour les opérations financières; la fixation d'un taux unique européen -et élevé- de l'impôt sur les bénéfices des entreprises, pour mettre fin au "dumping fiscal"; la suppression des paradis fiscaux; ou encore ce que j'ai appelé un "visa d'entrée" sur le marché européen soumettant tout "investisseur" à des obligations sociales, environnementales et réglementaires démocratiquement fixées au niveau de toute l'Union européenne sont autant de propositions de notre part qui ne sont pas inspirées par le "nationalisme économique" mais par une vraie solidarité européenne.
L'"Europe libérale", c'est, à l'inverse, la guerre économique et la mise en concurrence des peuples. C'est même l'un de nos griefs essentiels contre le principe cher aux traités en vigueur ou en projet de "l'économie de marché ouverte où la concurrence est libre" - principe "pousse au crime" dont la crise actuelle révèle toute la portée déstabilisatrice.
Un seul exemple: l'Irlande, hier présentée comme un modèle pour sa "réussite" avait joué à fond cette carte du "dumping". Aujourd'hui, son modèle s'effondre. Les multinationales hier attirées par la "compétitivité" de ce "tigre celtique" partent, comme Dell, vers un pays... plus "compétitif", la Pologne. Et quand les syndicats de ce pays osent demander de meilleurs salaires que les 600€ annoncés, le géant américain menace de repartir illico vers un Etat encore plus "compétitif" comme la Bulgarie et la Roumanie... Où cet engrange régressif s'arrêtera-t-il si nous ne l'enrayons pas nous mêmes? Autrement dit, si un choix politique clair ne l'emporte pas sur la "liberté du marché?
On est là au cœur de l'enjeu central des élections du 7 juin. Ici et partout.
Une campagne électorale au coeur de la vie
14.02.09 Le premier grand meeting commun PCF - Parti de Gauche, s'est tenu, le 5 février dernier à Frontignan, dans l'Hérault et le deuxième, le 10, à Marseille. Nettement plus de 1000 personnes chaque fois et quelle combativité! En fait, ce que révèle cette mobilisation tout à fait exceptionnelle à quatre mois d'un scrutin réputé peu "attractif", c'est que, aux yeux d'une partie de nos concitoyennes et de nos concitoyens - la plus engagée dans les luttes sociales et politiques -, notre campagne est un moment important de ces luttes. Et c'est juste.
Un fait qui ne trompe pas: des orateurs acceptent de s'exprimer à nos réunions publiques au nom d'organisations qui n'appellent pourtant pas à voter pour tel ou telle liste, mais qui estiment manifestement que nos initiatives s'inscrivent dans le même combat que le leur et contribuent au succès de leurs propres actions: des syndicalistes; des responsables d'ATTAC; une porte parole de l' "Appel des appels"...
D'ailleurs, la même observation vaut pour mon activité de député européen en cette période pré-électorale. Il fut un temps, pas si lointain, où ces périodes voyaient s'espacer les demandes de rencontre venant des milieux syndicaux ou associatifs. La "politique" paraissait souvent comme éloignant des préoccupations les plus pressantes. Cette fois-ci, je ne ressens pas cette sorte de suspicion. Au contraire.
Pour m'en tenir aux seules quatre à cinq journées qui ont séparé le rassemblement de Marseille (10 février) du moment où je rédige cette chronique (14 février): le premier jour, je me suis entretenu avec les responsables du syndicat des marins de la SNCM (Société Nationale Corse -Méditerranée). Nous avons discuté, au concret, des effets de la "concurrence libre et non faussée" sur le service public et des ruptures à entreprendre en Europe pour sortir de ce piège...
Le lendemain j'ai tenu, à leur demande, une conférence de presse avec les représentants des syndicats CGT, FO et CGC d'une entreprise sous-traitante de Hewlett-Packard. Nous y avons dénoncé, ensemble, la liberté laissée aux grands groupes de délocaliser leurs activités, de se défausser de leurs responsabilités sociales sur un sous-traitant et de sacrifier l'emploi. Nous avons illustré sur cette base l'exigence d'une rupture avec la règle libérale par excellence de la "baisse des coûts salariaux" au nom de la "compétitivité".
Le jour d'après, j'ai eu d'excellents contacts avec des militants écologistes à la suite d'une intervention à une conférence sur l'eau. Je venais, m'appuyant sur l'exemple de la stratégie des grands groupes multinationaux de l'eau, d'appeler à un changement de cap, rompant avec un modèle économique fondé sur la libéralisation, la déréglementation, la financiarisation et la marchandisation de toutes formes de vie.
Aujourd'hui même, j'ai pu débattre toute la matinée de ce samedi ensoleillé, de la politique européenne de la pêche, avec près de 200 personnes, dans le pays bigoudin... Et que fut le "leit motiv" de nos échanges, y compris de la part d'interlocuteurs jusqu'ici réputés éloignés de notre sensibilité politique? "Les orientations actuelles de l'Union européenne ne sont pas compatibles avec notre objectif de développement de la pêche artisanale. Il faut se mobiliser pour en changer les règles!"
Il n'y avait, en fait, aucune différence de contenu ni d'ambiance entre ces initiatives "traditionnelles" d'élu européen et les réunions spécifiquement électorales - comme le grand débat public de Toulouse (12 février): on y parle des mêmes préoccupations, du même besoin de changement, de la même aspiration à l'unité pour atteindre notre but commun.
Voilà qui donne de la pêche! Les meilleures campagnes électorales sont celles qui se situent tout naturellement dans le prolongement de notre activité normale dans les mouvements sociaux. C'est clairement le cas aujourd'hui.
L'Europe: recours contre la crise?
07.02.09 A moins de quatre mois des élections européennes, vous pouvez être sûrs que nous allons entendre sur tous les tons que l'Union européenne actuelle - et tout particulièrement la zone euro - constituent, sinon un havre de paix au milieu de la tourmente planétaire, du moins le meilleur bouclier possible contre les assauts de la "crise mondiale".
De fait, l'Islande ne vient-elle pas de demander à pouvoir intégrer au plus vite l'Europe des "27"? Et les pays de la zone euro n'ont-ils pas évité la dévaluation de leur monnaie, contrairement à la Grande Bretagne dont la livre sterling s'est brutalement affaiblie? Voyons donc tout cela de plus près.
À coup sûr, pour l'Islande en banqueroute, l'isolement serait pire que tout! Quant aux monnaies nationales française, allemande, italienne, grecque, espagnole, portugaise, irlandaise etc ..., elles ne risquent plus la dévaluation puisqu'elles n'existent plus! L'accès de ces pays au "marché de l'argent" pour financer leur développement est-il, pour autant, le même sous prétexte qu'ils ont désormais la même monnaie, l'euro, et relèvent d'une même Banque centrale européenne? Pas du tout! Par exemple, pour emprunter à 10 ans, le taux concédé le mois dernier par les "marchés" à la France était de 3,5% contre 3,1% à l'Allemagne. Pour l'Italie, il était de 4,3%. Pour la Grèce, de 5,2%! etc ... Il s'agit là, à l'échelle d'un Etat, d'écarts considérables! Cela signifie un accès plus difficile, donc plus cher, au crédit; de nouvelles difficultés économiques; des sacrifices sociaux supplémentaires!
En outre, des gouvernements de la zone Euro vont tirer prétexte de l'impossibilité de dévaluer la monnaie pour justifier la dévaluation... des salaires afin d'être plus "compétitif" que le voisin. En vérité, malgré les "fonds structurels", la solidarité entre pays - et la solidarité en général -, c'est ce qui manque le plus dans l'actuelle conception de " l'Union européenne"! L'Europe libérale est, rappelons-le, régie par la règle d'or de "l'économie de marché ouverte où la concurrence est libre". Un exemple illustre ce fait jusqu'à la caricature: celui de l'Irlande - hier, cité en exemple; aujourd'hui, au fond du gouffre (Bien que membre de la zone euro...)
Pour mériter, durant une décennie, le titre élogieux de "tigre celtique" aux taux de croissance fabuleux, qu'a-t-il fait? Il est allé jusqu'au bout de la logique des traités européens. Il a institué l'impôt sur les bénéfices des entreprises le plus bas de l'Union (12,5% contre 30% en moyenne et 33% en France). Il a instauré une "flexibilité" maximale pour les travailleurs. Il a fait valoir auprès des "investisseurs", l'existence d'un droit du travail spectaculairement indigent - droit de grève sévèrement encadré, pas d'obligation de reconnaitre une section syndicale ni de négocier avec elle! - et des transferts sociaux réduits au strict minimum. Il a favorisé la venue massive de travailleurs de pays à très bas salaires, notamment la Pologne. Il a fait miroiter à tout le gratin des multinationales américaines dans les hautes technologies la voie royale qu'il leur offrait pour permettre à leurs produits et services d'envahir, via l'Irlande, le "grand marché" européen d'un demi-milliard de consommateurs.
Et celles-ci ont accouru, représentant plus de 80% du produit intérieur marchand du pays. Aujourd'hui, ...elles délocalisent en masse vers des pays de l'Union européenne à plus bas salaires, sans euro - devenu trop fort pour être compétitif, à leurs yeux -. Entretemps, l'Irlande a enregistré une pauvreté record. Le marché immobilier, dopé à la folie (l'Irlande est le type même du "pays de propriétaires" cher à notre Président...) s'est effondré. L'endettement des ménages s'est envolé. C'est le désastre - annoncé par maints observateurs prêchant dans le désert, depuis au moins 2003. Cela n'a pas empêché les dirigeants européens, en 2004, de choisir le ministre des finances irlandais - M. Mac Creevy, libéral parmi les libéraux - comme ... commissaire chargé du marché intérieur. En 2008, les Irlandais ont voté NON. En 2009, les dirigeants européens agitent sous leurs yeux la menace de l'isolement pour leur arracher un OUI... Vous avez dit: "changer d'Europe".
Europe - Gaza: l'heure de vérité
25.01.09 Je ne reviens pas ici sur tout ce qui a été dit et écrit depuis notre retour de Gaza, avec Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité; Fernand Tuil, co-président de l'"Association des villes jumelées avec des camps palestiniens" ainsi que des élus et élues de ces villes. (Je précise à propos de Fernand Tuil: "co-président", car son alter-ego est un palestinien de Palestine. Tout un symbole). Je veux, une fois encore, rendre hommage à cette association, à ma connaissance unique en Europe, dont j'ai pu mesurer à nouveau la qualité des liens établis avec la population, les gens de terrain, la vie réelle de la majorité des Palestiniens.
Grâce à elle et à diverses interventions diplomatiques, j'ai pu non seulement entrer dans Gaza et parcourir tout le territoire du Sud au Nord - ce qu'aucun parlementaire européen n'avait eu la possibilité de faire depuis le déclenchement de la guerre - mais surtout partager un moment de la vie de ce peuple, entrant dans les familles, logeant chez elles, mangeant ou prenant le thé au milieu d'amis des camps de réfugiés, discutant de longues heures dans l'obscurité d'une nuit sans électricité, avec des victimes terriblement éprouvées et d'une impressionnante dignité. C'est le genre d'expérience humaine qui vous reste dans la mémoire et dans le cœur.
Que paraissent dérisoires et pour tout dire insupportables, après avoir touché du doigt ce martyre, les discours stéréotypés sur la "riposte" - fut-elle jugée "disproportionnée" - à des tireurs prétendument cachés ici derrière une école, là sur le toit d'un hôpital, ou encore dans un cimetière, ou bien à proximité d'une station d'épuration d'eau, ou, la plupart du temps, au milieu de quartiers d'habitation densément peuplés! TOUS les témoignages recueillis à ce propos sont accablants pour Israël: les soldats ont sciemment tué des civils par centaines et par centaines. De sang froid. Dans certains cas, avec une indicible cruauté - y compris sous la forme d'exécutions sommaires! Ces crimes de guerre doivent être révélés et leurs responsables punis, quelqu'ils soient.
A notre retour, j'ai aussitôt saisi les autorités européennes et souligné ce que je considère comme un devoir, par delà l'indispensable aide d'urgence. D'abord, agir d'arrache-pied pour la levée du blocus de Gaza et la réouverture durable des accès à ce territoire. Ensuite, travailler à l'envoi d'une force internationale de protection de la population. Enfin, contribuer à la mise sur pied d'une commission d'enquête internationale à propos des crimes commis durant ces 22 jours et nuits d'enfer.
Plus généralement, une leçon doit être impérativement tirée de cette barbarie: voilà où mènent la complaisance et l'impunité garanties jusqu'ici aux gouvernements israéliens, quoiqu'ils fassent! Une révision stratégique s'impose. Personne ne demande à l'Union européenne d'adopter une politique "pro-palestinienne". Simplement une politique "pro-droit international". Il ne s'agit pas davantage, vis-à-vis d'Israël, de jeter l'enfant avec l'eau du bain.
Répétons-le encore: il y a, dans ce pays, des hommes et des femmes d'un grand courage. Lisons les messages au monde d'Uri Avnery, le militant de la paix; de Madame Nurit Peled, lauréate du "Prix Sakharov" du Parlement européen; de Tom Segev, le grand historien; de Madame Amira Haas et d'Amnon Kapeliouk, journalistes admirables ; d'Avraham Burg, ancien Président de la Knesset; ou encore des initiateurs de l'association "une autre voix", dans la ville de Sderot, touchée par les roquettes du Hamas - tirs qu'ils condamnent bien sûr vigoureusement, mais sans oublier les causes profondes du conflit: l'occupation et toutes ses hideuses ramifications... Là est la racine du mal: plus que jamais, employons-nous à son éradication.
Gaza: et maintenant?
17.01.09 Combien de fois, depuis plus de trois longues semaines, nous sommes-nous sentis dramatiquement impuissants face au déluge de feu déversé par l'armée israélienne sur la population de Gaza! Et pourtant, les mobilisations qui se sont multipliés sous toutes les formes à travers l'Europe ont fini par faire sortir de leur mutisme complice des forces jusqu'alors scandaleusement complaisantes vis à vis de leur "partenaire privilégié".
Ainsi, au Parlement européen, le débat sur la guerre de Gaza - organisé en séance plénière à la demande de notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE - NGL) - s'est conclu le 15 janvier dernier par le vote d'une résolution qui n'est, certes, pas à la hauteur de nos souhaits, loin de là, mais qu'il faut apprécier en ayant en vue le fait qu'elle a été adoptée à la quasi-unanimité des députés de tous les groupes politiques!
Or, on y lit, par exemple, que "l'embargo contre Gaza représente une punition collective contraire au droit international humanitaire". On y rappelle le bilan des victimes et l'étendue des souffrances "de la population civile" ainsi que les destructions "des maisons, des écoles et autres infrastructures civiles majeures, du fait de l'usage de la force par l'armée israélienne".
La résolution demandait également "un cessez-le-feu immédiat et durable", le retrait des troupes israéliennes, la réouverture des points de passage et la levée du blocus de Gaza. Elle appelait Israël à "remplir ses obligations en matière de droit international" et l'Union européenne à "jouer un rôle politique plus déterminé pour mettre fin à ce conflit sur la base d'un accord fondé sur la solution des deux Etats".
La nécessité d'une réunification de Gaza et de la Cisjordanie y a, en outre, été réaffirmée. Enfin, la récente décision du Parlement européen de reporter - là encore, à la demande de notre groupe GUE - son vote concernant le "rehaussement" des relations UE-Israël voulu par les gouvernements européens, a été rappelée dans la résolution.
On conviendra qu'un tel message quasi-unanime, émanant d'un Parlement à majorité de droite et composé d'élus de 27 pays de traditions politiques très diverses, n'est pas anodin.
Même au Conseil (les 27 gouvernements), pourtant présidé par la République tchèque, qui passe pour le plus solide soutien d'Israël, il a été décidé de faire "une pause" dans le processus de renforcement de la coopération avec cet Etat. Il y a quelques semaines, en réponse à la campagne lancée par notre groupe contre ce processus de "rehaussement" des relations, aussi longtemps qu'Israël ne changera pas de politique vis-à-vis du problème palestinien - position soutenue par une majorité de députés -, les dirigeants tchèques avaient encore réaffirmé leur détermination à mener ce processus jusqu'à son terme, et même à le finaliser solennellement lors d'un Sommet de Chefs d'Etat au printemps prochain! Pour le moment, ils ont dû déchanter.
Entretemps, un cessez-le-feu très précaire est intervenu sur le terrain. Tous ceux qui ont fait le gros dos durant l'offensive militaire israélienne, voire ont repris à leur compte les arguments des Olmert, Barak ou Livni visant à justifier les crimes de guerre commis par leur armée, vont pouvoir mesurer de leurs propres yeux l'étendue du désastre qu'ils ont cautionné.
Pour notre part, une triple urgence nous attend. D'abord, venir en aide au peuple de Gaza sous toutes les formes possibles - je suis d'ailleurs à Gaza en ce moment dans cet esprit -. Ensuite, multiplier les efforts d'information, de sensibilisation et de mobilisation sur les conditions d'une solution juste et durable du problème palestinien. Enfin, relancer des initiatives auprès de tous les gouvernements européens en faveur de la suspension de l'Accord d'Association UE-Israël (sur la base de l'article 2 de cet Accord exigeant le respect des droits de l'homme par toutes les parties contractantes) ainsi que du gel du processus de "rehaussement" des relations de coopération. Et ce, non pas l'espace d'une "pause", mais tant que ce pays ne se conformera pas au droit international ni n'acceptera la reprise du négociations de paix avec les Palestiniens sur la base des résolutions pertinentes des Nations Unies.
Gaza: ce que l'Europe devrait faire
10.01.09 Vous vous souvenez sans doute de la première prise de position de la "présidence tchèque" de l'Union européenne après le déclenchement de l'invasion terrestre de Gaza par l'armée israélienne: le porte parole du Premier Ministre, M. Toplanek, avait dit "comprendre" cette opération "défensive"! L'Union européenne n'étant tout de même pas l'Amérique de Bush, Prague s'était aussitôt fait rappeler à l'ordre par différentes capitales. Le ministre des affaires étrangères, M. Schwartzenberg, expliqua alors laborieusement que, tout compte fait, son gouvernement n'était pas favorable à cette guerre… Le même dira pourtant, quelques jours plus tard, à l'issue d'une rencontre avec son homologue israélienne, à Jérusalem: "Ce n'est pas à nous (Européens) de faire des propositions pour un cessez-le-feu"! Ce type d'attitude est, jour après jour, plus scandaleux et insupportable.
L'Europe doit appeler les choses par leur nom! Comment caractériser des actes, tels que des bombardements de populations civiles faisant un millier de morts, dont près de 300 enfants, en deux semaines – en ignorant superbement l'appel du conseil de Sécurité de l'ONU à un cessez-le-feu – et tuant ici 43 réfugiés dans une école des Nations Unies, là 30 civils mis "à l'abri" dans une maison par les soldats israéliens eux-mêmes? Comment appelle-t-on des actes qui, d'après le Commissaire européen Louis Michel lui-même, laissent plus de 500 000 (!) personnes sans accès à l'eau potable? Et qu'en est-il de soldats qui, selon le comité international de la Croix Rouge, ne portent pas secours aux blessés, voire empêchent les ambulances de le faire, et qui tirent sur des convois de l'ONU, tuant un de ses représentants chargé de livrer de l'aide humanitaire? Ou qui laissent, selon la Banque Mondiale, 10 000 (!) personnes dans une situation où elles sont menacées de voir s'effondrer les égouts et risquent de se noyer dans les eaux usées, suite aux bombardements?!
Tout cela porte un nom: ce sont des crimes de guerre, ordonnés par un gouvernement. L'Union européenne doit non seulement nommer ces crimes, mais faire comprendre à ses "partenaires privilégiés" que de tels crimes, non seulement ne peuvent avoir la moindre justification, mais appellent, en droit, les mêmes sanctions internationales, qu'ils soient perpétrés dans les Balkans ou au Proche-Orient… Dans l'immédiat, il n'est pas concevable de conserver en l'état un "accord d'association", encore moins de "rehausser" les relations avec des dirigeants aussi indignes. Un tel gouvernement doit être mis au ban de la communauté internationale.
Faut-il faire cesser les tirs sur Sderot ou Ashkelon? Oui, bien sûr! Je suis convaincu que ce serait possible dès lors que le blocus serait levé; les incursions, assassinats ciblés et bombardements stoppés; un processus de paix digne de ce nom réenclenché. Des voix courageuses appellent à cette politique en Israël, y compris dans les villes touchées par ces tirs. Ce sont ces personnes-là que l'Union européenne devrait mettre en valeur, et non celles et ceux qui ont annexé Jérusalem, multiplié les colonies, édifié le "Mur", transformé Gaza en prison à ciel ouvert, torpillé les négociations avec l'Autorité palestinienne, traité par le mépris le Plan de paix arabe et ignoré les demandes du "Quartet" – USA, UE, Russie, ONU – lui-même!
Une leçon de cette terrible expérience doit s'imposer à l'Europe: l'impunité et la complaisance avec ces "dirigeants"-là, c'est fini. Sinon quel sens auraient encore les références aux "valeurs européennes"?
Une bonne nouvelle quand même
19.12.08 Pour cette dernière chronique de l'année, je souhaitais commenter quelque nouvelle européenne encourageante. Bon, c'est sûr qu'il faut la chercher! La crise financière est loin d'être jugulée malgré la pluie d'euros censée éteindre l'incendie. Les banques continuent de découvrir des "produits toxiques" dans leurs comptes. Et surtout, la récession se propage avec son corollaire: les vagues de suppressions d'emplois. Cela va des pays les plus fragiles de l'Union européenne - Hongrie, Pays baltes, en très grande difficulté - jusqu'à l'économie la plus puissante des "27": l'Allemagne, où les prévisions sont alarmantes, vraisemblablement le pire recul enregistré depuis la création de la République fédérale. Et, quoiqu'on nous ait dit jusqu'alors, la France ne fait pas exception: l'INSEE évoque, pour le premier semestre 2009, de 169 000 à 214 000 emplois menacés!
Alors, peut-on néanmoins, trouver dans cette meule de foin pourri quelques belles aiguilles annonciatrices d'autres possibles? Eh bien, oui!
Par exemple, ce qu'il vient de se passer à Strasbourg, tant dans la rue que dans l'hémicycle parlementaire, avec le projet de directive sur le temps de travail. Revenons sur quelques détails intéressants de cette affaire. D'abord, qui est responsable de ce projet digne du "capitalisme de Manchester": faire travailler les gens 65 heures par semaine alors qu'il y a ... 90 ans, l'organisation internationale du travail avait fixé à 48 heures la limite hebdomadaire au-delà de laquelle elle estimait "excessif" l'effort demandé au travailleur? C'est le "Conseil", autrement dit les représentants des gouvernements de l'Union européenne. Précision: jusqu'à il y a peu, une "minorité de blocage" au sein de ce Conseil avait gelé ce projet pendant plusieurs années. Et qui a permis de débloquer ce dossier scandaleux? La France après l'élection de Nicolas Sarkozy et l'Italie après le retour de Berlusconi...
La Commission européenne avait, elle, soutenu le projet sans sourciller, y compris son commissaire - PSE - aux affaires sociales, Monsieur Spidla. Une majorité de parlementaires en a finalement décidé autrement: exactement 28 de plus que la "majorité qualifiée" requise(1). Autrement dit chaque pression sur tel ou tel député hésitant aura compté! La très bonne coopération entre le mouvement syndical européen et un certain nombre de parlementaires progressistes aura porté ses fruits - de même que la sensibilisation, pays par pays, des citoyens européens. Comme quoi, mieux vaut savoir qui on élit dans cette assemblée, qu'on dit si souvent, à tort, sans pouvoir...
Autre précision: le résultat aurait pu être meilleur encore. Au lieu de repousser une partie - la pire, certes - du projet du Conseil, il aurait mieux valu le rejeter dans son ensemble, comme le proposait le premier amendement de notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE - NGL), qui ne fut malheureusement pas adopté. S'il l'avait été, ce projet de directive scélérat aurait été définitivement enterré, alors que, dans le cas présent, une négociation doit s'ouvrir entre parlement et conseil pour tenter de trouver un compromis. Vigilance donc. Mais, les élections approchant, je suis optimiste à cet égard.
Justement, évoquant le scrutin européen du 7 juin prochain - si important dans le contexte actuel - je vois une excellente nouvelle dans l'accueil chaleureux et massif des délégués-e-s au 34ème congrès du PC F à la stratégie offensive de constitution d'un "Front progressiste européen" adoptée par ce parti pour créer une dynamique populaire favorable à des changements profonds des politiques et des structures de l'Union européenne!
Sur ce, nous avons toutes et tous droit à un peu de repos et, j'espère, de bonheur. Bonnes fêtes à vous, ami-e-s lecteurs!
1Par 421 voix pour et 273 contre, le P.E. a demandé la suppression dans les trois ans de la dérogation à la semaine de 48 heures (la "majorité qualifiée" requise était de 393)
Le bilan d'une présidence
15.12.08 "Historique" ! Nicolas Sarkozy, en venant rendre compte du dernier Sommet des Chefs d'Etat de l'Union européenne, au parlement de Strasbourg, ce mardi, a, dans le même mouvement, adressé le bilan de la présidence française, c'est à dire, avant tout, son bilan personnel. Et là, nul doute: le président français est satisfait du futur ex-"Président de l'Europe". Plus objectivement, que peut-on en dire ?
Incontestablement, à la fois du fait de la gravité des évènements intervenus durant ce semestre, et en raison du volontarisme du locataire actuel de l'Elysée, la présidence française restera comme une période de politisation du débat européen. En soi, c'est une bonne chose, que nous appelons d'ailleurs en permanence de nos vœux. Malheureusement, si Nicolas Sarkozy sait et aime affirmer clairement, sinon brutalement, son point de vue, il apprécie moins que ses interlocuteurs contestent ses idées, surtout quand cela égratigne les lauriers qu'il se tresse si généreusement. Désolé.
Examinons d'abord ce qu'il est advenu des "quatre priorités" que la présidence française s'était elle-même fixées pour ce semestre. La politique agricole, d'abord: le compromis -d'ailleurs extrêmement critiquable- présenté par Paris à ses partenaires n'a pas été accepté. Les producteurs laitiers, les éleveurs, les petits et moyens paysans en général étaient particulièrement pénalisés dans ce projet. Le dossier reste donc ouvert en vue de la réforme de la PAC d'ici 2013.
L'immigration, ensuite: il n'y a pas de quoi pavoiser au sujet du "pacte" de M. Hortefeux , dans la lignée de la "directive de la honte" -qui permet de garder en "rétention" pendant... 18 mois (!) des migrants, y compris mineurs, pour une simple question d'irrégularité administrative!
Concernant la défense européenne, Bernard Kouchner évoque avec emphase et fierté la "première opération navale de l'UE" lancée... à l'occasion du dixième anniversaire du sommet de 1998" (à Saint-Malo où Français et Britanniques se sont entendus sur le principe d'une politique européenne de défense "en complément à l'OTAN", rappelle le ministre des affaires étrangères). Les pirates du golfe d'Aden sont ainsi vus comme une véritable aubaine pour légitimer cette mission en guise de cadeau d'anniversaire... Et le ministre de rappeler que "la France a utilisé la présidence de l'UE pour donner une nouvelle impulsion à ces efforts (...) Aujourd'hui, l'OTAN et l'UE travaillent côte à côte en Afghanistan et dans les Balkans". A chacun ses ambitions!
Le climat, enfin. L'enjeu est énorme et il aurait été extrêmement dommageable que les "27" ne trouvent pas d'accord à ce stade. Un accord existe, mais au prix de telles concessions -90% des entreprises seraient exonérées de toute contrainte écologique!- qu'il n'y a pas lieu de sauter au plafond, d'autant que, pendant ce temps, le phénomène de réchauffement s'aggrave encore, selon les scientifiques.
Reste une "priorité" non prévue: la crise! Peut-on vraiment sabrer le champagne pour le seul fait que l'Union européenne a son "plan de relance" pour les banques et les entreprises, alors que la consommation des ménages plonge, que les plans de suppression d'emplois déferlent et que l'angoisse sociale est à son comble -voir la Grèce...- ? Et par dessus tout, le Conseil européen remet le couvert avec le traité de Lisbonne, en Irlande, ce qui est une façon non seulement de nier la souveraineté populaire, mais de réaffirmer la validité d'un modèle libéral qui vole en éclats sous nos yeux!
Oui décidément, on peut rêver d'un meilleur bilan pour une présidence française de l'Europe!
PSE: Plus à gauche, tu meurs!
07.12.08 Le 1er décembre dernier, le parti socialiste européen (PSE), qui réunit les partis socialistes et sociaux-démocrates de l'Union européenne, a adopté à Madrid un "Manifeste" en vue des élections européennes de 2009. Ce parti constitue au Parlement européen le deuxième groupe derrière le Parti populaire européen (PPE - droite chrétienne démocrate et conservatrice), avec lequel il cogère de fait l'institution - sauf exception, quand le rapport de forces permet de créer les conditions d'un affrontement de toute la gauche contre toute la droite.
On devrait donc pouvoir se réjouir d'apprendre que le "Manifeste" adopté par le PSE a, cette année, des accents résolument de gauche! Ne fustige-t-il pas ceux qui nous livrent "aux mains du marché", dans lequel ils ont une "foi aveugle"? N'appelle-t-il pas à une "nouvelle Europe sociale" ayant pour finalité "le peuple d'abord"? Ouaouh! Ca va nous changer de l' "économie de marché ouverte où la concurrence est libre", inscrite en lettre d'or dans tous les traités européens depuis 15 ans - traité de Lisbonne compris -! Eh bien, non: les traités, le PSE n'y touche pas. Il y va même très fort sans la diabolisation de ceux - Français, Néerlandais, Irlandais - qui, avec leur NON, se font les empêcheurs de gérer en rond.
Alors, le PSE va-t-il, pour le moins, demander à ses commissaires européens les plus prisonniers de la "foi aveugle" dans le marché et les moins crédibles pour incarner une "nouvelle Europe sociale", de rendre leur tablier? Cela libérerait pas mal de postes importants à Bruxelles! Par exemple, celui du très puissant vice-Président, SPD allemand, de la Commission, M. Verheugen, l'homme fort de la grande industrie; ou bien celui du super-libéral commissaire aux affaires monétaires, le socialiste espagnol Almunia; ou encore l'inoffensif (pour le capital) commissaire dit aux affaires sociales, le socialiste tchèque M. Spidla, toujours prêt à justifier l'intangibilité des règles du marché unique, fussent-elles incompatibles avec la promotion des droits des salariés? Encore non: le PSE est fier de "ses" commissaires et dit travailler étroitement avec eux.
Qu'en est-il alors des gouvernements dans lesquels un parti du PSE joue un rôle majeur? Leurs représentants ont "massivement" voté en faveur du "Manifeste" du 1er décembre. Diantre! Auraient-ils renié tout leur bilan? Qu'on en juge!
Le modèle économique appliqué à l'Espagne de M. Zapatero fut avec les modèles britanniques et irlandais, l'un des plus proches de celui des Etats-Unis. Résultat: son économie est en train de s'écrouler comme un château de cartes! En un an, le chômage a explosé de 43%, et "2009 sera pire" annonce le ministre de l'économie, d'autant que 30% (!) de la population active du pays travaille avec des contrats à durée déterminée...
En Grande Bretagne, le travailliste Gordon Brown est aux affaires depuis 11 ans, d'abord comme ministre des finances, puis comme Premier Ministre. Son crédo: la "rigueur" budgétaire et le laxisme pour les banques. Cette politique plonge aujourd'hui par millions salariés et retraités dans une précarité et une pauvreté insupportable!
En Hongrie, le socialiste "moderne" M. Gyurcsany, a conduit son pays au bord de la banqueroute, au point que la population risque de subir une purge effrayant dictée par le Fonds Monétaire International,... dont le nouveau directeur général, M. Strauss-Kahn, n'a apparemment pas révolutionné les orientations!
Quant à l'Allemagne de la "Grande Coalition" son très influent ministre des finances, SPD, M. Steinbrück, disait encore, en septembre dernier, sa fierté de constater qu' "avec l'économie sociale de marché, nous nous en sommes heureusement jusqu'au présent bien tirés". Aujourd'hui, on y redoute un recul du PIB de 4% - du jamais vu depuis la création de la République fédéral....
Conclusion: toujours d'accord pour coopérer avec le PSE sur le moindre sujet où des convergences sont possibles. Mais pour changer l'Europe, mieux vaut renforcer ceux qui font quotidiennement la preuve de leur engagement: la Pacte de la Gauche européenne et le Groupe de la Gauche unitaire européenne - Gauche verte nordique au Parlement européen.
Après les banques, sauver les emplois!
27.11.08 "Ils ont su trouver l'argent pour sauver les banques. Qu'ils ne viennent pas nous dire qu'il n'y en a pas pour sauver nos emplois! On n'est pour rien dans cette crise, mais c'est à nous qu'ils veulent la faire payer!" Qui n'a pas entendu ces interpellations fuser, dans les discussions avec nos concitoyens, à l'adresse des dirigeants français et européens? Elles ne font que prendre de la force et de l'ampleur à mesure que pleuvent les annonces de suppressions massives de postes de travail - à commencer par toute la filière automobile qui concerne 10% des salariés du pays!-; de licenciements immédiats de travailleurs intérimaires et des graves menaces pour 2009 qui planent sur l'économie européenne en général.
Mis ainsi sous pression, les responsables européens sentent qu'ils doivent bouger. Et vite! Dans une vie antérieure - le 14 septembre dernier, autant dire un siècle!-, Monsieur Jean-Claude Junker, Président de l'Eurogroupe, pouvait encore se permettre de claironner, à l'issue d'une réunion de tous les pays de la zone: "Nous avons exclu tout plan de relance européen!" Il avait même osé ajouter, avec un brin de provocation, qu'après avoir mobilisé près de 2000 milliards d'euros pour sauver les banques, il n'y avait plus d'argent pour autre chose!
Ce discours est devenu intenable et pour cause! Les turpitudes financières qui sont devenues le pain quotidien du capitalisme "moderne" sont désormais connues de tous. Et cette expérience collective est potentiellement explosive. L'exigence de transformations profondes du système lui-même est devenue si forte que ses thuriféraires commencent à craindre de "se trouver confrontés à la grande révolte des classes moyennes", pour reprendre, l'expression du lucide "conseiller spécial" du Président de la République, Monsieur Guaino. "Ce que je crois - a encore souligné celui-ci dans la presse économique -, c'est que, dans les années qui viennent, la pression des opinions risque d'être plus forte que celle des marchés".
Voilà qui explique l'activisme de Nicolas Sarkozy, le "pragmatisme" de Gordon Brown, ainsi que la conversion de José Manuel Barroso Le Président de la Commission européenne est désormais partisan d'un "plan de relance de 200 milliards d'euros" Certes, l'essentiel de l'effort est délégué... aux États membres - qui n'avaient d'ailleurs pas attendu cette aimable invitation pour prendre des initiatives, tant ils sont, eux aussi, sur des charbons ardents. Mais "Bruxelles" leur accorde aujourd'hui ce contre quoi les intégristes de l'exécutif communautaire se sont toujours arc-boutés: le gel de fait, pour deux ans, du pacte de stabilité - même si, en haut lieu, on s'en défend pour ne pas effrayer "les marchés".
Il s'agit donc, à présent, de suivre de près le contenu réel et la destination effective de ces crédits! En effet, aucune directive n'est donnée, ni même aucune recommandation faite aux États de veiller à ce que l'argent mobilisé serve bien l'emploi et le pouvoir d'achat des Européens. Notre première demande pourrait donc être d'instituer un droit d'intervention des salariés et de leurs représentants dans le suivi concret de la mise en œuvre de ce plan.
Nous pourrions avancer une autre proposition concrète. La Banque européenne d'investissement (BEI), entièrement contrôlée par les Etats membres, vient d'être chargée de mettre 15 milliards d'euros de crédits à la disposition des PME, sur deux années. Or, une expérience tentée en 1992-93 avec la BEI - pour un montant beaucoup plus modeste - s'était effectivement traduite par des créations d'emplois. Comment cela s'était-il passé?
La BEI avait été exceptionnellement autorisée à financer des baisses de taux d'intérêts pour soulager les PME des charges financières liées au crédit - et ce en fonction du nombre d'emplois créés. Un contrôle accompagnait ce dispositif financier afin de s'assurer de la création effective de ces emplois. C'est donc possible!
Les économistes communistes, qui avaient suivi cette expérience avec attention, ont pu vérifier la pertinence d'une démarche qu'ils préconisent pour toute la politique du crédit dans l'Union européenne. Notre proposition immédiate pourrait donc être: que l'on renouvelle cette expérience, aujourd'hui - en l'améliorant encore - avec les 15 milliards énoncés dans le "Plan" de M. Barroso. A suivre.
Europe: un espoir à gauche
23.11.08 Je veux m'arrêter aujourd'hui sur la signification et la portée de cet "appel du 24 octobre" à l'initiative du Parti communiste, que j'ai évoqué d'un mot à la fin de ma dernière chronique.
Nous sommes confrontés à une crise comme le capitalisme n'en a pas connue depuis 1929. Sans changements portant sur les ressorts même qui sont à l'origine du mal, les conséquences risquent d'être très douloureuses pour les peuples. Et durablement. Voilà pourquoi, en plus des ripostes immédiates à tous les coups - les plans de licenciements; la privatisation de la poste; les suppressions d'emplois dans la fonction publique; la grave dégradation de la situation des hôpitaux, de l'école; le projet fou de départs à la retraite à 70 ans... - il est absolument crucial que s'exprime haut et fort l'exigence de transformations structurelles: le système de "l'argent pour le profit et le profit pour l'argent" doit être coûte que coûte enrayé. Tout le défi est d'offrir à celles et à ceux qui la ressentent l'occasion de l'exprimer clairement et ensemble.
Malheureusement, il n'y a pas grand chose à attendre, à cet égard, du Parti socialiste. D'abord, parce qu'il est entièrement absorbé par les graves problèmes qui le secouent. Ensuite et surtout parce que les orientations très majoritairement défendues par ses dirigeants ne vont pas dans ce sens. Le positionnement des uns et des autres sur les enjeux européens est, de ce point de vue, éclairant. Que lit-on, en effet, dans les motions des deux candidates qui viennent de s'affronter pour occuper le poste de première secrétaire?
Pour Ségolène Royal, "D'un référendum à l'autre, le rejet qui s'est exprimé chaque fois (...) marque l'échec d'une méthode". Non! Il marque le rejet d'une politique! Faute de le reconnaître, l'ex-avocate du "OUI" manque singulièrement de crédibilité dans ses propositions pour "faire avancer l'Europe sociale". De son côté, Martine Aubry, après avoir dit "partager l'analyse des dérives actuelles de l'Europe libérale et de la nécessité de la réorienter" (clin d'œil aux partisans de Benoît Hamon?), énonce un vague souhait "que les objectifs de la Banque centrale européenne soient redéfinis" ou que "le droit européen de la concurrence (soit) adapté" sans expliquer pourquoi elle soutient des traités qui refusent tout pas, même modeste, dans cette voie...
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy sème la confusion dans les esprits en se travestissant sans vergogne en redresseur de torts des ultralibéraux européens!
Il fallait prendre une initiative politique pour permettre aux différentes sensibilités progressistes qui estiment qu'il est temps de "prendre le taureau par les cornes" pour changer l'Europe, de reprendre l'offensive. Surtout aujourd'hui où tout se joue! On n'est pas d'accord sur tout? Ce ne doit pas être un obstacle. L'essentiel est de se retrouver autour de quelques axes structurants rompant avec les dispositions des traités que nous avons combattues en 2005 et dessinant une vision alternative de la construction européenne, dans laquelle le plus grand nombre puisse se reconnaître.
C'est dans cet esprit que le PCF a lancé son appel du 24 octobre - très largement approuvé par son conseil national - "aux forces politiques et sociales, aux hommes et aux femmes représentant des courants politiques progressistes, comme au mouvement syndical, social et associatif, dans leur diversité, qui partagent ces objectifs et se reconnaissent dans cette démarche" en vue des élections européennes de juin 2009.
Jean-Luc Mélenchon a rapidement réagi: "le Parti communiste a donné le signal. Sans cette proposition, chacun était condamné à rester chez soi (...) Cette proposition (...) a été tout à fait novatrice et audacieuse. J'y réponds". Du côté de la LCR, si Olivier Besancenot refuse, à ce stade, cette démarche, Christian Piquet, qui anime la minorité de cette formation, a qualifié l'initiative d' "excellente nouvelle", d' "objectif que nous ne pouvons que partager" et de "chance qu'il ne faut à aucun prix laisser passer". De son côté, le directeur du journal "Politis" y a vu "un encouragement". Par ailleurs, des réactions individuelles très significatives - de responsables syndicaux, d'intellectuels, de militants progressistes -, nous parviennent. Un nouveau processus est en marche. Enfin un espoir à gauche!
Démontrer la mystification du "maître du monde"
16.11.08 Qui dit mieux? Jusqu'à la semaine dernière, Nicolas Sarkozy se contentait d'être "Président de l'Europe". Depuis le Sommet du "G20" à Washington, le voilà promu - sans rire ... - "maître du monde"! N'a-t-il pas tutoyé "George" et pris "Angela" par le bras? Et surtout, n'a-t-il pas forcé la main aux puissants de la Terre en leur faisant réclamer "d'une seule voix" une "nouvelle gouvernance mondiale"? Rien que cela! Le surendettement des Etats-Unis aux frais de la planète? La domination du dollar? "C'est fini!" aurait encore lancé le Superman de l'Elysée... avant la réunion, en petit comité. Malheureusement, cette suprême audace s'est évanouie durant le Sommet lui-même...
Mais d'où vient donc cette propension à se travestir en commandant en chef de la lutte pour changer le système? Relève-t-elle seulement d'un penchant à la mégalomanie ou cache-t-elle avant tout une stratégie politique? Le "conseiller spécial" du Président, Henri Guaino, nous en a récemment livré le secret: "si l'on ne répond pas au besoin d'éthique, de régulation, d'équité, on pourrait bien se trouver confrontés dans les pays développés à la grande révolte des classes moyennes." En clair, la posture de Nicolas Sarkozy répond à un objectif politique central: amortir et dévoyer la colère du peuple. Pour cela, il instrumentalise de toutes les manières possibles la crise de son propre système.
D'abord, les effets dramatiques de sa politique - pressions permanentes sur l'emploi, les salaires, les dépenses publiques... - sont mises au compte... de la crise mondiale. Grâce à notre champion, nous enregistrons même +0,1% de croissance contre -0,2% dans l'ensemble de la zone euro. Ensuite, à l'entendre, ni la France ni l'Europe ne sont pour quoique ce soit dans cette crise. Les seuls coupables sont à Washington. Particulièrement chez ceux qui ont laissé couler Lehmann Brothers et déclenché par là même une panique des marchés. Enfin, face à ce cataclysme, le Chef de l'Etat - Président de l'Europe et maître du monde - est aux avant-postes du combat pour imposer régulation, moralisation, refondation... Bref, il assure! Sous entendu: soutenons-le bien fort et il saura imposer la "nouvelle gouvernance mondiale"! Redoutable mystification, à démonter avec soin!
De quelle "nouvelle gouvernance" s'agit-il au fait? Les "principes" à partir desquels les ministres des finances ont été invités à élaborer des propositions d'ici le prochain G20 en ... avril prochain sont ni plus ni moins que ceux dont les Européens ont déjà discuté le 7 novembre dernier. "La surveillance des agences de notation"? Le très timide Parlement européen en avait déjà fait la demande le ... 10 février 2004. La Commission européenne avait refusé de légiférer à son sujet mais promis de la mettre en place...
Revoir les "normes comptables"? L'Union européenne avait adopté ces normes il y a à peine quatre ans, malgré une grande hostilité de certains milieux économiques. A présent, ceux qui avaient décrété que telle était la solution vont décréter que tel est le problème. Avec la même certitude sans appel...
Réduire "les risques systémiques" liés aux "produits dérivés"? (Autrement dit, éviter que les produits financiers de plus en plus sophistiqués nés de la "créativité" débridée des acteurs financiers n'entrainent des réactions en chaîne à l'échelle du monde). Rappelons que ces "produits dérivés" - véritables enfants naturels du capitalisme "moderne" - représentaient fin septembre près de 5 fois les richesses annuelles créées dans toute l'Union européenne: si on accepte de pérenniser un tel engrenage, que peut bien signifier vouloir en "réduire les risques"? De même pour les "paradis fiscaux": la moitié de l'économie mondiale y a recours à travers 2 millions de sociétés-écrans. Comment envisage-t-on, si on les conserve, de "réguler" des trous noirs de cet acabit?
Assurément, il y a de tout autres choix stratégiques à faire pour s'attaquer aux racines du mal. Ce débat est à engager dès maintenant. Il doit être au cœur de la préparation des élections européennes de 2009 car changer de politique en France, changer la finalité de la construction européenne et changer les règles internationales relèvent d'un même combat. Le PCF, par son appel du 24 octobre, vient de prouver qu'il entend y prendre toute sa place.
La crise, le "G20" et l'appel du PCF
09.11.08 On allait voir ce qu'on allait voir: Nicolas Sarkozy, "Président de l'Europe", était décidé à "moraliser le capitalisme" et à "refonder le système financier international"! Il allait forcer l'Amérique à accepter un "Bretton Woods bis" (en référence à la Conférence internationale de juillet 1944 qui fonda le système monétaire mondial censé favoriser la reconstruction des pays touchés par la guerre)! Il convoquait ses partenaires européens le 7 novembre dernier à Bruxelles pour se préparer à "parler d'une seule voix" à Washington, au "G20" (les sept pays les plus riches, la Russie, la Présidence de l'Union européenne, la Commission de Bruxelles, ainsi que les principales puissances "émergentes") ce 15 novembre.
Revenons sur Terre...
Les propositions françaises de "réformes" du système financier international furent en réalité d'une grande timidité: encadrement des agences de notation, révision des règles comptables, coopération entre superviseurs nationaux, révision du système de rémunérations... Ces idées sont si "classiques" que le Parlement européen - qui n'est pas réputé pour son anticapitalisme primaire - les avait déjà, pour la plupart, avancées bien avant la grande crise. Sans aucun résultat, d'ailleurs. Il faut être borné comme le ministre des finances tchèque pour trouver, aujourd'hui encore, que de telles mesures relevaient "non d'une évolution, mais d'une révolution"! Britanniques et Finlandais ont, quant à eux, mis en garde contre les "excès de réglementations"... Les Pays-Bas ont présenté leur propre projet, d'une généralité désarmante. Quant à l'Allemagne, elle n'a pu accepter la phrase prévoyant que les Etats membres apportent "des réponses coordonnées aux défis macroéconomiques internationaux", car une telle formulation pourrait faire de l'ombre à la Banque centrale européenne et à son indépendance! L'Espagne, pour sa part, n'avait qu'une obsession: pouvoir être à la table des grands à Washington.
Voilà qui fera trembler l'Amérique et les marchés financiers! Ajoutons à cela - dans le texte final de la position européenne - l'appel à un rôle renforcé du Fonds monétaire international et à la promotion du libre-échange à travers l'achèvement rapide du cycle de Doha à l'Organisation mondiale du commerce, et on aura une idée de la "refondation" en marche...
Cette expérience illustre une fois encore l'incapacité congénitale des dirigeants européens à mettre en cause le système sur lequel l'Union européenne est fondée, tout particulièrement depuis une vingtaine d'années. Pourtant, le cataclysme engendré par cet engrenage diabolique est tel ("les pays développés vont subir leur pire récession depuis 1945" titrait la presse spécialisée le jour du "sommet européen"; quant aux pays pauvres, ils sont au bord du gouffre) que des experts libéraux reconnaissent eux-mêmes, à mots couverts, qu'il faut, face à une crise d'une gravité sans précédent, trouver des solutions sans précédent.
C'est le moment de faire entendre des idées neuves, fondées sur un diagnostic sans concession des origines du mal qui plonge nos sociétés et nos économies dans cette situation dramatique. Nos concitoyens doivent pouvoir bénéficier de toutes les informations nécessaires et s'impliquer dans une vraie confrontation d'options sur les "refondations" à entreprendre sans retard. En particulier sur le terrain de l'Europe.
L'un des grands objectifs à affirmer avec force par l'Union européenne devrait être de rompre avec l'organisation de la mise en concurrence des peuples à l'échelle du monde. La pression sans précédent ainsi générée contre les dépenses salariales et sociales a en effet puissamment nourri "l'excès de liquidités" à la recherche d'une rentabilité financière maximale qui est au cœur de la crise financière actuelle.
Dans cet esprit l'une des ambitions que l'Union européenne devrait s'assigner dans le cadre des prochains sommets mondiaux devrait être de rechercher tous les alliés possibles -pays du sud, puissances "émergentes"- pour instaurer une maitrise collective de la création monétaire à l'échelle du monde. Autrement dit, remplacer la fausse monnaie commune mondiale qu'est le dollar -en réalité arme de domination par excellence- par une vraie monnaie commune mondiale mais au service du développement des capacités humaines et de biens communs mondiaux. Je rappelle qu'un embryon d'une telle monnaie existe depuis une quarantaine d'année ("les droits de tirage spéciaux" du FMI) mais que son usage est bloqué par les Etats-Unis.
De même une réforme profonde des institutions économiques internationales (Fond monétaire international, Banque mondiale, Organisation mondiale du commerce) s'impose de toute évidence. Une telle refondation des relations économiques internationales impliquent naturellement des transformations profondes de l'Union européenne elle-même. Celles-ci sont aujourd'hui spectaculairement à l'ordre du jour.
C'est tout le sens de l'appel lancé par le parti communiste, le 24 octobre dernier, "aux forces politiques et sociales, aux femmes et aux hommes représentatifs des courants politiques progressistes, comme du mouvement syndical, social et associatif, dans toute leur diversité", qui partagent "quelques axes structurants rompant avec les dispositions des traités européens que nous avons combattues en 2005 et dont l'actualité vient de confirmer la portée désastreuse."
Depuis, les réactions positives et encourageantes se multiplient. C'est une chance à saisir à tout prix! Nous en reparlerons rapidement.
A propos de quatre textes européens sur l'immigration
31.10.08 Les multiples "sommets" consacrés à la crise financière sont naturellement à suivre de très près, tant les enjeux en présence déterminent notre avenir commun. Pour autant, nous devons impérativement garder un œil sur les autres "priorités" de la présidence française de l'Union, telles que la lutte contre le changement climatique, la défense européenne, la politique agricole ou les politiques concernant les migrants. Car, dans chacun de ces domaines, des décisions se prennent...
Arrêtons-nous sur ce dernier sujet: l'immigration. Il a donné lieu à plusieurs initiatives marquantes cette semaine. Notamment, les 3 et 4 novembre, à Vichy, où s'est tenue une conférence des 27 ministres de l'Union sur le thème de l' "intégration". Une manifestation et un meeting ont réuni, à cette occasion, partis de gauche, organisations syndicales et mouvements associatifs: un beau comité d'accueil à M. Hortefeux et à ses collègues...
Presque au même moment, à Bruxelles, la Commission des libertés publiques du Parlement européen examinait quatre rapports très symptomatiques des logiques à l'œuvre aujourd'hui, dans l'Union européenne, en matière d'immigration. Ils donneront lieu à un débat en séance plénière et au vote de projets de directives d'ici la fin de l'année. Voyons-y donc d'un peu plus près.
Un premier rapport (d'un socialiste espagnol) traite de " l'Agence Frontex", chargée de la "protection des frontière de l'Union" - avec radars, bateaux et avions militaires...- contre les damnés de la Terre qui traversent les mers et les déserts au péril de leur vie pour fuir la guerre, la misère ou l'oppression, à la recherche d'un espoir de vie un peu plus digne.
Il faut savoir que seuls 14% des migrants entrent en Europe par la voie maritime. Or, c'est à cette dimension du problème que se sont consacrés, pour l'essentiel, les "efforts" de cette agence vieille de deux ans, et très médiatisée - comme s'il s'agissait de montrer que l'Europe vous protège contre l'invasion" de tous ces va-nu-pieds! Aux 70 millions d'euros de son budget, on va encore en ajouter 10 de plus...
L'Association "France Terre d'Asile" a souhaité que des experts indépendants puissent être présents à côté des patrouilles militaires pour voir qui a besoin de protection: refusé! Notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) a demandé que soit inscrite dans le mandat de l'Agence l'obligation du sauvetage en mer de migrants en perdition: refusé. Cela relève de la décision de chaque Etat participant à des missions "Frontex". Batailles en perspective!
Le deuxième rapport (d'une députée de droite allemande) vise à établir la " carte bleue" - inspirée de la "green card" en vigueur aux Etats-Unis. Elle permettra à ses bénéficiaires d'entrer légalement dans l'Union européenne, mais ne vise que les immigrants possédant les qualifications jugées souhaitables. C'est "l'immigration choisie". Elle peut constituer une opportunité pour des personnes qualifiées ne trouvant pas d'emploi dans leur pays. Mais elle représente dans le même temps un grave risque de prime à la "fuite des cerveaux". En tout cas, elle ne répond pas aux problèmes des migrants actuels, qui, très majoritairement, ne répondent pas aux critères requis. A suivre de très près.
Le troisième rapport, (d'un socialiste italien) concerne les sanctions contre les employeurs faisant travailler des "résidents illégaux". Il est à rapprocher du quatrième rapport (d'un UMP français, M. Gaubert) demandant que soit lié dans toute l'Union européenne, en une seule procédure permis de travail et permis de séjour. Derrière ce double libellé qui sonne bien se cachent en fait des dispositions qui poussent les "travailleurs sans papiers" à la clandestinité, même s'ils sont surexploités. En effet, une fois "découverts" ils seraient expulsables - cette fois dans toute l'Union européenne. La lutte récente, en France, pour la régularisation de centaines de ces travailleurs montre que, lorsqu'on sait sensibiliser l'opinion publique à la dimension humaine des effets de certaines lois et à leur flagrante injustice, des succès sont possibles. Ces deux textes vont à contre-courant de cette expérience. Voilà un vrai débat de société à mener avec doigté mais détermination.
Subitement, Sarkozy sortit de ses gonds...
26.10.08 Retour sur la prestation du "Président du Conseil européen en exercice" au Parlement de Strasbourg, le 21 octobre dernier au sujet de la crise financière, car il y a des enseignements à en tirer.
Mais d'abord, revenons à l'essentiel: notre boussole, c'est la vie des gens. Dans cette crise, ils sont doublement les victimes. D'abord, les retombées sociales s'annoncent féroces! Ensuite, les "plans de sauvetage" sont à la charge des contribuables.
Face à cette avalanche, il faut naturellement s'efforcer d'imposer des mesures d'urgence. Mais il faut veiller, en même temps, à croiser le fer avec le gouvernement dans sa bataille idéologique sur la source profonde des problèmes actuels, et, par voie de conséquence, la nature des transformations à entreprendre pour s'en sortir vraiment et durablement: non seulement les entreprises mais la population! Or, cette bataille d'idées fait rage!
C'est à ce propos que je veux en revenir à l'opération "Super-Sarko" ("Wall Street Journal") que "le monde nous envie" ("Courrier International"). Détricoter cette image pour permettre à nos concitoyens de faire la part des choses est un enjeu politique vital pour la suite des événements. En effet, le Président de la République, pour qui aucune initiative n'est sans arrière-pensée, compte sur ce mythe du "grand leader international pour des temps de crise" pour tenter de jeter les bases d'une "union sacrée" rassemblant "la droite et la gauche responsables" et rejetant "les extrêmes" à la marge . Pour quelle politique? Ses laudateurs nous le rappellent: "Il a mis en échec les 35 heures, dégonflé le nombre de fonctionnaires, diminué les dépenses publiques...
Dans ce contexte, l'échange entre Nicolas Sarkozy et le Président du groupe socialiste, ce 21 octobre à Strasbourg, est une leçon de choses! "Vous parlez comme un socialiste européen! Vous êtes sur la bonne voie!" - avait cru bon ironiser celui-ci, faisant allusion aux diatribes présidentielles contre les "spéculateurs" et son plaidoyer pour l'intervention des Etats. La réplique n'a pas manqué. Un brin de polémique sur le PS français, puis, avec un ton délibérément sérieux: "Comme Président du Conseil européen, j'apprécie puissamment le sens des responsabilités du PSE lorsqu'il s'agit de prendre certaines orientations (...) Il ne faut pas ramener l'Europe à une question droite-gauche!". Voilà chacun prévenu.
La tentative d'intégrer à sa stratégie toutes les sensibilités politiques ne s'est d'ailleurs pas arrêtée là. Le Chef de la droite française s'est également montré plutôt tendre envers Daniel Cohn-Bendit, qui venait de se faire sagement le chantre de l' "économie sociale de marché" - aussi chère aux chrétiens-démocrates qu'aux sociaux-démocrates - et d'une tout aussi vague "économie écologique du marché": " J'ai noté 5 oui contre 2 non dans votre discours" lui répondit le Président. "Je dis oui à la croissance durable. Les Verts devraient soutenir notre politique sur le climat".
Nicolas Sarkozy ne sortit, subitement, de ses gonds que lorsque j'ai - sans la moindre invective - rappelé quelques faits incontestables que ces échanges doucereux tendaient à faire oublier: si chacun de nos pays est menacé d'une crise sociale aux dimensions insoupçonnées, c'est que c'est tout un modèle de développement qu'est en cause. Il a certes été importé d'outre Atlantique et d'outre-Manche, mais l'Union européenne l'a pleinement fait sien. "Et c'est ce modèle qui imprègne nos traités (...) C'est donc le cœur même du système qu'il faut changer: l'argent pour le profit, et le profit pour l'argent - cette spirale diabolique qui engendre la dévalorisation du travail, la déflation salariale, le rationnement des dépenses sociales, et aussi le gaspillage des ressources de la planète ainsi que la marginalisation d'une énorme partie de la population mondiale (...) S'attaquer aux racines du mal suppose dès lors de s'en prendre aux critères de plus en plus drastiques de rentabilité financière, absolument incompatibles avec la promotion sans discrimination des capacités humaines et un développement durable."
C'en était déjà trop! Le "Président de l'Europe" troqua la courtoisie pour la brutalité en brandissant les arguments de ceux qui n'en ont plus: "le système collectiviste" et le "Mur de Berlin"... Touché!
Sarkozy lance un défi à la gauche européenne
19.10.08 Quelles heures de vérité vivons-nous en ce moment dans l'Union européenne! Que de questions hier encore "tabou" sont désormais sur la table: la critique de la logique de rentabilité financière que les traités européens ont "boosté" à partir de la fin des années 80 (Acte Unique et marché unique) et du début des années 90 (Maastricht); les nationalisations et plus généralement l'intervention des Etats; le contrôle des marchés; la politique du crédit; la politique industrielle; les conditions de l'efficacité d'une relance budgétaire... Les vieilles certitudes libérales ont pris un goût rance.
Nicolas Sarkozy, en bon communicateur, sachant prendre la mesure des attentes des gens, a adopté sa posture favorite: celle du leader volontariste, n'hésitant pas à prendre le taureau par les cornes, pour "s'attaquer aux racines du mal"! Ce faisant, il lance aux forces de gauche européennes un véritable défi: celui d'engager une bataille d'idées de haut niveau! Car les propositions trop générales ne résistent pas à l'épreuve. Il faut aiguiser les confrontations d'idées.
Cela commence par une clarification du diagnostic de la crise. Celle-ci touche au cœur du système: l'argent pour le profit et le profit pour l'argent. Donc la dévalorisation du travail, la déflation salariale, le rationnement des dépenses sociales, et aussi la dévalorisation des ressources de la planète, ainsi que la marginalisation d'une énorme partie de la population mondiale. Un indice ne trompe pas: seuls...2% des transactions monétaires concernent aujourd'hui la production de biens ou de services; 98% concernent la finance! "S'attaquer aux racines du mal" suppose dès lors de s'en prendre aux critères de rentabilité financière.
Dans cet esprit, il ne faut pas, bien sûr, laisser s'effondrer les banques ni assécher le crédit, mais les 2000 milliards d'euros (près de 6 fois le budget de la France...) mobilisés dans l'Union européenne doivent favoriser les investissements utiles à la société: l'emploi de qualité, les services publics, la recherche-développement, l'environnement..., et non des opérations financières fussent-elles "moralisées". Cela suppose notamment des pôles financiers publics, de nouveaux critères de gestion dans les entreprises, ainsi qu'un strict contrôle public associant salariés et citoyens.
De même, une relance budgétaire à l'échelle de toute l'Union pour tenter d'éviter la récession économique et la dépression sociale (Nicolas Sarkozy l'a proposée, le Président de "l'Eurogroupe", et la chancelière allemande s'y sont opposés) est une bonne chose...à condition que ces dépenses exceptionnelles n'aillent pas alimenter des "modernisations" contre l'emploi, des "rationalisations" se traduisant par des reculs de services publics ou d'autres formes de "gains de compétitivité" contre les besoins sociaux! Une politique offensive pour l'emploi et une augmentation substantielle des revenus des ménages ne sont pas seulement des exigences sociales. C'est aujourd'hui une nécessité économique. Changer les critères d'utilisation de l'argent et assurer le contrôle effectif de ce changement radical est la condition décisive du succès d'une telle relance.
C'est dans ce contexte sans précédent que va immanquablement être relancé le débat sur les transformations structurelles à opérer en Europe. Des dispositions fondamentales de l'actuelle construction sont à revoir, à la lumière de cette crise du système: l'interdiction de toute entrave à la libre circulation des capitaux - véritable pousse au crime; le libre échange absolu dans une "économie de marché ouverte où la concurrence est libre", source inépuisable de "dumping social"; la politique de concurrence - cette antipolitique industrielle -; le pacte de stabilité rationnant les dépenses publiques; et bien sûr la politique monétaire aujourd'hui mise sous tutelle des marchés financiers ("l'indépendance" vis à vis des institutions publiques) sans le moindre souci concernant l'emploi, ni la convergence des économies de la zone euro.
Sur chacun de ces points, quand nous avançons nos contre-propositions, nous sommes à présent écoutés comme jamais.
On le sait: une idée qui s'empare des gens devient une force matérielle. Les conditions existent de faire grandir de telles forces au cœur des débats en cours sur les responsabilités européennes face à la crise. La gauche européenne doit se donner les moyens de relever le défi qui lui est lancé.
La "gauche européenne" à Paris
11.10.08 Toute cette semaine, notre groupe de la "Gauche unitaire européenne" (GUE - NGL) se réunit à Paris, sous la coupole de l' "Espace Niemeyer", au siège du PCF. À l'occasion de la "présidence française" de l'Union européenne, plus de soixante-dix personnes - députés, collaborateurs et experts - en provenance de toute l'Europe, confrontent ici leurs expériences et leurs analyses sur le thème "où en est l'Union européenne?"
Quatre grands axes de réflexions ont été retenus. D'abord: " La crise de légitimité de l'actuel modèle économique et social européen". Autrement dit, le fait qu'un nombre impressionnant d'Européennes et d'Européens ne se reconnaisse plus dans le modèle libéral fondé sur les traités européens et mis en œuvre tant par les dirigeants des pays-membres que par la Commission européenne, la Banque centrale européenne, la cour européenne de justice, etc... Ce thème avait été retenu avant les derniers développements de la crise financière. Il ne prend que plus de signification à l'heure où éclatent, à l'échelle du monde entier, l'injustice et la brutalité du capitalisme. Deux invités - Dominique Plihon, le Président du conseil scientifique d'ATTAC, et Frédéric BOCCARA, économiste et membre du conseil national du PCF - contribuent à nos travaux sur ces enjeux essentiels.
Deuxième axe: " Le défi écologique face à la dictature du marché", avec, en particulier, Monsieur Marc Gillet, climatologue, Directeur de l'Observatoire National sur les effets du réchauffement climatique (ONERC); Représentant de la France au GIEC (Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'évolution du climat). Les enjeux de la lutte contre le changement climatique sont au centre du débat, mais le "défi écologique" est plus large: l'arrêt du déclin de la biodiversité; l'énergie propre; une politique agricole durable; la protection de l'environnement marin; des transports publics de qualité; la promotion d'un type de logement social offrant un cadre de vie décent; la propreté de l'air; la gestion responsable et publique de l'eau; le recyclage; le bien-être animal...
Troisième axe: " La montée des interrogations vis à vis d'institutions européennes à "démocratie limitée". " Limités" sont, en effet, les droits des citoyens dans l'élaboration, l'évaluation et le contrôle des politiques européennes! (Songeons au harcèlement inacceptable dont sont victimes les peuples qui osent voter majoritairement NON à un référendum sur un traité, comme c'est à nouveau le cas en Irlande!) De même que les droits sociaux et notamment les droits des salariés dans les entreprises! Sans oublier ceux des migrants: dans cette partie de nos débats, notre invité est Monsieur Pierre Henry, directeur général de l'Association "France-Terre d'Asile".
Quatrième axe: " L'Europe au service d'une mondialisation solidaire, responsable et pacifique", avec la participation de Monsieur Jacques Sapir, économiste, Directeur d'Etudes à l'Ecole des Hautes Eudes en Sciences sociales. Ce thème regroupe aussi bien les questions liées à la dangereuse tentation de la militarisation de l'Union européenne et à l'allégeance à l'OTAN, sous couvert de "guerre contre le terrorisme"; l'immense défi de la relation Europe - Pays du sud (Afrique, Méditerranée, Amérique latine...) et pays "émergents" (Chine, Inde, Brésil, Russie...); et le rôle à jouer au sein des institutions internationales: ONU, FMI, Banque mondiale, OMC...
Enfin, en ouverture à ces "journées d'études", notre groupe de la "Gauche unitaire européenne" a invité quelques dizaines de jeunes, essentiellement français mais également d'autres pays européens, pour leur donner très librement la parole sur l'Europe: les acquis positifs, les aspects rejetés, les rêves d'une "autre Europe"...
A l'heure où vous lirez cette chronique, tous ces échanges seront encore en cours. L'expérience s'annonçait fort stimulante. L'actualité de ces prochaines semaines nous permettra d'y revenir. Car l'heure est plus que jamais à l'ouverture de grands chantiers de rénovation en France, en Europe et dans le monde...
Crise: que prépare l'Europe?
06.10.08 "Sarkozy bouscule l'Europe"; "Sarkozy a brisé le dogme; "c'est peut-être une révolution".... Les titres de la presse de dimanche dernier, au lendemain du "G4" réunissant à Paris les dirigeants allemands, britanniques et italiens, ainsi que les responsables des principales institutions européennes, laissent rêveurs! On allait voir ce qu'on allait voir en matière de "moralisation du capitalisme" et de "refondation du système financier international".
La réalité des mesures en gestation est un peu plus modeste... Un seul exemple permet de s'en faire une idée. Il concerne l'attitude que l'Union européenne se prépare à adopter au sujet de cette pratique spéculatrice qui est au cœur de la crise actuelle, et qu'on appelle du nom barbare de "titrisation". Elle permet à une banque de vendre à d'autres banques des créances qu'elle détient, sous forme de "paquets" mêlant des créances recouvrables et non recouvrables. Autrement dit, elle vend du risque à un prix négocié. Et ce à l'échelle du monde entier. On commence à connaitre les dangers mortels que recèle ce genre d'acrobatie...
L'idée s'est donc faite jour d'obliger les banques à conserver dans leur propre bilan une partie de ces "titres", histoire de les responsabiliser un petit peu quant à la qualité des "produits" qu'elles lancent sur le marché. Certains experts avançaient l'idée de 30 à 40% de ces "produits titrisés" à conserver dans le capital de la banque qui prend l'initiative de les émettre. La Commission européenne avait, pour sa part, réduit cette part à 20%. Devant le tollé des banquiers, le Commissaire concerné a ramené ce chiffre à 10%, puis finalement... 5%! (et ce à partir d'avril 2010) Voilà le genre de digue réglementaire en construction censé arrêter les tsunamis financiers futurs.
Plus généralement, il faut savoir que la fameuse "régulation" des marchés financiers qu'on nous présente comme une "révolution" quasi antilibérale existe d'ores et déjà! En particulier les accords dits "Bâle II" ou "Solvabilité II". Ils "régulent" les exigences de fonds propres, édictent des "règles prudentielles", s'assurent de la "transparence" avec l'efficacité que l'on sait... S'y ajoute une série de "codes de conduite" et de directives propres à l'Union européenne en matière de "bonne gouvernance" (sic). Monsieur Jean-Claude Junker, le Président de l'"euro-groupe" (ensemble de pays de la zone euro) a fait à cet égard un aveu de taille: "Même avec de meilleurs instruments, nous n'aurions rien pu faire"! Pourquoi? Parce que "l'origine du choc est en dehors de la zone euro". Diantre! A quoi sert l'Europe, dans ce cas?
N'attendons donc aucun miracle des "régulations supplémentaires" qui vont être proposées tant à Bruxelles qu'au G8. Naturellement, nous ne nous désintéresserons d'aucune mesure tendant à brider si peu que ce soit la folie destructrice de la "globalisation financière". Nous interviendrons au sujet de tout ce qui se fera à propos des "agences de notation", des "normes comptables", de la "supervision bancaire", des "ratios de fonds propres", des "parachutes dorés", et des garanties de dépôt. Nous y ajouterons la question des fonds spéculatifs, des paradis fiscaux, de l'argent sale, etc.
Mais ce qu'il faut faire comprendre à nos concitoyens, c'est que le spéculation fait partie de l'essence même des marchés financiers. C'est donc à leur domination qu'il faut impérativement s'attaquer, ainsi qu'à tous les dogmes qui s'y rattachent. Aujourd'hui le montant des transactions financières est... 50 fois supérieur aux transactions économiques. La finance est déconnectée de l'économie réelle. Elle l'empoisonne.
C'est donc le moment d'ouvrir dans la société un débat de fond sur nos propositions de transformations structurelles du système en place: les protections contre la globalisation financière; la fiscalité européenne sur les mouvements de capitaux financiers; un autre type de crédit axé sur l'efficacité sociale et un nouveau type de croissance... Voilà un chantier politique décisif: à l'échelle de la région, de la nation, de l'Union européenne et au niveau mondial. Vous avez dit "révolution"?
Crise financière: réponse à Sarkozy
Ainsi donc, pour le Président de la République, "une certaine idée de la mondialisation s'achève"; "l'idée de la toute-puissance du marché était une idée folle"; et "cette crise marque la fin d'un monde"... L'Union européenne doit "bousculer ses propres dogmes" a-t-il ajouté, réclamant même une "réflexion collective" sur sa doctrine de la concurrence, les instruments de sa politique économique et les objectifs de sa politique monétaire!
Spontanément, on a envie de dire: "mieux vaut tard que jamais", en matière de prise de conscience de la "folie" de ce système! A condition d'en tirer des conséquences à la hauteur de ce rude constat!
"La toute-puissance du marché? C'est exactement ce qu'expriment la devise centrale de tous les traités européens de ces 15 dernières années: "l'économie de marché ouverte où la concurrence est libre" ainsi que cette autre obligation sacrée inscrite en lettres d'or dans les "tables de la loi" de l'Europe libérale qu'est la "libre circulation des capitaux". C'est au nom de ces principes réputés intangibles que les dirigeants européens – Français compris – ont jusqu'ici collectivement nourri des mécanismes diaboliques qu'aujourd'hui ils ne maîtrisent plus! A commencer par le Président de la Banque centrale européenne!
Je rappelle que cinq mois APRES le déclenchement de la crise des "subprimes", Monsieur Trichet ne parlait encore que de simples "corrections de marchés" et annonçait… "une croissance robuste même s'il y a un léger ralentissement"! Trois mois plus tard, le même plaidait devant la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen pour qu'on "donne une chance au secteur privé de s'autoréglementer"… Quelle perspicacité!
Si un système voit lui échapper ainsi ses propres créatures, c'est qu'il est en crise essentielle. Est-ce à cela que pense, en son for intérieur, Monsieur Sarkozy en évoquant "la fin d'un monde"? En tout cas, si les mots ont un sens, cette formule appelle l'action pour faire émerger un "monde nouveau". Dans cet esprit, j'ai eu l'occasion d'évoquer, au Parlement européen, la veille du discours du Président de la République à Toulon, trois exemples de "dogmes à bousculer".
En premier lieu, il faut rompre avec une conception de la productivité fondée sur l'abaissement des coûts salariaux et des dépenses sociales . Il faut inverser la tendance continue à la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Plus cette part a diminué, plus les spéculations se sont emballées, dopées par l'excès d'argent facile. La source de l'inflation n'est pas dans les salaires. Elle est du côté des turpitudes des opérateurs financiers.
En deuxième lieu, il faut rompre avec la dépendance absolue des marchés financiers pour financer l'économie , car ils ne la financent plus, ils l'empoisonnent. La Banque centrale européenne a, avec sa création monétaire, un rôle déterminant à jouer pour orienter l'argent vers l'économie socialement efficace: celle qui crée des emplois, promeut la formation, développe des services publics, réalise des productions durables et des services utiles, donne toute sa place à la recherche-développement, respecte les entreprises publiques et l'intérêt général, et fait prévaloir la coopération sur la guerre économique!
Mais pour cela, il faut changer la mission de la BCE et en contrôler démocratiquement la mise en œuvre effective! Elle doit refinancer les banques avec des taux d'intérêt très différents selon qu'il s'agit de crédits destinés à l'économie saine que je viens d'évoquer ou, au contraire, voués aux opérations financières malsaines. Les conditions d'accès aux crédits doivent être très avantageuses dans le premier cas et extrêmement dissuasives dans le second. Dans le même temps, il faut naturellement des contrôles rigoureux des banques et des fonds. Il faut également instituer une taxe sur les mouvements de capitaux financiers. Et il faut travailler à la refondation des institutions économiques internationales, comme vient de le réclamer avec force - et avec raison - le Président Lula devant les Nations Unies.
En troisième lieu, enfin, il faut rompre avec la suffisance et la condescendance d'une petite "élite" expliquant aux citoyens qu'il n'y a pas d'autres choix qui vaillent que les siens.
Nicolas Sarkozy viendra au Parlement de Strasbourg le 21 octobre. Répondra-t-il à cette interpellation?
Inflation financière et... "modération" des salaires!
La marche "du siège du MEDEF à l'Elysée", organisée le 27 septembre prochain à l'initiative du PCF, va avoir une évidente dimension politique. Non seulement nationale mais européenne. La question des salaires - qui sera au cœur de la manifestation - est en train de devenir, en effet, l'enjeu d'un véritable débat de société à l'échelle de toute l'Union européenne. Elle exprime, au-delà d'une revendication syndicale, tout l'antagonisme qui oppose de plus en plus fortement l'aspiration des gens à vivre décemment et à valoriser leurs capacités, à la logique malthusienne promue au nom de l'Europe".
J'ai déjà eu l'occasion de souligner combien était significative à cet égard, l'évolution du climat au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES) - traditionnellement très favorable à l'Union européenne - à l'égard du "tour de vis" libéral engagé par les "27" et par "Bruxelles". Il y a un an, c'est le Président de la Banque centrale européenne qui avait réussi à se mettre à dos tout le congrès de la CES en prêchant la "modération salariale". Plus récemment, ce sont les multiples arrêts de la Cour européenne de Justice, condamnant des actions collective s'opposant au "dumping social", qui avaient provoqué une levée de bouclier inhabituelle de la même Confédération. Plus généralement, la question des salaires provoque de puissantes luttes aussi bien en Europe de l'Ouest (France, Allemagne, Grande Bretagne...) que de l'Est (Dacia - Roumanie...) Sur cette question-clé, l'Europe libérale est clairement en porte à faux.
C'est dans ce contexte que se développe une crise financière si grave que M. Alan Greenspan - qui fut, vingt ans durant, l'idole des marchés comme patron de la Banque centrale des Etats-Unis - a déclaré qu'il n'avait "jamais rien vu de pareil" et que "ce n'est pas fini"... Or, comment les dirigeants européens ont-ils, jusqu'ici, réagi à cet ouragan qui voit se volatiliser sous nos yeux des centaines de milliards de dollars et empoisonner, de proche en proche, toute l'économie mondiale?
D'un côté, la Banque centrale européenne a, de concert avec les autres grandes banques centrales, à quatre reprises depuis un an, "injecté des liquidités" pour "restaurer la confiance des marchés". De l'autre , Jean-Claude Junker vient, au nom des ministres des finances européens, de lancer cette mise en garde: "tout doit être fait pour que les salaire ne dérapent pas"; Jamais l'inflation financière n'avait atteint de tels sommets, mais c'est contre une inexistante "inflation" salariale que l'Union européenne se mobilise!
Il est donc urgent de politiser le débat sur les salaires, dans l'Union européenne. En fait, on touche là à la "contradiction capital-travail" dans les conditions d'aujourd'hui. Ce que révèle cette nouvelle crise, toujours plus grave que la précédente, c'est que le système est entré dans une spirale diabolique dont on ne voit pas le bout. Tant que l'économie européenne demeurera sous la domination de ce marché financier mondialisé, les pressions se feront de plus en plus fortes contre les salaires, les emplois et les dépenses sociales au sens le plus large. On ira de crise en crise, de suraccumulation des capitaux en effondrements d'actifs, de "jamais vu" en "jamais vu"! Et c'est aux peuples qu'on demandera de payer au prix fort les pots cassés.
Le moment est venu de pousser la réflexion sur les ruptures à opérer avec les structures en place pour sortir de la crise par le haut. Il faut aller vers la construction de nouvelles relations internationales et sociales commençant à s'émanciper des dominations financières. Il ne s'agit pas d'une exigence abstraite: nous disposons d'un ensemble de propositions précises - sur le contrôle des banques et des fonds d'investissement; sur la taxation des mouvements de capitaux financiers; sur le changement de mission de la banque centrale européenne; sur les nouvelles orientations que l'Union européenne pourrait défendre dans les institutions internationales,...
Jamais elles n'ont été aussi crédibles, au vu de l'expérience des dégâts engendrés par l'engrenage spéculatif et parasitaire du capitalisme "moderne". C'est à la construction d'un front progressiste européen capable de porter ces exigences de changement qu'il faut à présent, d'urgence, s'atteler.
Des "succès européens" qui soulevent des questions!
12.09.08 La presse de ces derniers jours n'a pas lésiné sur les superlatifs pour célébrer coup sur coup deux exceptionnels "succès européens": d'une part, la mise en service au Centre européen de recherches nucléaires (CERN) à la frontière franco-suisse, du plus puissant accélérateur de particules jamais construit; de l'autre, l'irruption de l'Union européenne sur la scène internationale, à l'occasion de la grave crise dans le Caucase, comme acteur autonome - sans les Etats-Unis -, uni et efficace.
Ceux qui ont célébré ce double succès ont raison. Il s'agit effectivement de deux événements politiques majeurs dont quiconque partageant le rêve d'une Europe de la coopération et de la paix ne peut que se réjouir. Chacune de ces deux réalisations soulève cependant quelques questions très utiles au débat sur ce qui doit changer dans l'actuelle construction européenne pour que ce rêve ne soit pas qu'un mirage passager mais devienne durablement réalité.
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Arrêtons-nous en premier lieu sur l'extraordinaire défi scientifique de CERN. J'ai eu la chance de visiter ce chantier du siècle il y a quelques mois: 10 000 scientifiques du monde entier y coopèrent. Les Etats-Unis ont voulu créer leur propre instrument. Mais après y avoir englouti des centaines de millions de dollars, ils ont tout arrêté. Trop cher à leurs yeux? Trop complexe pour un seul pays même très puissant? Aujourd'hui, comme toutes les grandes nations du monde, ils se sont joints aux 20 pays européens membres du CERN. Le magazine américain Newsweek le reconnait désormais: "la plus grande expérience jamais conduite est européenne". Succès éclatant donc.
Seulement voilà: le CERN n'est pas partie prenante de l'Union européenne. Il n'est pas sous la coupe de la Commission de Bruxelles. Il n'est pas soumis à la dictature du "marché". C'est au nom d'un tout autre paradigme que celui des traités européens qu'il promeut de façon éblouissante la coopération sans domination, la révolution technologique et la mondialisation des connaissances, au service de toute l'humanité. Naturellement, son modèle n'est pas transposable aux multiples domaines d'activité qui font nécessairement le quotidien des institutions européennes. Celles-ci seraient pourtant bien inspirées - à l opposé de l'actuel "modèle" Airbus! - de mettre un peu de CERN dans le moteur de l'Union européenne!
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Dans un tout autre domaine, je me réjouis sincèrement de voir que l'Union, sous présidence française, a pu, dans des circonstances difficiles, contribuer à enrayer la logique de guerre dans le Caucase et faire œuvre constructive au service de la paix en Europe. Mais là encore, voyons les choses en face! Le Président du Conseil européen a pris l'initiative de négocier un accord à Moscou et à Tbilissi SANS MANDAT de ses collègues européens. La France, aidée de l'Allemagne et de l'Italie , a pu mettre les jusqu'auboutistes européens devant le fait accompli. En l'occurrence, tant mieux! Car, si la crise avait éclaté sous présidence slovène (6 semaines plus tôt) ou tchèque (5 mois plus tard), il en serait allé très différemment! C'est donc un succès presque fortuit et fragile!
Certains rétorquent à cela: "avec le traité de Lisbonne et son "Président européen" plus durable, on aurait eu la solution" Fadaise! Quelle politique ce "président" ferait-il prévaloir dans le contexte actuel? Celle hélas suivie jusqu'ici par les 27: acceptation de l'élargissement de l'OTAN; installation du "bouclier antimissiles"; glorification de tous les dirigeants de la région dès lors qu'ils flattent l'"Occident" et vilipendent la Russie. Or, c'est cette stratégie de confrontation - chère à George W. Bush et à ses meilleurs alliés européens: Grande Bretagne, Pologne, République tchèque, Etats baltes... - qui a fait monter les tensions dans le Caucase jusqu'au clash!
Voilà pourquoi le plus urgent n'est pas telle ou telle réponse institutionnelle, mais la définition claire d'une politique répondant aux intérêts européens bien compris - celle de l'élaboration d'un traité paneuropéen de sécurité et de coopération, unifiant le continent au lieu de le diviser et prévenant les conflits au lieu de les attiser. Alors, oui, ce sera un vrai succès européen.
"2008, année de l'Europe sociale"!
07.09.08 "2008 doit être l'année de la relance de l'Europe sociale!": l'auteur de cette ferme injonction n'est autre que ... Xavier Bertrand, lors de la session de rentrée du Parlement européen, le 2 septembre dernier. Le ministre, dont la fibre "sociale" est douloureusement connue des Françaises et des Français, a débité ce jour-là, devant les députés des "27", une série de lieux communs dont il était évident qu'il n'en croyait pas un traitre mot: il faut "définir une ambition sociale"; "promouvoir le dialogue social"; défendre "l'originalité du modèle social européen"; "développer le capital humain"; car "progrès économique et progrès social sont indissociables"... Ce genre de verbiage sans aucun rapport avec la réalité constitue à mes yeux une forme insupportable de mépris. Il décribilise gravement la parole politique.
D'autant que dans ce flot de phrases creuses, le ministre de choc de la droite avait subrepticement glissé quelques messages - pour le coup, très clairs - à l'adresse des parlementaires de son bord. Ainsi, au sujet du "temps de travail", a-t-il souligné que "la balle est dans le camp du Parlement européen", qu'il fallait "éviter la conciliation" et qu'il était "impatient de l'entrée en vigueur" de cette législation.
Traduction: le Conseil (les gouvernements) s'est mis récemment d'accord - on le sait - sur un projet de directive confirmant une durée maximale de la semaine de travail...à 48 heures, avec des possibilités de dérogations pouvant conduire cette durée jusqu'à 65 heures, voire au-delà. Désormais, ce projet va être soumis au vote des députés. S'ils apportent des modifications sensibles à ce texte, il faudra ouvrir une négociation entre Parlement et Conseil - ce qu'on appelle la "conciliation". La présidence française n'en veut absolument pas. Elle veut que les députés approuvent au plus vite cette directive scélérate. Ce faisant, elle oppose une fin de non-recevoir frontale à une demande pressante rappelée une semaine plus tôt au Président de la République par le Secrétaire Général de la Confédération européenne des Syndicats, John Monks . Nicolas Sarkozy avait, en juillet, justifié l'absence de toute mesure sociale parmi ses priorités pour l'Union européenne par le fait que "la politique sociale n'est pas une compétence européenne". Manifestement, la politique antisociale, elle, en est une...
De son côté, la Commission européenne est le dos au mur sur le social: les critiques pleuvent de toutes parts, y compris de la part des plus modérés de ses "partenaires" syndicaux. Alors, pour tenter de regagner un peu de terrain, elle vient de présenter un "paquet" de près de quarante mesures en discussion, initiatives à prendre ou idées à creuser. "C'est le paquet le plus ambitieux jamais réalisé" s'est auto-congratulé le Commissaire concerné. La réalité est plus modeste: beaucoup de "communications" de la Commission sans aucune implication législative, et quelques projets de directives très loin du compte, comme celui sur les comités d'entreprise européens, qui en reste, pour l'essentiel, au statu quo.
Naturellement, nous essaierons de tirer le maximum de chacune de ces propositions. Mais les exigences de changements qui montent un peu partout sont d'une toute autre ampleur ! Un bon baromètre de ce climat social fut... le ton de l'intervention du président du groupe socialiste (Martin Schulz, SPD, Allemagne ), qui a carrément versé dans la pré-insurrection en fustigeant pêle-mêle les "marchés financiers sans contrôle, l'offensive de Jean-Claude Trichet et de la Banque Centrale européenne contre les augmentations de salaires, le "courant libéral dominant" des 15 dernières années ... Il en a même appelé à un "changement de cap radical"!
Chiche! Les occasions ne vont pas manquer de passer des paroles aux actes.
Caucase: et maintenant?
28.08.08 Dans l'actualité diplomatique de ces trois derniers mois, il y a un fait qui est passé quasiment inaperçu. Il concerne pourtant directement l'Europe et éclaire peut-être même le chemin à emprunter - tardivement - pour sortir par le haut de la crise dramatique et dangereuse qui vient d'éclater dans le Caucase.
Le 5 juin dernier, à l'occasion de sa première visite en Occident - en l'occurrence à Berlin, devant la "société allemande de politique étrangère" - le Président russe Medvedev a proposé la réunion d'un "sommet européen" en vue de l'élaboration d'un traité paneuropéen de sécurité. La région concernée par ce traité devait même dépasser notre continent pour tenir compte des liens existant entre l'Europe et l'Amérique: aussi M. Medvedev avait-il évoqué un "espace euro-atlantique" allant de "Vladivostok à Vancouver".
Ce pacte, "légalement contraignant", devait, selon lui, permettre d'aboutir à des solutions communes sur tous les grands enjeux. D'abord, la sécurité: "l'Atlantisme a vécu - souligna M. Medvedev - Nous devons parler d'unité au sein de tout cet espace. (Il est possible de) parvenir à une résolution générale des questions de sécurité et de contrôle des armements en Europe. " Ce pacte serait fondé "sur les principes de la Charte de l'ONU" et devrait "clarifier le rôle de la force dans les relations au sein de la communauté euro-atlantique". Le dirigeant russe souligna notamment que le cas des "conflits gelés" - tels... l'Ossétie du sud ou l'Abkhazie - pourrait être abordé dans ce cadre ainsi que les démarches communes face à des crises majeures telles que celle du nucléaire iranien.
Autres enjeux évoqués: "la réduction des dépenses militaires" et le désarmement, et même la gestion commune de l'approvisionnement de l'Europe en pétrole et en gaz! A cette fin, des "consortiums internationaux" auxquels participeraient des sociétés de Russie, de l'Union européenne et des pays de transit, seraient chargés des "pipelines de transit" en Europe. Ainsi, existerait une "dépendance mutuelle" et non plus une dépendance unilatérale de l'Union européenne vis à vis de la Russie, pour les hydrocarbures.
Le Président russe avait encore précisé qu'à ses yeux, "les organisations existant actuellement dans l'espace euro-atlantique (entendez l'OTAN) pourraient devenir parties du traité", mais pour l'élaboration de cet accord, les Etats "laisseraient de côté toute allégeance à des blocs" (sous-entendu, si des pays membres de l'OTAN, par exemple l'Allemagne ou la France, pensent différemment des Etats-Unis sur un point, ils doivent pouvoir agir en fonction de leurs seuls intérêts.)
Les contreparties attendues étaient manifestement l'arrêt de l'élargissement de l'OTAN à l'Est (Géorgie et Ukraine) et le renoncement au "bouclier antimissiles" en Europe centrale. Bref le passage d'une stratégie de confrontation à une nouvelle ère de coopération. M. Medvedev reparla de ce projet fin juin au sommet Union européenne - Russie; puis début juillet en marge du "G8". Sans succès. Certes, la France et l'Allemagne auraient marqué leur intérêt, mais "l'Union européenne (est) peu enthousiaste" nota une agence de presse spécialisée. Sans doute certains y voyaient-ils une menace pour l'avenir de l'OTAN. Puis, plus rien...
Dire qu'un tel projet - s'il existe encore - est à examiner très sérieusement n'affaiblit en rien les condamnations à prononcer vis à vis de Moscou en ce qui concerne le non-respect de l'Accord du 12 août ou la reconnaissance unilatérale de l'indépendance des deux régions sécessionnistes. C'est simplement vouloir explorer toute chance d'une paix durable sur le continent. Et le temps presse!
"Présidence française": Affaires à suivre (3)
13.08.08 Pendant la période estivale, je poursuis l'examen des "priorités" de la "présidence française" de l'Union européenne (juillet-décembre 2008). Aujourd'hui, arrêtons-nous sur le "bilan de santé de la Politique agricole commune (PAC)". De quoi s'agit-il? en 2005, alors que les Etats membres négociaient durement les "perspectives financières" 2007-2013 (c'est à dire les grands axes des budgets de l'Union européenne pour sept ans), la Grande Bretagne - appuyée par d'autres - avait exercé une pression colossale pour obtenir une baisse substantielle des dépenses agricoles européennes au plus tard en 2013. Le Conseil européen (les Chefs d'Etat et de gouvernement) lui accorda alors cet engagement: en 2008-2009, serait entrepris "un réexamen complet et global" de toutes les dépenses de l'Union européenne. En préparation de cet examen, le Parlement et le Conseil (les gouvernements) devaient préparer un "bilan de santé" de la PAC avant la fin 2008. Sous-entendu: voir comment aller vers une réduction drastique des aides aux agriculteurs dans un avenir proche...
C'est dans ce contexte qu'il faut situer le zèle du commissaire Peter Mandelson - ancien bras droit de Tony Blair...- à la réunion de l'Organisation mondiale du Commerce (OMC), fin juillet, à Genève. Le négociateur européen y avait proposé de ... réduire de 80% les subventions aux agriculteurs européens! Et lorsque la France, l'Italie, l'Irlande, le Portugal, la Grèce, Chypre, la Pologne, la Hongrie, la Lituanie ont élevé de fermes objections à un tel démantèlement de la PAC, ce prototype du libéral arrogant s'est contenté de noter qu'il n'avait "pas aimé être distrait pas ces pressions", dont il n'a d'ailleurs tenu aucun compte, assuré qu'il était d'être "couvert" par une majorité d'Etats et par le Président de la Commission européenne, M. Barroso.
Malheureusement, pour lui, cette réunion de l'OMC aboutit à un fiasco - un de plus depuis 7 ans que durait le cycle de négociations entamé à Doha (Qatar) en 2001. Et c'est précisément sur la question centrale de la "souveraineté alimentaire" - autrement dit le droit pour chaque pays de décider de sa politique agricole et notamment d'assurer la sécurité alimentaire à sa population - que les discussions ont capoté. Le représentant de l'Inde, où 150 000 paysans acculés à la ruine se sont suicidés dans la dernière décennie, a rejeté les prétentions occidentales et en particulier américaines en déclarant: "nous voulons bien négocier sur le commerce, mais pas sur notre sécurité alimentaire". Il exprimait ainsi une exigence légitime, partagée par la majorité des pays du globe. Sa demande n'avait rien d'excessif: l'instauration d'un "mécanisme de sauvegarde" permettant à un pays de taxer les importations agricoles à bas prix, dès lors que leur flux bondirait de 10 % et menacerait de ruiner les paysans locaux.
Mais pour les partisans du tout - à - l'exportation, l'agriculture est une marchandise comme une autre. Il faut donc "laisser faire le marché". Dans le monde en général. Et en Europe en particulier. Dans une telle logique, les principes fondateurs de la PAC - protection du marché commun, subventions aux agriculteurs - sont complètement dépassés. Les réformes successives de la PAC, depuis 1992, ont ouvert la voie à cette dérégulation, au découragement des producteurs... et au déficit de l'Union européenne en céréales, en viande bovine et ovine, en fruits et légumes!
Quel avenir voulons-nous pour l'agriculture en Europe? Il faut ouvrir un grand débat à ce sujet et c'est le moment! Dès les 21 et 22 septembre, un "conseil informel" des "27" va se tenir à Annecy pour évaluer le "bilan de santé" de la PAC. Ne leur laissons pas le monopole de la réflexion sur un sujet aussi crucial. A l'heure où une crise alimentaire sans précédent depuis 1974 ébranle l'humanité, il faut une relance générale de la production agricole, répondant à l'appel dramatique de l'ONU. Oui à une réforme de la PAC, mais dans le sens d'une agriculture paysanne et durable, développant l'emploi et la garantie de revenu des paysans, respectant la souveraineté alimentaire. Et s'inscrivant dans d'autres rapports économiques - de coopération sans domination - avec le reste du monde.
"Présidence française": Affaires à suivre (2)
06.08.08 Comme je l'ai indiqué la semaine dernière, pendant l'interruption des travaux du Parlement européen, je vous propose de nous arrêter sur certains "dossiers lourds" de la présidence française de l'Union européenne (juillet à décembre 2008). J'ai commencé à évoquer à ce propos le défi majeur de la lutte contre les dérèglements climatiques. Les "27" avaient, en printemps 2007, adopté - sous présidence allemande - des principes généraux qui, sans être au niveau nécessaire, allaient dans le bon sens. En particulier l'engagement de diminuer collectivement les émissions de gaz à effet de serre de 20% d'ici 2020 (voire de 30% si les autres grands pays se joignent au mouvement). Il revient à la présidence française de mettre tous les Etats de l'Union européenne d'accord sur les tâches concrètes qui reviennent à chacun d'eux pour permettre d''atteindre les objectifs globaux fixés en commun. Dans un contexte aussi dominé par les rapports de force et la guerre économique, il faut s'attendre à de nombreux obstacles. Examinons-en quelques uns.
Premier problème: celui des pays d'Europe centrale et orientale - notamment les pays baltes, mais aussi la Hongrie, la Slovaquie, la Bulgarie, la Roumanie... - qui ne seront pas en mesure de respecter les objectifs fixés en matière d'énergie propre, et ne veulent pas pour autant avoir à payer les lourdes pénalités prévues après 2013 (A cette date, ceux qui émettront moins que la quantité de gaz à effet de serre autorisée pourront vendre leurs "droits à polluer" à ceux qui dépasseront le seuil maximal). La Lituanie, par exemple, s'est engagée, au moment de son adhésion à l4Union européenne, à fermer sa centrale nucléaire de type Tchernobyl d'ici la fin 2009. Or, celle-ci couvre 40% de ses besoins énergétiques! Elle devra désormais importer au prix fort des produits pétroliers... donc polluants! D'autres pays, comme l'Estonie, misent sur leurs importantes ressources en charbon et en schistes bitumineux, qui envoient énormément de CO 2 dans l'atmosphère! Un mécanisme de solidarité devra être trouvé, intégrant la dimension écologique mais aussi économique - et sociale! - du problème...
Autre dossier "chaud": l'industrie automobile doit, selon les nouvelles normes européennes, concevoir des véhicules moins polluants - à savoir n'émettant pas plus de 120 grammes de CO 2 par kilomètre d'ici 2012. (Aujourd'hui, un 4x4 de type Land Rover en émet environ 300...) Aussi, l'Allemagne, spécialisée dans les grosses cylindrées, s'estime-t-elle lésée face à des pays, comme la France, dont les constructeurs auraient moins de mal que leurs concurrents d'outre-Rhin à respecter les nouveaux plafonds fixés. Déjà, Madame Merkel et le Président français ont trouvé un "compromis" à soumettre à leurs collègues européens...
Autre controverse de taille: les industries très polluantes, telle la sidérurgie, menacent de délocaliser leurs activités dans des pays moins regardants si elles sont soumises à des contraintes financières qu'elles estimeraient être des entraves insupportables à la concurrence internationale. Deux types de réponses à cette exigence s'affrontent: ou bien, on laisse ces industries européennes polluer sans payer, ou bien, on taxe les produits concurrents importés en Europe de pays ne respectant pas les mêmes limitations des émissions de gaz à effet de serre. La différence d'approcher est de taille et choix final sera très significatif!
Une autre question touche directement la France. En vertu des engagements globaux pris les "27", la part des énergies renouvelables dans la consommation totale devra en France, passer de 10,3% en 2005 à 23% en 2020! Pourra-t-on compter dans cette part toutes les énergies n'émettant pas de carbone - donc aussi le nucléaire? L'enjeu est considérable. Et il n'est pas qu'idéologique...
Reste enfin à "mettre en musique" l'engagement commun d'économiser 20% d'énergie d'ici à 2020. Cela suppose de déployer de grands efforts dans des secteurs très "énergivores" comme le bâtiment et les transports. Cela suppose de gros investissements. Curieusement, là... les gouvernements ont préféré ne pas donner à leur objectif de caractère obligatoire.
Que de défis! Une fois encore, il est vital que les citoyens puissent se mêler de tous ces débats en cours et à venir. C'est de leurs pressions que dépendra finalement de savoir si l' "Europe" saura saisir cette occasion pour donner au monde l'exemple d'une politique responsable.
"Présidence française": Affaires à suivre (1)
30.07.08 Le Parlement européen fait relâche, notre chronique non. Pendant ces semaines d'été, je vous suggère de présenter quelques points de repères au sujet des principaux domaines à l'ordre du jour de la "présidence française" de l'Union européenne. L'une de ces "priorités" est ce que l'on appelle dans le jargon bruxellois le "paquet énergie-climat". Dans l'immédiat, c'est sur cet ensemble d'enjeux absolument gigantesques que je veux m'arrêter.
Je ne traiterai pas, cette fois, de l'ouverture du marché de l'énergie à la concurrence; de l'obsession de la Commission européenne à vouloir démanteler les grands opérateurs ex-publics tels EDF; de la bataille de titans que se livrent les géants européens - français, allemands, espagnols, italiens, russes... - dans le cadre du monopoly ahurissant qu'est devenu le marché de l'électricité. Je me propose de me limiter à ce qui pourrait - et devrait absolument - être, au contraire, une magnifique occasion pour l'Union européenne, de montrer qu'elle peut faire œuvre utile, pour ses peuples et pour le monde: la lutte contre le dérèglement climatique. Il y a, à cet égard, quelques données essentielles ainsi qu'un compte à rebours à avoir à l'esprit. Ce sont des choses connues. Mais il est bon de les rappeler.
D'abord, pour une fois, les objectifs à atteindre ne sont fixés ni par le "marché" ni par la Commission européenne, mais par l'ensemble des meilleurs scientifiques du monde travaillant sur l'évolution du climat. J'ai déjà, à plusieurs reprises, évoqué ce "groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat" (GIEC) et son président, l'Indien Pachauri, aujourd'hui prix Nobel de la Paix, que notre groupe de la gauche unitaire européenne (GUE-NGL) avait invité au Parlement européen il y a plusieurs années.
Pour tous ces chercheurs, les exigences sont claires: il faut impérativement stabiliser le niveau de gaz à effet de serre lâché dans l'atmosphère en deçà du seuil où il dérègle le climat de façon irréversible et dangereuse pour l'humanité et pour la planète - ce qui suppose de réduire de moitié ces émissions de gaz d'ici 2050. L'ONU s'est saisie du problème en 1992. Le "Protocole de Kyoto" - modeste première étape dans l'effort collectif de réduction des émissions qui arrive à échéance en 2012 - est signé en 1997. Mais en 2002, George Bush casse cette timide dynamique en retirant les Etats-Unis, principal pollueur de la planète, de l'accord...
Tout le défi est, à présent, de rattraper le retard, de relancer une dynamique pour l'après 2012, de répartir les efforts de façon équitable, d'aider les pays les plus en difficultés à suivre le mouvement, d'entraîner les récalcitrants... Une œuvre tentaculaire, totalement contraire aux impératifs du capitalisme sauvage de notre temps, qui ne connait que la guerre économique, le profit maximum à très court terme et l'irresponsabilité quant aux conséquences de ses actes pour le reste du monde!
Alors, que faire? "L'Europe a un rôle essentiel à jouer - dit le Nobel Pachaury, du GIEC - Si elle ne prend pas la décision d'être la première grande région à réduire volontairement ses rejets de dioxyde de carbone, il est vain d'espérer un accord international." Le "G8" a confirmé cette analyse au débat de ce mois: si les pays les plus riches y ont enfin adopté les objectifs à long terme (2050) des nations unies pour une diminution des émissions de gaz à effet de serre, ils ont refusé tout engagement contraignant, à plus forte raison à plus court terme. Paroles, paroles....
L'heure de vérité, ce sera le sommet international sur le climat de décembre 2009, à Copenhague (Danemark). Avant cela, une conférence internationale préparatoire aura lieu en décembre 2008, à Poznan (Pologne). C'est à cette date que les 27 Etats de l'Union européenne veulent avoir trouvé un accord entre eux pour "donner l'exemple". Les principes sont acquis: d'ici 2020, il faut réduire unilatéralement de 20% leurs émissions de gaz à effet de serre, et aller à 30% si les autres suivent. Il faut aussi atteindre le seuil de 20% d'énergies renouvelables (non émettrices de gaz). Reste à s'entendre sur les modalités concrètes... c'est le plus dur. Le diable est dans les détails! Telle va être l'une des tâches majeures à mener à bien sous "présidence française". J'y reviendrai de façon précise dans ma prochaine chronique.
Les silences assourdissants de Nicolas Sarkozy
12.07.08 J'ai relu ma dernière chronique après la prestation de Nicolas Sarkozy devant le Parlement européen: le Président s'est montré relativement fidèle à mes anticipations... Son point fort, par rapport aux habituels ténors de l'Union européenne, c'est qu'il ne dit pas que l'Europe va bien et qu'elle doit continuer ainsi, quand de plus en plus d'Européens pensent qu'elle va mal et que les choses doivent changer. Cela nous rappelle une certaine campagne présidentielle...
Mais après? C'est là que le bât blesse. Quelles conclusions tire-t-il, dans les faits, de cette apparente lucidité sur la crise de légitimité que subit aujourd'hui l'Union - en particulier son modèle économique libéral et son mode de fonctionnement? Aucune.
Ainsi, il affirme vouloir comprendre le malaise des peuples vis à vis de "l'Europe" actuelle. Mais il fait pression sur le peuple irlandais pour l'amener à se dédire, alors que celui-ci n'a fait qu'exprimer tout haut - après les Français et les Néerlandais - ce que des millions d'autres Européens ont sur le cœur. L'interroge-t-on sur cette contradiction? Il ne répond pas.
Ainsi encore, il critique avec raison la façon dont la Banque centrale européenne gère l'euro, depuis sa tour d'ivoire. Mais il ne préconise jamais de revoir les statuts qui lui octroient cette toute-puissance, et même lui fixent cette mission. Lui fait-on remarquer le paradoxe? Il élude la question.
De même, il évacue la question sociale - qui est, selon lui, du seul ressort des Etats. Ce faisant, il omet de rappeler que le cadre libéral dans lequel les Etats peuvent gérer leur politique sociale est fixé, lui, sur le plan européen - en général avec l'accord et même la participation directe des principaux gouvernements. Mais de ce cadre, souvent contraignant, il de dit mot.
Ainsi, la Cour européenne de Justice rend arrêt sur arrêt mettant en concurrence les modèles sociaux pour les tirer vers le bas, au nom des "libertés" du "marché". Et ce, en se fondant sur des articles précis des traités (articles 43 et 49 notamment). Silence absolu à ce propos! Je rappelle ce que pense de ces arrêts un homme qui n'est pas connu pour être un extrémiste antieuropéen: John Monks, le Secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats. Il juge ces décisions "considérablement problématiques" car, souligne-t-il, elles affirment "la primauté des libertés économiques sur les droits fondamentaux et le respect du droit du travail." M. Sarkozy, lui, se tait.
Il affirme, en revanche, vouloir construire une "Europe qui protège". Mais il applique avec zèle toutes ces mesures structurelles qui précarisent l'existence des Européens: l'ouverture des services publics à la concurrence; les pressions du Pacte de stabilité sur les salaires et les dépenses sociales; ou encore les "réformes" libérales inscrites dans les "lignes directrices" préparées par la Commission européenne et adoptées par le Conseil (les gouvernements). Exemples: réformes des régimes de retraites, de sécurité sociale et de soins de santé (ligne directrice n°2); flexibilité du marché du travail (ligne directrice n°5); suppression des obstacles réglementaires, commerciaux et autres (les droits sociaux "excessifs"?) qui entravent indûment la concurrence. Interpellé à ce sujet, le nouveau Président du Conseil européen se garde de tout commentaire.
Mais il agit... N'est-ce pas grâce à un retournement de la position traditionnelle de la France - et de l'Italie , après l'élection de Berlusconi - que le Conseil vient de se mettre d'accord sur un projet de directive autorisant la semaine de 65 heures? C'est Dickens sacré nouveau "père de l'Europe"!
Son dernier haut fait a été, on s'en souvient, de provoquer l'ensemble du mouvement syndical français devant 2 000 cadres de l'UMP ainsi que les présidents du Parlement européen et de la Commission européenne. ("Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s'en aperçoit"). Le lendemain, son ministre de l'éducation nationale, nous fournissait la raison de cette sortie - au demeurant fort imprudente -: c'était là "une manière de rassurer nos partenaires européens"! Eh bien, si pour rassurer les actuels dirigeants européens, il faut à présent, insulter les syndicats, c'est qu'il est décidément urgent de changer l'Europe! Mais pour de bon.
En direct (ou presque) avec Sarkozy à Strasbourg
05.07.08 A l'heure où vous lirez ces lignes, le Président Sarkozy viendra sans doute de prononcer son discours d'ouverture de la "présidence française" au Parlement européen (10 juillet). Présument la teneur de ses propos, je vous suggère que nous décryptions ensemble les grands traits de son intervention.
Tout d'abord, cela m'étonnerait fort que nous n'ayons pas assisté à une opération de charme à l'intention des "eurodéputés". Le nouveau Président du Conseil européen n'aura pas oublié que, contrairement à une idée reçue, le Parlement de Strasbourg co-décide avec le Conseil (les gouvernements) dans bien des domaines... Le locataire de l'Elysée aura sans doute juré- la main sur le cœur - vouloir développer avec l'institution de la "démocratie européenne" une coopération étroite. Le Président de la Commission européenne aura eu droit, lui aussi, à sa part de louanges. Fermez le ban.
Tout aussi "politiquement correct" aura été, à coup sûr, son passage sur les suites à donner au NON irlandais. Le Président aura souligné son engagement personnel en faveur du sauvetage du traité de Lisbonne : prochain voyage à Dublin, coopération étroite avec les dirigeants tchèques, entretien avec le Président polonais... Peut être, aura-t-il même brandi son joker: "sans traité de Lisbonne, pas de nouvel élargissement". Bref, rien de neuf sous le soleil à cet égard non plus.
Dans la série: "vous allez voir ce que vous allez voir", le Président se sera sans doute montré comme le champion de la cause de la mobilisation contre le changement climatique et le défenseur intransigeant de l'agriculture européenne. Sur ces deux points, le diable étant dans les détails, une analyse précise des engagements pris s'imposera.
Le reste de son allocution aura eu, en revanche, selon toute vraisemblance, une tonalité plus originale. Un œil rivé sur les sondages dans son propre pays, le Président aura avant tout visé, dans cette partie, la France du "NON" et celle du "OUI MAIS" - ce qui fait beaucoup de monde. Il aura également soigné sa stature de "Président-recours pour une Europe en crise" - une image passablement écornée par le ratage du numéro de prestidigitateur avec le "traité simplifié".
Ce n'est pas très compliqué de sortir du lot parmi les dirigeants européens: dans leur tour d'ivoire, tout esprit critique est proscrit. Je rappelle que le précédent Président du conseil européen, le Premier Ministre slovène, vient de dresser le bilan de la situation de l'Europe en affirmant qu'"à notre époque, tout va bien"... Il aura donc suffi à Nicolas Sarkozy d'enfoncer une porte ouverte du genre: "Notre Europe ne va pas bien" ou "nous devons changer la façon de construire l'Europe" - voire d'égratigner la BCE ou tel ou tel commissaire - pour passer pour un dissident ou un visionnaire! Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois...
Pour autant, il se sera naturellement bien gardé d'aller au bout du diagnostic de la crise de légitimité de l'actuel modèle européen auprès des citoyens. Et pour cause: cela l'aurait conduit à remettre en question des ressorts essentiels de l'"Europe libérale" qu'il entend précisément pérenniser à tout prix. Il aura donc "poussé le bouchon" du "parler vrai" et du volontarisme assez loin pour espérer gagner la confiance de populations exaspérées,, tout en débouchant sur de fausses solutions. Posture, et imposture...
De ce point de vue, Nicolas Sarkozy se sera sans nul doute fait, à nouveau, le chantre de "l'Europe qui protège" contre la mondialisation. Ceux qui attendaient sous ce rapport des garanties sociales, des droits, la promotion d'un modèle social avancé auront été déçus. L'Europe de Sarkozy se contente de "protéger" les Européens... contre les migrants en situation irrégulière - grâce à l'harmonisation des mesures répressives -, et contre les "nouvelles menaces", grâce à la promotion de la "défense européenne" et la réintégration complète de la France dans l'OTAN...
J'arrête mon abominable procès d'intention, en attendant de juger sur pièces le nouveau Président de l'Union le 10 juillet ... et de lui répondre en direct.
L'autre visage de la "présidence française"
28.06.08 J'ai vécu, la semaine dernière, un moment de bonheur dont je voudrais vous faire profiter. Cela avait plutôt mal commencé. Mardi, le président en exercice du Conseil européen - c'est à dire, jusqu'au 30 juin dernier, le Premier ministre de Slovénie, M.Jansa - était venu dresser, devant le Parlement européen, le bilan du semestre écoulé. Extraits: "Les générations actuelles vivent beaucoup mieux que les précédentes. D'où la difficulté à mobiliser les populations (...) Comment mobiliser pour le soutien aux réformes à une époque où tout va bien? (...) Les gens sont convaincus que la situation actuelle est suffisante et ne nécessite pas de modifications (...) Il faut (donc) se concentrer sur la communication, expliquer aux citoyens, pour modifier l'attitude générale de la population à l'égard de l'Union européenne" Il fallait oser le dire!
Le Président de la Commission européenne, M.Barroso, lui succéda au micro. Revenant à son tour sur le NON des Irlandais au traité de Lisbonne, il usa d'une formule qui pourrait faire un bon sujet du baccalauréat - option droit ou philosophie -: "Il faut comprendre les résultats du référendum... mais pas se laisser dévier du chemin à cause de cela." Élémentaire! Le "cela" n'étant que... le vote souverain de la majorité des citoyens d'un Etat membre qui rend caduc, à lui seul, le traité en question, mais qui, en plus, exprime des sentiments de plus en plus partagés dans de l'Union européenne à propos du "chemin" suivi par l'Europe libérale... Le vent de la démocratie européenne, décidément, décoiffe!
Deux jours plus tard, tous les présidents des groupes politiques ainsi que le Président du Parlement européen - ce qu'on appelle la "Conférence des Présidents" - s'est retrouvée à Paris pour rencontrer les autorités françaises qui prennent les rênes de l'Union européenne pour les six prochains mois. R.A.S. Mais, à l'issue de ces discussions officielles, la direction de l'information du Parlement avait eu la bonne idée d'inviter 200 jeunes de tout le monde associatif français à venir débattre avec la "Conférence des Présidents" dans les locaux de l'Assemblée nationale. Changement de décor...
Très vite, une première main se lève: "Je m'appelle Charlotte. Je suis membre du mouvement "jeunes communistes". L'Europe est en décalage avec nos aspirations. Plutôt que de continuer à ratifier ce traité sans les peuples, vous feriez mieux de penser à l'Europe sociale!" Dressés sur leurs ergots, mes collègues réagissent d'autant plus vivement qu'ils imaginent encore Charlotte, la communiste, naturellement isolée parmi les jeunes de tous horizons.
Patratas, le second à lever la main est sans engagement politique. Il vient du très sage "Forum européen de la Jeunesse". Pourtant, lui aussi évoque "le fossé entre les attentes sociales et les politiques européennes, notamment en matière d'accès à l'emploi, au logement, à la santé...". Mes collègues lui "expliquent". Suivent un troisième, de la JOC, puis un "jeune vert", puis un membre du mouvement "jeunes chrétiens". On parle "Peur de l'avenir", "Directive de la honte" (sur la rétention et l'expulsion des migrants), "citoyenneté", "Bolkestein"...
Le président - UMP - de la commission de l'Assemblée nationale pour les affaires européennes n'en peut plus. Il invective littéralement les jeunes invités (ou le président de la "Gauche unitaire européenne" qui les soutient...): "le problème n'est pas de pinailler sur la directive Bolkestein ou celle sur les migrants. Le problème est que demain la Chine sera la première puissance. Il y a donc besoin de l'Europe!" lance-t-il. Aussitôt, un autre jeune réplique du tac au tac: "Pourquoi l'Europe contre la Chine? Pourquoi toujours la compétition et non la solidarité!" Puis un "jeune socialiste" qui "a voté NON" dit ne pas se reconnaitre dans les réponses de ceux qui disent à l'Irlande: "ou vous acceptez ou vous sortez" (de l'Union). De nombreux autres suivront, dénonçant la précarité, la directive sur le temps de travail, la discrimination que ressentent de jeunes Français qu'on étiquette systématiquement selon leur "origine" africaine ou maghrébine...
Superbe bouffée d'oxygène! C'est l'autre visage de la "Présidence française". C'est avec elles et eux que nous agirons pour changer l'Europe.
Vers une belle initiative de la "gauche européenne"
20.06.08 Le PCF vient de soumettre à ses partenaires du Parti de la Gauche européenne une proposition d'initiative commune qui peut s'avérer de grande portée: celle d'éditer une sorte de "cahiers de la vérité et de l'espoir" (l'expression est de moi pour me faire comprendre, la vraie dénomination reste à trouver) à remettre au plus grand nombre possible de citoyens – à commencer par celles et ceux que nous côtoyons quotidiennement – en les invitant à y exprimer, à partir de leur expérience et de leur sensibilité, ce qui, à leurs yeux, doit changer dans les politiques, le fonctionnement, la finalité de la construction européenne. Un site web serait ouvert dans le même esprit pour recueillir témoignages et réflexions sur la façon dont les uns et les autres voient l'Europe actuelle et envisagent sa refondation. Le PCF, le PGE, le groupe GUE-NGL, les forces progressistes en général, pourraient prendre toute leur place dans ce débat.
Cette action pourrait être lancée au plus vite. Non seulement en France, mais dans d'autres pays européens où des forces progressistes souhaitent ou vont s'y associer. Destinée à se développer dans la durée, elle pourrait être rythmée pas des étapes marquantes: la première étant logiquement la présidence française de l'Union qui va de juillet à décembre prochain.
Notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) serait, selon des modalités à définir, naturellement partie prenante de cette campagne, ainsi d'ailleurs que les parlementaires nationaux et les élu-e-s progressistes en général, dès lors qu'ils en accepteraient l'esprit et les règles.
Vous aurez aisément deviné ce qui a conduit les communistes français à avancer cette proposition. C'est le NON irlandais et l'analyse que nous faisons de la situation en Europe dans le moment présent. Nos amis du parti Sinn Fein – véritable force motrice du NON de gauche en Irlande – sont formels: par-delà les spécificités de leur pays, les principales motivations des électrices et des électeurs qu'ils ont influencés sont très semblables à celles qui ont dominé le référendum en France ou aux Pays-Bas en 2005: le social – services publics, droits des travailleurs…-; la démocratie – l'accès aux centres de décisions -; le refus de la militarisation de l'Union européenne. Comme chez nous, le sentiment très majoritaire en Irlande est pro-européen, les critiques portant non sur l'Union comme telle, mais sur ses orientations et ses structures actuelles.
Ce même vent de contestation se lève un peu partout en Europe. Là où aucun référendum ne permet d'exprimer cette volonté de changement, elle se manifeste d'une autre manière. Souvenons-nous des mobilisations géantes contre la directive Bolkestein… Or, c'est cette réalité-là que les dirigeants européens refusent de reconnaître. A un journaliste qui lui demandait si "on n'est pas en droit de penser que le fossé se creuse entre les peuples et le projet européen", le Président du Parlement européen, M. Hans-Gert Pöttering, a ainsi répondu sans sourciller: "Je ne crois pas. Ce qui est en cause, selon moi, c'est surtout la procédure du référendum"!
Manifestement, on surmontera la crise de légitimité de l'actuel modèle européen par l'intervention citoyenne, ou on ne la surmontera pas! Voilà pourquoi il nous a semblé du devoir de la gauche européenne de prendre une grande initiative amorçant une telle dynamique. Et de le faire maintenant.
Après le "NON". Et maintenant?
15.06.08 Après la victoire du "NON" irlandais, les Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne ont dû prestement changer l'Ordre du jour de leur sommet semestriel des 19 et 20 juin! La question qui écrase toutes les autres est désormais... celle qui donna son titre à un célèbre opuscule de Lénine: "Que faire?". La tentation est forte, parmi les dirigeants européens, de recourir aux armes de tous les puissants peu habitués à voir leurs plans contrecarrés par des va-nu-pieds: l'arrogance, l'isolement, la menace. Leur colère est à la mesure de leur consternation: "ce n'est quand même pas la petite Irlande qui va pouvoir nous mettre les bâtons dans les roues!" En privé, certains d'entre eux reconnaissent, certes, l'évidence: le problème n'est pas irlandais, c'est dans toute l'Union que le modèle européen actuel ne passe plus! Mais, de là à accepter des remises en cause, il y a un grand pas, qu'ils ne franchiront jamais, à moins d'y être contraints et forcés.
Quelle stratégie mettre en œuvre, dès lors, pour rendre la situation de tous ces "gardiens du temple" de plus en plus intenable? Je pense qu'il faut, coûte que coûte, réussir à élargir substantiellement l'arc de nos interlocuteurs dans les débats que nous menons sur le futur de l'Europe, en France comme ailleurs. De plus en plus nombreux sont, en effet, celles et ceux- simples citoyens, militants syndicaux ou associatifs et même responsables politiques - peu ou pas engagés jusqu'ici dans la contestation de l'actuelle construction, mais qui, de fait, ne se reconnaissent plus dans sa dérive libérale, son éloignement des gens ou encore sa poussée atlantiste. Ils se rendent bien compte que les choses doivent bouger si on veut éviter d'aller dans le mur. Il faut explorer les convergences possibles. Nous changeons l'Europe ensemble ou nous ne la changeons pas.
Le moment est venu de prendre l'initiative, d'ouvrir ce dialogue en partant des faits eux-mêmes. Ainsi, pour n'en rester qu'à l'actualité récente, une série de décisions très significatives des différentes institutions européennes se prêtent particulièrement bien à un diagnostic lucide de la crise de légitimité de l'Union européenne.
Sur le plan social, tout d'abord, rappelons-nous: interprétant des dispositions précises des traités européens, la Cour européenne de Justice vient de prendre, coup sur coup, plusieurs décisions légitimant le "dumping social". Ainsi, sur un même chantier, pour effectuer un même travail, une entreprise d'un autre pays membre est en droit de payer ses ouvriers deux fois moins que le salaire minimum garanti aux travailleurs du pays d'accueil! On laisse faire? Autre exemple: la commission européenne et conseil (les représentants des gouvernements) veulent nous imposer leur modèle de "flexicurité" qu'ils décrivent comme un bon équilibre entre flexibilité des postes de travail et sécurité pour les travailleurs. Or, le Conseil vient d'adopter, après six ans de tergiversations, un projet de directive qui rend possible, sans aucun accord collectif préalable, l'annualisation du temps de travail, avec comme base maximale 48heures par semaine et des dérogations permettant d'aller à 60 heures, 65 heures, voire au-delà, selon les cas! On se bat le dos au mur au coup par coup ou on prend l'offensive pour un autre modèle économique et social européen?
Sur le plan démocratique aussi: que révèle l'incroyable décision de présenter le projet de traité de Lisbonne sous une forme totalement illisible par un non-spécialiste? On se contente de regretter ou on s'attaque au cœur du problème: la place des citoyens dans l'élaboration, l'évaluation et le contrôle des politiques européennes?
Sur le plan de la relation de l'Europe aux peuples du monde, en fin? Quels messages leur envoie-t-elle? Le déclin de la politique de développement au profit du libre échange; la criminalisation des migrants; l'inertie politique face à l'occupation de la Palestine; l'allégeance à l'OTAN...! Ce n'est pas ainsi qu'on donnera envie aux citoyens de rêver de "plus d'Europe" pour changer le monde! Il faut réagir!
Voilà le type de débat concret et sans œillères que la secousse salutaire du NON irlandais appelle, sur ce qui doit, bouger en profondeur pour redonner sens à l'engagement européen aujourd'hui.
Flagrant déni de démocratie!
07.06.08 A l'heure où je rédige ces lignes, les résultats du référendum irlandais ne sont pas encore connus. Une chose est sure, cependant: l'historique de la ratification du "traité de Lisbonne" aura, une fois de plus, fait apparaître, le fossé qui sépare les forces qui dominent l'Union européenne et les peuples qui la composent.
D'abord - rappelons-le: l'unique consultation populaire qu'elles aient consenti à organiser cette fois-ci le fut dans un pays dont la Constitution l'exigeait. Cette attitude frileuse révèle à elle seule la peur de la sanction d'une politique et d'un fonctionnement que chacun sait de plus en plus contestés, voire rejetés. "Nous n'arrivons pas à expliquer aux peuples ce que nous sommes en train de faire " se lamente Daniel Cohn-Bendit. Ah, morgue, quand tu nous tiens! "Si les dirigeants voient juste et que le peuple se trompe, il faut changer de peuple" ironisait déjà Berthold Brecht. Une leçon à méditer dans les cercles des "initiés" européens incompris...
Ensuite, 85% des Irlandais interrogés ont dit "ne rien comprendre" à ce traité. Et pour cause! Ses rédacteurs ont délibérément choisi une présentation - une avalanche d'amendements aux traités actuels à partir des articles du projet de Constitution - totalement illisible. Le but était clair: rendre impossible une lecture cohérente du texte par les citoyens, pour ne pas rééditer, ni de près ni de loin, l'expérience française de 2005 - celle d'un débat politique éclairé par une connaissance précise des principaux enjeux. Malgré cet obstacle, des thèmes essentiels se sont imposés, tels les menaces pesant sur les acquis sociaux ou sur la neutralité de l'Irlande. On ne badine pas impunément avec les préoccupations des peuples...
Enfin, l'autocensure - très provisoire - des instances dirigeantes européennes sur tout sujet susceptible d'indisposer l'électorat irlandais, tout comme les flatteries démagogiques - le responsable de la politique extérieure de l'Union n'a-t-il pas dit sa "fierté" ...de voir les "soldats irlandais dans la savane tchadienne aider avec générosité les réfugiés du Darfour"? - n'ont fait qu'attiser la méfiance de nombre d'Irlandais à l'égard de dirigeants européens, subitement si patelins pour arracher le précieux "oui" destiné à re-légitimer leur politique.
Rendez-vous le 12 juin...
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Ce flagrant déni de démocratie vient également d'apparaître dans un tout autre domaine: celui des négociations secrètes en cours depuis un an entre l'Union européenne et les dirigeants israéliens. Non pour tenter de faire avancer le processus de paix avec les Palestiniens, mais pour examiner une demande inimaginable des dirigeants de Tel-Aviv. Celle de conquérir les droits d'un quasi-Etat membre de l'Union européenne!
J'ai évoqué dans ma dernière chronique, ainsi qu'en séance plénière du Parlement européen, une réunion prévue le 16 juin prochain à ce propos, dont nous avons eu connaissance. Mais, voilà qu'on apprend subrepticement que la demande israélienne en question date... du 5 mars de l'année dernière; qu'un "groupe de réflexion" s'est réuni sur le sujet... le 4 juin 2007; qu'une seconde réunion s'est tenue sur le même thème le 9 octobre dernier - et ce pour préparer une déclaration du Conseil (qui regroupe les 27 gouvernements)! Et tout cela sans que la moindre information n'en ait été donnée à la représentation parlementaire de l'Union!
Or, il ne s'ait pas d'une peccadille! Qu'on en juge: Israël ne demande rien de moins que sa participation à tous les niveaux aux réunions de l'UE sur les questions de sécurité et de dialogue stratégique; aux délibérations du Conseil sur le Maghreb et le Mashrek comme sur les activités de l'UE au sein de l'ONU! Tel-Aviv demande en outre à pouvoir participer aux Conseils traitant des thèmes tels que l'économie, les finances, l'énergie, l'environnement, les transports, les medias, la jeunesse, l'enseignement supérieur, ou encore à voir constituer une structure parlementaire conjointe Union européenne -Israël...
Et c'est à une indiscrétion que les élus européens doivent d'en avoir connaissance un an après! Où va la démocratie dans cette Union?! Voilà encore un dossier de poids à ré-ouvrir sous peu avec la présidence française.
Le devoir de l'Europe vis à vis de la Palestine
01.06.08 Je vous écris aujourd'hui depuis la Palestine, où je suis dans le cadre d'une délégation officielle du Parlement européen. Je ne reviendrai pas sur les multiples dimensions de l'injustice indicible infligée au peuple palestinien depuis 60 ans. Je veux m'arrêter sur une seule question: que peut faire l'Union européenne MAINTENANT pour contribuer à une paix juste au Proche-Orient? Que doit-elle faire différemment de ce qu'elle fait aujourd'hui? Le moment actuel se prête particulièrement à cette interrogation. La relance du processus de paix à la Conférence d'Annapolis, en novembre 2007, qui s'était fixée l'objectif de créer l'Etat palestinien avant la juin 2008, n'a, à ce jour, abouti à aucun résultat permettant d'espérer une issue positive. L'Union européenne est l'une des quatre composantes du "Quartet" (USA, UE, Russie, ONU) qui a parrainé cette conférence. Quelles initiatives va-t-elle prendre MAINTENANT pour aboutir, dans les mois qui viennent, à quelque chose de tangible?
Qu'attendent les Palestiniens de l'Union européenne? "Pas une position pro-palestinienne ou anti-israélienne" nous a répondu le Premier Ministre, Salam Fayyad. "Simplement une position ferme en faveur de la paix, des 2 Etats, sur les frontières de 1967, ce qui constitue la solution pour Israël aussi."
Le problème est que les dirigeants israéliens mènent une politique totalement irresponsable et que l'Union européenne, comme les autres, laisse faire! Le Président palestinien doit-il rencontrer Ehud Olmert pour négocier le 2 juin? La veille, le gouvernement israélien annonce une nouvelle vague de constructions de logements pour les colons! Le Premier Ministre palestinien réussit-il à assurer la sécurité par les forces palestiniennes elles-mêmes, à Naplouse? L'armée israélienne y fait une incursion provocatrice la nuit!
C'est en fait toute la communauté internationale qui est ainsi narguée: la conférence d'Annapolis demande-t-elle le gel des colonies et le démantèlement progressif des obstacles à la circulation des personnes et des biens, comme premier signe d'encouragement? Les implantations des colonies s'accélèrent! Tandis que les "checkpoints", les blocs de béton barrant des routes, les fossés entourant des villes et autres obstacles à toute vie normale comme à tout développement économique ont ... augmenté de 7% depuis Annapolis! Les experts de l'ONU nous ont dit en avoir recensé plus de 600, rien qu'en Cisjordanie, Gaza restant complètement isolé et Jérusalem-est interdite aux non-résidents, sauf autorisation spéciale. Quant au mur, son tracé - selon les plans officiels - s'étend sur 723 Km, alors que la "ligne verte" (frontières de 1967) qu'il est censé suivre n'est longue que de ... 320 Km. C'est dire si cette "barrière (dite) de sécurité" mérite bien l'appellation de "mur d'annexion" tant elle serpente à l'intérieur des territoires palestiniens. Au total, la pauvreté touche en Palestine près de 60% de la population. Et, pour un tiers d'entre elle, "les familles ne sont pas assurées d'avoir leur prochain repas", selon nos interlocuteurs des Nations Unies.
Et pourtant - incroyable mais vrai! -, le 16 juin prochain, le Conseil d'Association Union européenne-Israël se réunit pour, examiner la demande israélienne d'un ... renforcement substantiel du statut privilégié dont bénéficie déjà si indûment un Etat qui viole de façon aussi flagrante et permanente le droit international ainsi que ses propres engagements! Un bon signe: notre délégation - qui représente tout l'échiquier politique du Parlement européen - va s'exprimer ensemble, et de bonne manière, sur l'expérience édifiante qu'elle vient de vivre sur le terrain.
"Liberté" du marché contre droit du travail
26.05.08 "Nous avons pris connaissance avec une grande préoccupation des récents arrêts de la Cour de Justice européenne. Personne ne peut être intéressé à ce que nous assistions à une "marche arrière" en matière de droits des travailleurs sur le plan européen (...) A Bruxelles et à Strasbourg, le thème de la justice sociale doit, encore bien plus fortement, retenir notre attention."
Dans son message au 1 er Congrès du nouveau parti unifié de la gauche allemande, "Die Linke", le week-end dernier, à Cottbus, à l'Est de l'Allemagne, le "patron" de la puissance centrale syndicale- unique - d'Allemagne, la DGB, Michael Sommer, vient donc d'aborder à son tour, la question de fond posée par cette succession de décisions prises par la plus haute juridiction de l'Union européenne sur la base des traités. (Voir Chroniques du 31/1/2008, du 9/4/2008 et du 23/4/2008).
Ces décisions, qui, toutes, placent les règles libérales - liberté d'établissement des entreprises d'un Etat membre dans un autre; liberté de prestation dans un autre Etat membre etc... - au-dessus des droits des travailleurs, agissent comme des révélateurs d'une réalité que nous n'avons cessé, pour notre part, de décrire, de dénoncer et de combattre: la nature profondément libérale des traités européens et son corollaire, la subordination des droits des travailleurs aux "libertés" du capital.
Le grand paradoxe, c'est que ces prises de consciences commencent à surgir alors que le traité de Lisbonne, qui confirme l'intégralité de ces règles perverses, est partout ratifié ou en cours de ratification! Il n'empêche: le fait que la vérité fasse son chemin est essentiel pour les actions et les débats politiques à venir. Comme on sait, "quand une idée s'empare des masses, elle devient une force matérielle".
Déjà, lors de la Conférence de la Villette, à Paris, le 17 et 18 mai dernier, sur le thème: "Ce que nous attendons aujourd'hui, de la gauche en Europe", le Secrétaire Général de la Fédération européenne des travailleurs des transports, l'ETF (2,5 millions d'adhérents), Eduardo Chagas, s'était vigoureusement insurgé contre cette légitimation du dumping social au nom de la liberté du marché. "Quand on avance nos revendications, on nous oppose le traité" avait-il même précisé. J'aurais pu signer sa déclaration!
Voilà qui augure bien des convergences à construire dans la période qui s'ouvre, à l'échelle de l'Union européenne, pour rendre visibles pour le plus grand nombre les transformations à imposer coûte que coûte dans les structures européennes actuelles si l'on veut renouer avec le progrès social.
De fait, une "affaire" succède à une autre. Il y avait eu Laval-Vaxholm en Suède; Viking Line en Finlande ; puis Rüffert en Basse Saxe, Allemagne. Or, à présent, voilà que c'est au tour du Luxembourg - dont le Premier ministre, n'est autre que ... le Président de l' "Eurogroupe", qui réunit les ministres des finances de la zone euro, M. Jean-Claude Junker! - d'être dans la ligne de mire des gardiens de l'orthodoxie libérale...
Cette fois, c'est la Commission européenne qui a pris les devant. Elle reproche au gouvernement luxembourgeois d'être trop exigeant vis à vis des entreprises d'autres Etats membres détachant des travailleurs dans le "Grand Duché". La Commission rappelle ainsi que "les Etats membres ne sont pas libres d'imposer toutes les dispositions obligatoires de leur droit du travail aux prestataires de service" venant d'un autre Etat membre. Elle souligne notamment que le droit communautaire ne permet d'exiger de ces entreprises qu'un "noyau de règles minimales" de protection des travailleurs.
De son côté, l'avocat général de la Cour de Justice a précisé que le Luxembourg ne peut pas imposer à ces entreprises le respect des "conventions collectives de travail" ni sa réglementation du temps de travail à temps partiel ou à durée déterminée... On attend la réaction des champions du "oui" au traité de Lisbonne.
Une nouvelle "affaire" commence donc. A l'invitation de "la Gauche" luxembourgeoise, je me suis rendu sur place, au début de cette semaine, - alors que le Parlement luxembourgeois s'apprêtait à ratifier le traité de Lisbonne - pour contribuer, là aussi, à lancer le débat dans la société. À suivre...
"Dumping salarial": les bouches s'ouvrent!
24.05.08 Je reviens, comme annoncé, sur le débat enfin arraché après plus de trois mois de pression de l'intérieur et de l'extérieur sur la "Conférence des Présidents" (de groupes politiques) du Parlement européen au sujet de cette grave affaire qu'est la légitimation par la Cour de Justice européenne du "dumping salarial" (concurrence par le bas sur les salaires).
Ce débat a finalement eu lieu le 22 avril dernier. Pour tenter d'en minimiser la portée, mes collègues de la "Conférence des Présidents" l'avaient placé... en séance de nuit et ont finalement brillé par leur absence en séance plénière. Ils ont néanmoins perdu leur pari. Non seulement, près d'une trentaine de parlementaires de tous les groupes politiques se seront exprimés, non seulement le Commissaire (dit) aux Affaires sociales aura été sur la sellette, mais, pour la première fois, des articles essentiels des traités européens ont été mis en cause au nom du respect des droits sociaux. Les bouches ont commencé à s'ouvrir.
Je rappelle brièvement les faits:
- 11 décembre 2007: la Cour condamne une action syndicale qui s'opposait à ce qu'un armateur finlandais, Viking, ré-immatricule son ferry en Estonie pour casser les salaires des marins;
- 18 décembre 2007: la Cour condamne à nouveau des syndicats - cette fois en Suède, à Vaxholm - pour avoir bloqué les travaux d'une entreprise lettone qui refusait d'appliquer la convention collective en vigueur dans ce secteur;
- 3 avril 2008: la Cour condamne le Land de Basse-Saxe, en Allemagne, coupable d'avoir institué un salaire minimum s'imposant à toute entreprise de construction obtenant un marché public. La Cour donne ainsi raison à un sous-traitant polonais d'une société allemande qui versait à ses ouvriers des salaires ... inférieurs de moitié au salaire minimum en vigueur!
Or, dans les trois cas, la Cour a pris sa décision "à la lumière" des articles 43 (droit de libre établissement d'une entreprise d'un Etat membre dans un autre) ou 49 (liberté de prestation de service dans un autre Etat membre) - ces deux articles étant repris tels quels dans le projet de traité de Lisbonne en cours de ratification en Europe.
Ma conclusion fut donc claire: qui veut rétablir la primauté des droits sociaux sur la liberté du commerce doit demander la révision des traités - en particulier sur les articles invoqués par la Cour pour justifier ces très graves décisions.
Sans surprise, le Commissaire européen évita la question "tabou" du traité, expédiant la question des trois arrêts de la Cour de Justice en 20 secondes: "nous voulons maintenir et le bien être des travailleurs et la compétitivité des entreprises"... Rien d'étonnant non plus que les chantres traditionnels de l'Europe libérale aient entonné le refrain "circulez, y a rien à voir". La chose intéressante est qu'un certain nombre de députés socialistes, verts, voire de droite, aient reconnu qu'il y avait bien là un problème de fond à affronter - certains allant jusqu'à soutenir explicitement la démarche de notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE - NGL).
Un parlementaire belge (verts), M. Jonckheer, a ainsi fustigé la mise en cause du droit du travail national; un autre - en l'occurrence le Président de la Commission des Affaires sociales du Parlement européen, M. Anderson (PSE) - a souligné que le fait qu' "un Polonais doive travailler sur un même chantier, avec un salaire inférieur de moitié à celui d'un Allemand", cela s'appelle de la discrimination. Sensible à leur opinion publique respective, même un député de la CDU allemande ainsi que l'UMP Jacques Toubon ont affirmé, l'un qu'il fallait "vérifier la législation" européenne, l'autre que "la déception était grande" et que "la présidence française devra répondre aux questions politiques que posent les arrêts de la Cour (et) activer l'agenda social".
On le voit: un débat de fond a pu être ouvert. Ne le laissons surtout pas refermer!
Comités d'entreprise européens: Alibis ou véritables acteurs?
13.05.08. Le Parlement européen vient de débattre, le 7 mai dernier, d'une question importante parce qu'elle touche aux droits des salariés: les comités d'entreprise européens. Officiellement, aux termes d'une directive européenne de 1994, toutes les multinationales de plus de 1000 salariés devraient instituer un tel comité destiné à l'"information et à la consultation des travailleurs". C'est loin d'être le cas, mais il en existe néanmoins entre 800 et 900. Des milliers de représentants de salariés des différents pays concernés peuvent ainsi se rencontrer, confronter leurs expériences, coordonner leurs actions. Ce n'est pas négligeable. Le problème est qu'ils ne disposent ni de moyens adéquats ni surtout d'aucun pouvoir - quand ils ne sont pas tout simplement ignorés par les directions.
Il y a huit ans, la Commission a publié un rapport - prévu par la directive de 1994 sur les comités d'entreprise européens - dans lequel elle a reconnu que l'application de ce texte, dans certains cas, "ne semble garantir qu'un très faible niveau d'information et de consultation" de ces comités. Elle en a conclu qu'elle "prendra le moment opportun une décision sur une éventuelle révision de la directive". C'était en 2000.
Puis quatre ans passèrent, sans résultats. En 2004, la Commission engagea enfin... la première phase de consultation des partenaires sociaux. Puis quatre ans de plus furent perdus. Et ce alors que la position des uns et des autres était parfaitement connue et n'a pas varié. Pour les organisations des employeurs, toute révision de la directive est "inutile" tandis que, pour les syndicats, elle est "vitale".
La Commission aura donc délibérément laissé filer huit années sans bouger, alors que les réalités commandaient une revalorisation hardie et urgente des droits des salariés: en 2006, à peine un tiers des entreprises avaient mis en place un tel comité; 20% des comités d'entreprise européens existants n'étaient consultés qu' après l'annonce publique des décisions de la direction et 30 autres % n'étaient pas consultés du tout! Pendant ce temps, explosait le nombre des fusions, des restructurations, des délocalisations. Rappelons enfin qu'à partir de 2004, l'Union passa de 15 à 25 puis à 27 Etats membres, ce qui ne rendait que plus cruciale la garantie des droits des salariés de l'ensemble de ces pays. J'ai vivement dénoncé cette incroyable carence de la Commission, désireuse de ne pas déplaire au patronat.
Aujourd'hui enfin, nous sortons de cette injustifiable hibernation. Des propositions sont sur la table. Elles sont certes tellement timides que "Businesseurop"! - l'organisation du patronat européen présidée par le baron Seillière, ex-président du MEDEF-, opposée à la révision de la directive, s'est félicité qu'elles soient "moins prescriptives qu'inspirationnelles". Mais au moins le débat peut-il s'ouvrir.
Et dès lors, la balle est dans le camp du Parlement - qui ne part pas de rien! Dès 2001, fut largement adopté un rapport - d'un élu du ... PPE (droite) - d'autant plus offensif qu'il ne s'agissait alors que d'un vœu, sur ce sujet. Il énonçait, entre autres exigences de renforcement de la directive, "l'instauration de sanctions en cas de non respect" du texte - des sanctions précises et lourdes! -, ainsi que le droit de suspendre la décision de la direction à la demande des représentants des travailleurs, ou encore le renforcement du rôle des syndicats. Notre groupe se prononcera pour la reprise de ces propositions majoritaires du rapport ex-PPE de 2001 et suggère de les préciser notamment sur deux points:
- Les Comités d'entreprise européens doivent avoir accès aux informations stratégiques du groupe pour que la consultation ne soit pas purement formelle,
- Et surtout, ils doivent disposer d'un droit de suspension de tout plan de restructuration, non simplement pour en repousser l'échéance, mais pour effectuer une contre-expertise, présenter des contre-propositions et participer à de vraies négociations.
Nous n'avons que peu de temps devant nous: la fin de la législature approche. Voilà venue je pense une heure de vérité.
"Ce que nous attendons aujourd'hui de la gauche en Europe"
05.05.08. Une date à retenir: samedi 17 et dimanche 18 mai 2008. Ce jour-là, à la "Cité des sciences" de La Villette, à Paris, se tiendra une Conférence -événement, sous l'égide de notre groupe de la "Gauche unitaire européenne" (GUE-NGL) du Parlement européen - et avec la participation de l'association "Espaces-Marx". Une trentaine de personnalités progressistes européennes y répondront tour à tour à la même question: "ce que nous attendons aujourd'hui de la gauche en Europe". Et ce sur tous les plans: social, économique, scientifique, culturel, environnemental, démocratique, international...
La qualité de ces intervenants mérite qu'on s'y arrête: Leila Shahid, déléguée générale pour la Palestine auprès de l'Union européenne - d'autant que le 17 mai sera par ailleurs une journée de mobilisation pour la cause palestinienne -; Josep Borrell, ancien Président du Parlement européen; des responsables syndicaux comme FranK Bsirske, Secrétaire général de l'organisation syndicale allemande VER.DI; Eduardo Chagas, secrétaire général de la fédération européenne des travailleurs des transports; Georges Séguy; Maryse Dumas, secrétaire confédérale de la CGT; Alain Hurstel, secrétaire (CFDT) du comité d'entreprise européen d'Alcatel.
Nous accueillerons également Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des Droits de l'Homme; Emmanuelle Perreux, présidente du syndicat de la Magistrature; Nina Sankari, responsable du réseau "Initiative féministe européenne" pour la Pologne; Aurélie Trouvé, co-présidente d'ATTAC. S'exprimeront aussi des économistes - Nasser Mansouri, membre du Conseil économique et social; Jacques Généreux; Annamaria Artner, de l'Académie des Sciences de Hongrie-; Susan George, présidente du Transnational Institute; des sociologues - Edgar Morin, Robert Castel, Frédéric Lebaron - ainsi que Alain Joxe, directeur d'études à l''Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales et Ana Bazac, professeure de Philosophie sociale à l'Université polytechnique de Bucarest, Roumanie.
Nous entendrons encore Ricardo Petrella, secrétaire général du Comité international pour un contrat mondial de l'eau; Michel Cool, journaliste; des écrivains et hommes de cultures - Edouard Glissant, Régis Debray, Gérard Mordillat, Robert Guédiguian, Didier Bezace -; Jean Ziegler, ex-rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l'alimentation, membre du conseil des Droits de l'Homme de l'ONU. Une parlementaire européenne de chacun des trois groupes de la gauche participeront également: Luisa Morgantini (GUE-Italie); Véronique de Keyser (PSE-Belgique); Caroline Lucas (Verts-Grande Bretagne). Des messages nous parviendront également d'autres continents. Bref, un panel tout à fait exceptionnel d'invité-e-s, différents par leur origine, leur sensibilité politique comme par leur activité sociale, mais qui convergent vers un même constat - la situation est grave et les réponses actuelles, à gauche, ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux - et vers une même exigence: il faut travailler sérieusement à créer les conditions d'un sursaut. Et ce dans toute l'Union européenne.
Certes, ces trente personnalités ne prétendent pas avoir "la solution". Mais, chacune et chacun d'eux, à titre de citoyenne ou de citoyen, possède une riche expérience. En exprimant leurs attentes et en interpellant la gauche européenne dans sa diversité, ils peuvent contribuer à susciter la confrontation d'idées libre, pluraliste et transfrontalière dont nous avons un besoin crucial et urgent en Europe.
D'autres interlocuteurs, unis par les mêmes exigences, réagiront à leur tour sous forme d'enregistrements vidéo. Tous ces témoignages seront mis en ligne sur un site qui sera créé à cet effet et contribueront, je l'espère, à nourrir un débat de société grand ouvert. Puisse la dynamique des 17 et 18 mai prochains apporter un "plus" aux débats en cours ou à venir sur les perspectives de la gauche en Europe.
La salle ne comptant que 400 places, il est recommandé de s'inscrire (francis.wurtz@europarl.europa.eu )
"Dumping salarial": les bouches s'ouvrent!
25.04.08. Je reviens, comme annoncé, sur le débat enfin arraché après plus de trois mois de pression de l'intérieur et de l'extérieur sur la "Conférence des Présidents" (de groupes politiques) du Parlement européen au sujet de cette grave affaire qu'est la légitimation par la Cour de Justice européenne du "dumping salarial" (concurrence par le bas sur les salaires).
Ce débat a finalement eu lieu le 22 avril dernier. Pour tenter d'en minimiser la portée, mes collègues de la "Conférence des Présidents" l'avaient placé... en séance de nuit et ont finalement brillé par leur absence en séance plénière. Ils ont néanmoins perdu leur pari. Non seulement, près d'une trentaine de parlementaires de tous les groupes politiques se seront exprimés, non seulement le Commissaire (dit) aux Affaires sociales aura été sur la sellette, mais, pour la première fois, des articles essentiels des traités européens ont été mis en cause au nom du respect des droits sociaux. Les bouches ont commencé à s'ouvrir.
Je rappelle brièvement les faits:
- 11 décembre 2007: la Cour condamne une action syndicale qui s'opposait à ce qu'un armateur finlandais, Viking, ré-immatricule son ferry en Estonie pour casser les salaires des marins;
- 18 décembre 2007: la Cour condamne à nouveau des syndicats - cette fois en Suède, à Vaxholm - pour avoir bloqué les travaux d'une entreprise lettone qui refusait d'appliquer la convention collective en vigueur dans ce secteur;
- 3 avril 2008: la Cour condamne le Land de Basse-Saxe, en Allemagne, coupable d'avoir institué un salaire minimum s'imposant à toute entreprise de construction obtenant un marché public. La Cour donne ainsi raison à un sous-traitant polonais d'une société allemande qui versait à ses ouvriers des salaires ... inférieurs de moitié au salaire minimum en vigueur!
Or, dans les trois cas, la Cour a pris sa décision "à la lumière" des articles 43 (droit de libre établissement d'une entreprise d'un Etat membre dans un autre) ou 49 (liberté de prestation de service dans un autre Etat membre) - ces deux articles étant repris tels quels dans le projet de traité de Lisbonne en cours de ratification en Europe.
Ma conclusion fut donc claire: qui veut rétablir la primauté des droits sociaux sur la liberté du commerce doit demander la révision des traités - en particulier sur les articles invoqués par la Cour pour justifier ces très graves décisions.
Sans surprise, le Commissaire européen évita la question "tabou" du traité, expédiant la question des trois arrêts de la Cour de Justice en 20 secondes: "nous voulons maintenir et le bien être des travailleurs et la compétitivité des entreprises"... Rien d'étonnant non plus que les chantres traditionnels de l'Europe libérale aient entonné le refrain "circulez, y a rien à voir". La chose intéressante est qu'un certain nombre de députés socialistes, verts, voire de droite, aient reconnu qu'il y avait bien là un problème de fond à affronter - certains allant jusqu'à soutenir explicitement la démarche de notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE - NGL).
Un parlementaire belge (verts), M. Jonckheer, a ainsi fustigé la mise en cause du droit du travail national; un autre - en l'occurrence le Président de la Commission des Affaires sociales du Parlement européen, M. Anderson (PSE) - a souligné que le fait qu' "un Polonais doive travailler sur un même chantier, avec un salaire inférieur de moitié à celui d'un Allemand", cela s'appelle de la discrimination. Sensible à leur opinion publique respective, même un député de la CDU allemande ainsi que l'UMP Jacques Toubon ont affirmé, l'un qu'il fallait "vérifier la législation" européenne, l'autre que "la déception était grande" et que "la présidence française devra répondre aux questions politiques que posent les arrêts de la Cour (et) activer l'agenda social".
On le voit: un débat de fond a pu être ouvert. Ne le laissons surtout pas refermer!
Sarkozy, l'Europe et nous
21.04.08. On le sait: le Président de la République a reçu successivement chaque président de groupe politique du Parlement européen pour faire un tour d'horizon des enjeux de la "présidence française" de l'Union européenne (1 juillet au 31 décembre 2008). Sur les sept entretiens en question, les medias n'en ont relaté qu'un seul: celui au cours duquel Daniel Cohn-Bendit a, semble-t-il, surtout parlé de ... lui-même (à travers l'évocation de son livre sur "mai 68"). Je voudrais, pour ma part, vous tenir informés du contenu -politique et européen - de ma propre rencontre avec le prochain "Président du Conseil européen".
Nicolas Sarkozy a, tout d'abord, explicité ses principales "priorités" européennes: la politique en matière d'énergie et la lutte contre le changement climatique; l'évaluation de la politique agricole commune (P.A.C.); la politique de l'immigration; la défense européenne. Chacun de ces sujets mérite à coup sûr un débat approfondi et suscitera de vives controverses. En matière d'énergie, par exemple, l'actuelle bataille de titans pour conquérir des marchés en absorbant des concurrents - à coup de dizaines de milliards d'euros - a peu de choses à voir avec le besoin d'une vraie coopération assurant une sécurité d'approvisionnement, une égalité d'accès pour tous à l'énergie - dans une optique de service public et de "bien commun" - et le respect des engagements sur le réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre!
Il en va de même de la "P.A.C." On l'a souvent répété: il n'est pas acceptable que 80% des crédits aillent à 20% des exploitations; que la Reine d'Angleterre touche un gros paquet d'euros au titre de ses propriétés foncières; qu'il y ait un système d'"aides" découplées de la production plutôt que des prix rémunérateurs valorisant le travail paysan, etc. Il faut donc une réforme profonde, favorisant l'agriculture paysanne durable et non l' "agrobusiness", le productivisme ou les "biocarburants". Attention qu'à l'occasion de ce débat sur la nécessaire réforme, ce ne soit pas la PAC elle-même qui passe à la trappe! L'actualité nous rappelle dramatiquement que l'alimentation reste un enjeu vital qu'on ne peut déléguer aux "marchés"!
Quant à l'immigration et à la défense européenne, on imagine facilement les orientations que l'actuel locataire de l'Elysée souhaite imprimer en ces domaines à la politique européenne. Dans le premier cas: accentuer la coordination des mesures restrictives et répressives contre les migrants, empêcher les régularisations collectives de sans-papier, restreindre encore le droit d'asile. Dans le second cas: renforcer l'arrimage de l'Union européenne à l'OTAN et donner l'exemple d'un engagement renforcé aux côtés des Etats-Unis, comme en Afghanistan; et aussi accélérer la dynamique d'un marché unique européen des armements. Deux "priorités" donc où notre opposition risque d'être frontale.
'ai fait observer, en ce qui me concerne, que deux "priorités" allaient vraisemblablement s'imposer d'elles-mêmes à l'agenda européen. D'abord la question sociale, et notamment salariale, qui monte très fort d'un bout à l'autre de "l'Europe des 27" - J'y reviendrai la semaine prochaine, à propos de l'affaire des trois arrêts de la Cour européenne de Justice légitimant le "dumping" salarial, que nous avons enfin réussi à imposer à l'ordre du jour du Parlement européen, mais... en séance de nuit!- Ensuite, ou plutôt en même temps, ce qu'on appelle la "gouvernance mondiale", et qui se résume aujourd'hui à laisser la liberté totale aux marchés financiers et aux gros spéculateurs de déstabiliser la planète. Je reviendrai aussi sur ce point à propos de la crise financière et de la tragédie alimentaire, car elles illustrent toutes deux l'irresponsabilité d'un type de construction européenne et la raison d'être d'une "autre Europe".
Europe: l'effet Dacia
14.04.08. La magnifique lutte des 10 000 travailleurs de Dacia, la filiale roumaine de Renault - qui produit la fameuse Logan – vient d'aboutir à un succès. Elle fut non seulement on ne peut plus légitime, tant a été scandaleuse l'attitude du groupe automobile français qui a osé verser à ces ouvriers un salaire moyen brut de 285 euros alors qu'il a tiré de cette usine 300 millions d'euros de bénéfices en deux ans. Mais cette grève courageuse aura également été d'une très grande portée politique à l'échelle de toute l'Union européenne.
Rappelons le pari stratégique que représente ce modèle "low-cost" (bas coût) pour Renault, suivi à la loupe par tous ses concurrents: faire construire les voitures dans des pays à très bas salaires, puis les exporter partout où existe une "clientèle solvable", y compris la France ou l'Allemagne. Pour les uns, la délocalisation, pour les autres, la surexploitation... Et pour les actionnaires, la gratification. Élémentaire, mon cher Carlos Gosn!
Renault n'est évidemment pas seul à tenir ce raisonnement. Pour les "forces du marché" et tous ceux qui les servent, c'est là le principal intérêt de l'élargissement à l'Est de l'Union européenne. Le "hic", c'est que de plus en plus de ces nouveaux "citoyens de l'Union" ne l'entendent plus de cette oreille. Ils n'ont pas voté en faveur de l'adhésion de leur pays pour être un réservoir de main d'œuvre bon marché. Et ils le font savoir.
En Pologne par exemple, j'ai eu l'occasion de rencontrer, le 27 mars dernier, le président de l'OPZZ, la principale organisation syndicale du pays. "La première de nos priorités, ce sont les salaires " m'a-t-il d'emblée indiqué. "Notre salaire minimum est à 300 euros brut. Cela ne suffit pas pour vivre avec une famille! Plus du quart de nos enfants vivent en dessous du seuil de pauvreté! 60% des retraités n'atteignent pas le revenu minimum de subsistance!" De fait, des conflits éclatent dans les secteurs les plus variés: 2007 a connu une grève des facteurs et une mobilisation très forte des infirmières. 2008 a déjà été marquée par un grand mouvement des enseignants; des douaniers; des mineurs...
Ce mécontentement semble se généraliser dans toute l'Europe centrale et orientale. La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) parle dans son dernier rapport annuel d'un profond "désenchantement" des populations de ces pays qui estimeraient - à 40%! - que leurs conditions de vie se sont dégradées depuis la chute du mur. En Hongrie, ce chiffre atteindrait même 75%! C'est dire si les attentes à l'égard de l'Union européenne ont été, de ce point de vue, déçues.
Le conflit chez Dacia ne fut donc pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. C'est la confirmation spectaculaire - jusque dans l'un des pays les plus pauvres des "27" - que le projet d'Europe low-cost" a du plomb dans l'aile. La question des salaires est désormais au cœur d'un véritable bras-de-fer. D'un côté, les dirigeants européens ne jurent que par la "baisse des coûts du travail" pour assurer la "compétitivité" dans une "économie ouverte". De l'autre, les salariés rappellent qu'ils existent, et pas seulement comme chair à canon dans la guerre économique mondialisée!
Parmi les "lignes directrices" adoptées par la Commission européenne et le Conseil (les 27 gouvernements) en vigueur en 2008, on peut lire: "faire en sorte que les entreprises opèrent dans un environnement suffisamment... attrayant". Cette même notion revient en permanence dans les récentes et scandaleuses décisions de la Cour de Justice européenne légitimant le "dumping" salarial et la violation des conventions collectives.
C'est de tout cela que je demande avec insistance, au nom de notre groupe de la "Gauche unitaire européenne" (GUE -NGL), qu'on puisse débattre au grand jour, au Parlement européen. L'"effet Dacia" nous concerne tous!
"Euromanif" à Ljubljana, euroscandale à Luxembourg!
04.04.08. Jeudi 3 avril, alors que, de toute l'Europe, des délégations syndicales s'apprêtaient à partir pour Ljubljana, en Slovénie, et rejoindre la première "euromanifestation" pour les salaires, la Cour européenne de justice (à Luxembourg) rendait - pour la troisième fois en l'espace de quelques semaines - un arrêt légitimant la violation d'une convention collective en matière de rémunérations, au nom du "principe de la libre prestation de services" inscrit dans les traités européens à l'article 49. Il faut absolument s'arrêter sur cette nouvelle affaire qui constitue un véritable scandale.
J'ai déjà eu l'occasion de traiter des deux précédentes décisions analogues de la Cour - cette institution toute-puissante à laquelle - les chefs d'Etat et de gouvernement ont donné le pouvoir d'interpréter les articles des traités européens, sans aucun recours possible! L'une de ces décisions concernait l'affaire Laval-Vaxholm: les syndicats suédois avaient été condamnés pour s'être opposés à une entreprise de Lettonie qui refusait d'appliquer à des salariés lettons travaillant en suède, les garanties salariales prévues dans la convention collective du bâtiment de ce pays! L'autre cas était celui du ferry finlandais "Viking Line" que son armateur entendait ré-immatriculer en Estonie pour casser les accords salariaux finlandais beaucoup plus avantageux pour les travailleurs que ceux du pays voisin. Là aussi, ce sont les syndicats opposés à cette opération qui furent condamnés et non le patron-voyou!
Manifestement soucieuse de bien montrer que ces décisions ne doivent rien au hasard mais illustrent une orientation stratégique fondée sur les traités européens en vigueur, cette même Cour de Luxembourg vient donc d'enfoncer le clou de cette "Europe low cost". C'est l'Affaire dite "Rüffert" - du nom de l'administrateur judiciaire d'une société de construction allemande. Cette société a obtenu un contrat pour des travaux - qu'elle a aussitôt sous-traité à une entreprise polonaise. Or, cette dernière n'a pas respecté le salaire minimum prévu dans la convention collective du secteur de la construction du Land en question (Basse Saxe). Elle a carrément versé à ses salariés 46% du salaire minimum applicable!
Eh bien, que croyez-vous qui arrive? Au prix d'une série d'arguties, la Cour se permet de justifier cette violation grave du droit du travail - toujours au nom du sacro-saint "principe de la libre prestation de services" qui ne tolère aucune "restriction"!
Ce principe est consacré par l'article 49 des traités européens actuels. Précisons que cet article se retrouve également en toutes lettres dans le projet de traité de Lisbonne... La Cour estime comme une violation de cet article-clé toute mesure "de nature à ... rendre moins attrayantes les activités" d'une entreprise d'un autre pays membre de l'Union. Des salaires trop élevés suffisent manifestement à rendre ces activités "moins attrayantes" aux yeux de la Cour! Celle-ci n'autorise de dérogation à cette règle que s'il existe des "raisons impératives d'intérêt public". La protection des travailleurs peut, en principe, être reconnue comme telle, mais, souligne la Cour, "la restriction de la libre prestation de services résultant de l'obligation de verser aux salariés la rémunération prévue par la convention collective applicable n'est pas justifiée, en l'espèce, par l'objectif de protection des travailleurs"... Travailleurs, estimez-vous "protégés" avec la moitié du SMIC!
Je reviendrai bien sûr sur cette dangereuse dérive et sur les moyens de l'enrayer. Face à cet "euroscandale", l'"euromanif" de Ljubljana montre le chemin.
Quand les "Miko" se font entendre en Europe...
15.03.08. Beaucoup d'entre vous le savent, car c'est devenu un conflit symbolique qui a déjà eu beaucoup d'échos: l'usine Miko de Saint-Dizier (Haute Marne) est bloquée depuis le 9 janvier dernier. Les salariés et leurs syndicats CGT et Force Ouvrière ont la ferme intention de mettre en échec le plan de restructuration du groupe (Unilever) visant à supprimer d'ici l'été prochain la moitié des 500 emplois de ce site, pourtant parfaitement viable économiquement.
Mais l'enjeu de cette lutte dépasse largement le cas en question. En fait, 50 à 60 sites européens de cette multinationale tentaculaire sont menacés – selon notre ami Maître Blindauer, l'avocat des syndicats de Miko, qu'un magazine économique vient de présenter comme "la bête noire du patronat" après qu'il a eu remporté des batailles emblématiques dans d'autres conflits sociaux. Le groupe Unilever a, du reste, confirmé qu'il entendait supprimer… 12 000 emplois dans l'Union européenne, tout en annonçant plus de 4 milliards d'euros de bénéfices! Air connu… Voilà pourquoi rendez-vous avait été pris entre les syndicats, leur avocat et notre groupe de la Gauche unitaire européenne (GUE-NGL) au Parlement européen, à Strasbourg, le 11 mars dernier.
L'affaire a pris une dimension européenne: outre les Français, des parlementaires allemands, italiens, portugais, espagnols, irlandais, hollandais, suédois, chypriotes… ont répondu à notre appel! Des agences de presse françaises et européennes ont relayé l'information. Il paraît même qu'un représentant d'Unilever était discrètement présent, ce jour-là, au Parlement. Notre initiative n'a manifestement laissé personne indifférent puisque le président du groupe libéral s'est cru obligé de m'interpeller en séance plénière à ce propos pour demander qu'on laisse "le marché" régler la vie économique et sociale…
Et maintenant, quelles suites européennes réserver à cette manifestation de solidarité avec les travailleurs de Saint-Dizier? Tout le monde s'est mis d'accord sur un objectif: outre les efforts d'information et de sensibilisation sur les dangers que recèle la stratégie d'Unilever, nous allons lancer une campagne pour une révision sérieuse et ambitieuse de la directive – qui existe depuis 1994 – sur les comités d'entreprise européens (CEE).
Ces structures fonctionnent aujourd'hui dans 820 entreprises et concernent 14,5 milliards de salariés. Elles ont le mérite d'exister. Elles permettent aux représentants des travailleurs d'un même groupe de se concerter. Mais du point de vue des pouvoirs réels vis-à-vis des directions, c'est, à ce jour, une coquille vide. Cela fait donc belle lurette que des voix s'élèvent du côté des syndicats pour obtenir une révision de cette législation.
Jusqu'ici, l'attitude des uns et des autres face à cette demande a été tout à fait symptomatique. Ainsi, la Commission européenne – qui, je le rappelle, a seule l'initiative des lois, donc la possibilité de proposer un nouveau projet – tourne en rond en s'agitant sans conviction: "En avril 2004 (!), la Commission a engagé la première phase de consultation des partenaires sociaux sur le réexamen de la directive" écrit-elle. Cela fait quatre ans! Et qu'a donné cette "première phase" de "consultation"? "Les organisations de travailleurs se sont exprimées en faveur d'une révision rapide", tandis que "les organisations d'employeurs se sont opposés à une telle révision"… Voilà les révélations éblouissantes de la Commission à l'issue de quatre ans d'un effort titanesque de consultation. Du moins dans sa "première phase". Au passage, la Commission reconnaît pourtant que, là où existent ces comités d'entreprise, ceux-ci, dans 50% des cas, n'ont été consultés "qu'après l'annonce publique de la décision" d'un plan de restructuration ou n'ont pas été "consultés du tout".
Nous n'attendrons pas que ce train de sénateur ne conduise la Commission à engager l'éventuelle "seconde phase" de consultation. Il faut agir, avec les salariés et leurs élus, pour faire entendre l'exigence d'une révision effective de cette directive – en particulier un accès aux informations stratégiques du groupe et un droit de suspension de tout plan de restructuration permettant une contre-expertise sérieuse et l'élaboration de contre-propositions syndicales. Une grande bataille dont nous reparlerons.
Les jeunes, l'Europe et la paix
08.03.08. "Existe-t-il encore une menace sérieuse de guerre entre pays d'Europe? Des guerres civiles sont-elles possibles en Europe? Faut-il créer une armée européenne et pourquoi? L'Europe risque-t-elle de devoir s'engager dans de grands conflits armés sur le reste de la planète? Suis-je prêt à contribuer personnellement à la défense européenne?" voilà quelques unes des questions posées par des lycéens et des jeunes étudiants français et allemands en vue d'un débat du plus grand intérêt annoncé pour le 14 mars prochain dans les locaux du Parlement européen, à Strasbourg.
Il s'agit des cinquièmes "Assises de la presse écrite et de la jeunesse", réunissant 1000 jeunes, des personnalités de la "société civile", quelques députés(e)s européen(ne)s, ainsi que les représentants d'une douzaine de grands titres de la presse française - dont, naturellement l"'Humanité". Intitulée "Graine de citoyens", cette belle expérience a été lancée en 2004 à bordeaux, renouvelée à Lille en 2005 - j'avais déjà eu le plaisir d'y participer à cette occasion-, puis à Nantes en 2006, enfin à Lyon en 2007.
Cette année, ces "Assises" se décomposeront en 13 débats portant sur un sujet européen: culture, institutions, économie, écologie, relations internationales... Le thème de celui auquel je suis convié ce vendredi s'intitule: "L'Europe est-elle définitivement pacifiée?" C'est sa préparation qui a suscité, parmi les jeunes concernés, les questions que j'ai rappelées au début de cette chronique.
Comment ne pas saluer pareille initiative! Ey quelle pertinence dans la formulation des questions par ces "grains de citoyens"! Une guerre comme celles que se sont livrées - à trois reprises en l'espace de 70 ans! - l'Allemagne et la France heureusement plus imaginable au sein de l'Union européenne, et c'est un incommensurable progrès de l'Histoire. En revanche, aux portes de l'actuelle "Union", le spectre de la guerre est loin d'être éradiqué.
Ne pensons qu'aux Balkans... Les épouvantables massacres déclenchées à la suite de l'écartèlement de l'ex-Yougoslavie, mais aussi le bombardement de Belgrade par les avions de l'OTAN, avec la participation directe d'armées ouest-européennes, ont laissé des traces profondes, sur le terrain comme dans les esprits. Quant au récent forcing des principaux leaders européens, derrière les Etats-Unis, en faveur de la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo, unilatéralement proclamée en violation du droit international, il a ravivé des nationalismes peu propices à une "pacification définitive" de la région.
Guère est plus responsable la complaisance manifestée jusqu'ici par les dirigeants de l'Union européenne à l'égard du projet américain d'installer un "bouclier anti-missiles" en Europe centrale! Celui-ci ne peut qu'exacerber la tension avec le peuple russe - qui vit déjà comme une provocation l'élargissement de l'OTAN jusqu'aux frontières de leur pays. La course aux armements risque de s'en voir relancée. Plus généralement, le "Traité de Lisbonne" fait craindre un glissement vers la militarisation de l'Union européenne, au nom de la "préservation des valeurs" et de la "défense des intérêts" de l'Europe dans le monde...
Enfin, il faut mesurer les effets sur le climat international de l'altération de l'image de l'Union européenne dans le monde arabo-musulman, si celle-ci poursuit sa politique répressive vis à vis des migrants et passive à l'égard de la politique d'occupation, d'humiliation et de guerre des dirigeants israéliens en Palestine.
J'encouragerai donc mes jeunes interlocuteurs du 14 mars à aller jusqu'au bout des leurs si légitimes aspirations: pour consolider la paix, il faut changer l'Europe.
Un Communiste au Conseil européen!
25.02.08. Ainsi donc, une majorité de Chypriotes vient d'élire à la présidence de la République Dimitris Christofias, le Secrétaire général du Parti AKEL, c'est à dire du parti communiste de l'île ...
Lorsqu'en 1974, Valéry Giscard d'Estaing a créé le "Conseil européen", afin qu'existe un lieu où les premiers dirigeants des pays membres de l'Union européenne se retrouvent entre eux, il ne se doutait pas qu'un jour un communiste y prendrait place! Aujourd'hui, c'est dans cette institution-là que sont fixées les grandes orientations de la politique européenne. A lui seul, un pays comme Chypre ne pourra certes pas révolutionner cette instance, mais il peut, sur certains sujets d'importance, y faire entendre une autre voix, ce qui peut s'avérer précieux, dès lors que celle-ci entre en résonnance avec une large aspiration populaire.
Le République de Chypre est entrée dans l'Union il y a quatre ans. Elle est essentiellement peuplée de Chypriotes grecs. La partie nord de l'île - peuplée de Chypriotes turcs, à ne pas confondre avec les colons venus de Turquie, mais dont certains sont désormais installés avec leur famille depuis plus d'une génération - est, en revanche, toujours militairement occupée - depuis 34 ans! - par la Turquie (40 000 soldats). Certains responsables politiques rêvent d'y établir un "Etat séparé", qu'ils ont proclamé unilatéralement. Mais aucun pays - heureusement - ne reconnait cette entité. En 2004, le référendum sur un projet de règlement de cette question ultrasensible - appelé "Plan Annan" du nom de l'ancien Secrétaire général de l'ONU - échoua, une forte majorité des Chypriotes grecs ayant jugé le compromis proposé trop mou ou trop flou sur certains aspects particulièrement délicats (problèmes des réfugiés qui ont dû fuir le Nord, date du retrait de toutes les troupes d'occupation...). C'est cette question - la solution du "problème chypriote" et la réunification de l'île - qui fut, tout naturellement, une fois encore, au cœur de la campagne électorale.
Le parti Akel, très influent (un tiers de l'électorat), n'avait pas présenté de candidat à cette élection depuis... 48 ans. Le système en place est, en effet, un système présidentiel: le pouvoir exécutif y joue le rôle essentiel. Dès lors, pour un parti qui veut transformer la société, exercer cette fonction est un défi particulièrement complexe à relever. Il s'agit nécessairement de composer: à l'intérieur du pays avec les deus-tiers de la population qui ont voté, au premier tour, pour d'autres candidats - majoritairement de droite ou du "centre" -; et à l'extérieur avec les partenaires européens et le reste de la "communauté internationale". Ce n'est pas chose aisée.
Malgré ce rapport des forces peu favorable à sa vision du monde, le parti Akel s'est donc résolu, cette fois-ci, à "prendre le taureau par les cornes". Non pour tenter d'installer le socialisme sur l'île, mais à la fois pour rendre la société plus juste et pour œuvrer d'arrache-pied à la réunification réussie et durable de Chypre. Un pari audacieux donc, mais enthousiasmant. "Si Christofias est élu, cela va changer la culture du pays" m'avait dit, il y a peu, une importante personnalité, non communiste, de cette île au cœur de la Méditerranée.
Comme membre d'un "groupe de contact" créé par le Parlement européen il y a trois ans pour suivre la question chypriote, en liaison avec les deux parties de l'île, je me rends souvent sur place, au nord comme au sud. Je peux témoigner de l'attente suscitée de part et d'autre par l'éventualité d'une victoire de Dimitris Christofias. C'est que l'histoire du parti Akel et le rôle personnel de son Secrétaire général parlent pour lui. Même aux heures sombres du nationalisme triomphant, il s'est battu avec courage pour une "Fédération bicommunautaire (Chypriotes grecs et turcs) et bizonale, autrement dit une République réunifiée respectant l'égalité des droits entre les deux communautés. Lui-même "réfugié" de la partie nord de l'île, le leader d'Akel est engagé depuis des lustres dans des actions communes sur le terrain entre Chypriotes grecs et turcs: entre syndicalistes, mouvements associatifs, artistes, élus locaux ou leaders politiques démocrates des deux côtés du dernier pays européen divisé par un mur.
Puissent les conditions être enfin réunies pour permettre au nouveau Président de la République de Chypre de faire renaître l'unité du pays et l'espoir de son peuple. Bon vent, Dimitris!
Kosovo: L'UE commet une faute
18.02.08. On ne peut s'empêcher d'éprouver un grand malaise vis à vis des responsabilités prises par l'Union européenne et ses Etats membres dans l'affaire du Kosovo.
D'abord, l'Union a, en principe, pour ambition de contribuer à une meilleure gouvernance mondiale. Or, nombre de ses Etats membres ont ou vont, sous son impulsion, affaiblir dangereusement la crédibilité future du droit international en cautionnant la proclamation unilatérale de l'indépendance d'une province d'un Etat souverain, membre de l'ONU.
Peut-on justifier une telle décision par l'aspiration - compréhensible - des Kosovars albanais à une telle issue? Dans ce cas, pourquoi l'Europe ne fait-elle pas preuve d'une détermination au moins égale pour aboutir à la satisfaction des aspirations des Palestiniens, en butte, eux, à une puissance occupante sur leur propre territoire? Non: la vérité est que les principales puissances de l'Union placent les rapports de force au dessus du droit. Ce faisant, elles ouvrent la boîte de Pandore. C'est grave.
Ensuite, comment ne pas douter de la capacité de l'Union, à présent, à œuvrer efficacement à une stabilisation durable des Balkans? Cette reconnaissance unilatérale risque fort d'y nourrir les nationalismes au lieu d'en tarir les sources. En outre, l'Union vient de s'aliéner profondément le peuple serbe, sans lequel il n'y a pas de politique régionale possible dans cette partie de l'Europe. Je ne parle pas, en l'occurrence, des nostalgiques de Milosevic mais de ceux qui se sont opposés à lui, et qui sont aujourd'hui majoritaires.
Quant aux Kosovars albanais eux-mêmes, l'Union sera-t-elle en mesure de satisfaire leurs aspirations après les avoir alimentées? Qui aurait l'outrecuidance de répondre de façon péremptoire à cette question pourtant capitale?
D'où la troisième cause du malaise ressenti après cette fameuse "journée de liesse" au Kosovo: le nouveau défi que l'Union européenne vient de se lancer à elle-même a de quoi donner le vertige! Nous voilà en première ligne vers un nouveau protectorat alors même qu'aucune analyse satisfaisante n'a été produite sur les raisons de l'échec du protectorat qui s'achève: un PIB du Kosovo équivalent à celui du Rwanda; la moitié de la population active au chômage; plus de 200 000 réfugiés et personnes déplacées; une multiplication des violences contre les minorités... Et ce malgré une aide internationale de 2 milliards d'euros et la présence de 17 000 soldats de l'OTAN.
Quelle perspective durable l'Union européenne est-elle à même d'offrir aux Kosovars comme aux autres peuples des Balkans, qui soit de nature à stabiliser la situation ici sans risquer de la déstabiliser ailleurs? L'adhésion? Dans quels délais? A quelles conditions? Avec quel degré de probabilité d'un accord unanime - nécessaire - des 27 pays membres?
Lorsqu'on sait que l'on n'a pas droit à l'erreur dans un contexte régional aussi complexe, est-il sage de prendre un tel pari sur l'avenir sans un accord préalable, au sein de l'Union, sur une stratégie globale pour les Balkans?
Quelques Etats membres ont dit leur désaccord; d'autres ont accepté à contrecœur de se résigner à ce qui leur semblait désormais inévitable. Un quarteron de puissances - dont la France - joue la force d'entrainement ... derrière les Etats-Unis. Qu'adviendra-t-il de cette unité de façade quand apparaîtront les contradictions de ce nouvel engrenage? Est-ce là une illustration de ce qu'avec le traité de Lisbonne, on entend faire de la "politique extérieure, de sécurité et de défense" de l'Union européenne? Il serait temps que les citoyens se saisissent de ce sujet majeur aussi, comme ils ont si bien su le faire des enjeux économiques et sociaux. L'occasion est là!
Combats d'arrière-garde sur l'IVG
15.02.08. Un peu partout en Europe, les anti-IVG tentent une énième offensive pour tenter de renforcer la diabolisation de l'avortement là où la législation interdit encore l'IVG, et surtout de remettre en cause partout ailleurs un droit acquis depuis, parfois, plus de trente ans. En Pologne, en Lituanie, mais aussi aux Pays-Bas, en Italie, en Espagne et en France même, ces forces ultraconservatrices saisissent ainsi depuis quelques temps toute occasion qui s'y prête pour relancer leur croisade.
C'est dans ce contexte que; fin janvier, une audition publique a été organisée à Bruxelles par la Commission des droits de la femme du Parlement européen. Son thème: "la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation". Deux questions ont dominé les débats: l'avortement et l'éducation à la sexualité.
Sans surprise, des parlementaires d'Europe centrale - notamment ... des hommes - ont été particulièrement virulents dans leur argumentation, sans imagination, contre le droit des femmes à disposer de leur corps et de maîtriser leur procréation. Ainsi, des députés polonais en nombre ont-ils récusé non seulement l'avortement mais la contraception elle même! Au nom de l'"éthique" religieuse et du "droit à la vie", le droit du fœtus prime sur le droit de la femme.
Une invitée tchèque a parlé, quant à elle, de "guerre contre la fertilité de la femme, devenue objet sexuel"; tandis qu'une députée slovaque n'a pas hésité à culpabiliser celles qui ne se reconnaissent pas dans sa vision conservatrice, en lançant: "la femme peut-elle mener une vie épanouie en sachant qu'elle a tué son enfant?" Quant à l'éducation sexuelle, selon les mêmes, elle ne regarde pas l'école, mais la famille. Le Parlement européen, en tout état de cause, n'aurait pas "le droit d'intervenir dans la vie."
Le plus réjouissant, dans cette affaire, est la vigueur de la riposte des défenseurs des droits de la femme. Y compris parmi les invités des nouveaux pays membres. Madame Wanda Nowicka, présidente du réseau ASTRA et de la Fédération polonaise pour les femmes et le planning familial a ainsi évoqué, par exemple, avec beaucoup de force, le danger de l'avortement clandestin, auquel beaucoup de femmes de son pays sont contraintes de recourir en raison des législations restrictives en vigueur. Elle a également déploré "l'absence totale d'information en matière d'éducation sexuelle dans certaines régions polonaises"
Même attitude de la part de nombreuses députées d'Europe occidentale ou de Scandinavie: face aux pourfendeurs du "droit au confort et à la consommation" (!), notre collègue et amie du Parti de la Gauche de Suède, vice-présidente de la Commission des droits de la femme, Eva-Britt Svensson (GUE - NGL) a ainsi résumé un sentiment largement partagé - "En 2008, je ne comprends pas qu'on puisse encore interdire aux femmes de discuter et de décider de leur propre vie, de leur libido, de leur droit à disposer de leur corps!" - avant de rappeler l'importance de l'éducation sexuelle à l'école "de façon à donner à chacun les moyens de décider librement de sa vie."
On a vu récemment, en Italie, que, même au sein du très conservateur parti de Berlusconi, "Forza Italia", les thèses - inspirées par le pape Benoît XVI - favorable à un moratoire pour l'application de la loi définissant l'IVG, rencontrent de sérieux obstacles. Au point que le "Cavaliere", qui avait soutenu cette idée, s'est ravisé peu après, en concluant ce débat par la reconnaissance du fait que ... "l'avortement est une question qui regarde la conscience de chacun". Même son de cloche de la part de la présidente de la Commission des droits de la femme du Parlement européen, Madame Zaborska, pourtant elle aussi connue pour ses options anti-IVG: en conclusion de son audition, elle dût reconnaitre que "chaque homme, chaque femme a le droit de décider de sa vie."
Vigilance donc, mais confiance: les offensives anti-IVG sont décidément des combats d'arrière-garde.
Europe: le thermomètre et la fièvre
11.02.08. Ainsi donc, Assemblée nationale et Sénat ont ratifié le traité de Lisbonne. Ce n'est évidemment pas une surprise. Cela appelle pourtant quelques réflexions.
Tout d'abord, en ce qui concerne le fonctionnement de la démocratie, tant en France que dans l'Union européenne. S'il y a systématiquement un tel fossé entre le sentiment des électeurs et le vote des élus, bonjour les dégâts dans l'avenir! S'il s'agissait, pendant une période de crise grave, de contenir une vague populiste en comptant sur l'expérience politique et l'esprit de responsabilité des élus, on pourrait comprendre. C'est ce qui avait conduit les dirigeants de l'Allemagne occidentale au lendemain de la seconde guerre mondiale, à ne pas inscrire dans la Constitution de la RFA la possibilité de recouvrir au référendum. Mais on n'en plus là! En France, la décision des citoyens de voter majoritairement NON au traité constitutionnel, le 29 mai 2005, a été le fruit d'un débat d'un sérieux et d'une profondeur sans équivalent! La défense de la démocratie est, en l'occurrence du côté des citoyens et sa violation à mettre au passif de nombre de leurs représentants. C'est grave. Il faudra bien avoir ce débat.
Ensuite, cela interpelle un certain nombre de dirigeants socialistes. Non seulement parce qu'ils s'étaient engagés en faveur du référendum, lors de la campagne présidentielle. Non seulement parce qu'en s'abstenant à Versailles, ils trompaient les gens, puisqu'ils savaient que seuls étaient comptabilisés les votes OUI ou NON. Mais, plus fondamentalement, parce que les orientations européennes qu'ils viennent de cautionner constituent de sérieux obstacles à une vraie politique de transformation sociale. Seraient-ils moins lucides que cet ancien ministre du travail de Bill Clinton, Robert Reich, qui vient de publier un livre et des articles, dans lesquels il explique qu'avec les règles actuelles de l'Union européenne, "l'Europe va devenir super capitaliste", ce qui est "très bon pour les investisseurs", mais "néfaste à la production de biens publics, à la sécurité de l'emploi, au niveau des salaires, au climat de la planète"? Cela aussi est grave et nécessite un débat (public) de fond!
Enfin, la construction européenne ne sort ni grandie ni renforcée de ce coup de force. Ses dirigeants vont (peut-être) récupérer leur traité, mais (sûrement) perdre un peu plus la confiance de millions d'Européennes et d'Européens. L'un d'entre eux, le ministre allemand de l'économie, M. Steinbrück, dans un accès de lucidité en petit comité, avait, il y a quelques mois, évoqué le risque d'une "crise de légitimité du modèle économique et social européen". On ne saurait mieux dire... Ce n'est pas en cassant le thermomètre qu'on fait baisser la fièvre. Et maintenant? Notre travail d'information, de sensibilisation, de rapprochement des diverses sensibilités progressistes dans des actions communes, de recherche de convergences européennes, de maturation d'un projet européen alternatif, à vocation majoritaire - ce travail nécessairement politique, durable et organisé - doit se poursuivre et s'amplifier. Prochaine étape: la présidence française de l'Union, à partir du 1er juillet.
Les salaires, grand défi européen!
26.01.08. "Trichet à l'attaque contre l'accord salarial allemand "titrait récemment à la "une" le "Financial times" de Londres . Le Président de la Banque centrale européenne (BCE) s'en prenait directement au gouvernement de Berlin, hautement coupable, à ses yeux, d'avoir cédé aux syndicats des services postaux en créant un salaire minimum dans ce secteur (Il n'existe pas, à ce jour, de "SMIC" national outre-Rhin).
Le grand argentier de l'Union s'est lancé, plus généralement, dans une menaçante campagne contre toute tentation européenne d'augmentation des salaires: "Tout schéma d'indexation des salaires sur les prix doit être éliminé" a-t-il asséné, le 10 janvier dernier, depuis son QG de Francfort, mettant en garde "tous les décideurs" contre une telle "spirale" et prévenant, au nom du "Conseil des gouverneurs" de la BCE, que "nous ne tolérerons pas le démarrage" d'une telle dérive! En clair, "Trichet menace de remonter les taux si les salaires européens augmentent trop", annonçaient "Les Echos", le lendemain, sur six colonnes .
Pourquoi un tel branle-bas du combat, alors même, reconnaissait, le même jour, l'autre quotidien économique français, la "Tribune", que "les profits n'ont jamais été aussi élevés" et que "la part des salaires dans la valeur ajoutée recule depuis des décennies et n'a même jamais été aussi faible"! C'est que de partout montent avec force les revendications salariales et l'exigence de rompre la "spirale" exactement inverse de celle dénoncée avec un incroyable aplomb par Jean-Claude Trichet: non pas l'envolée des salaires mais l'écrasement du pouvoir d'achat!
Très intéressants ont été, dans ce contexte, les récents entretiens, auxquels j'ai participé, entre le secrétaire général de la puissante organisation syndicale allemande "Ver. di" (2,4 millions d'adhérents...), Frank Bsirske, et la direction du Parti de la Gauche européenne.
Que nous dit le syndicaliste? D'une part, que l'offensive stratégique menée par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 16 ans, outre-Rhin, pour casser le modèle social d'après-guerre, a fait de la première économie de l'Union un "paradis des bas salaires" selon l'expression de certains grands patrons européens. Citant les exemples de salaires de base de 4€ par jour, le reste étant variable, en fonction du nombre d'heures travaillées; dénonçant "l'érosion dramatique du système des conventions collectives"; l'explosion de la précarité; le piège du "travailleur devenant entrepreneur individuel", il a évoqué une véritable "déclaration de guerre contre les salariés" C'est la contre-offensive de ces derniers que M. Trichet tente coûte que coûte d'enrayer.
D'autre part, notre interlocuteur allemand a fort justement insisté sur la "menace" que représentait cette politique brutalement libérale outre-Rhin pour les salariés européens en général. Rappelons-nous que 75% du commerce extérieur du "champion du monde des exportations" se font avec les autres pays de l'Union européenne, en particulier ceux de la zone euro. Or, avec une monnaie unique et une "économie de marché ouverte où la concurrence est libre", les salaires deviennent la variable d'ajustement par excellence entre économies inégales. Une politique de bas salaires en Allemagne est dès lors une maladie terriblement contagieuse à l'échelle de toute l'Union! "Regardez ce qu'a fait l'Allemagne: de grandes réformes (...) Qu'est ce que nous voulons faire avec le gouvernement de François Fillon? Les mêmes réformes!" avait prévenu Nicolas Sarkozy lors de sa rencontre avec la Chancelière Angela Merkel, en novembre dernier. On en voit les résultats!
Voilà pourquoi la solidarité progressiste européenne est si vitale face aux défenseurs des canons du libéralisme. Relevons ensemble le grand défi des salaires! Et saisissons cette occasion pour bien faire comprendre que notre contestation des traités actuels comme du traité de Lisbonne exprime ni plus ni moins que cette autre idée de l'Europe, qui grandit de partout.
Monsieur Mandelson jette l'éponge !
18.01.08. Voilà une bonne nouvelle! Vous vous souvenez sans doute de l'affaire du "Règlement Mandelson"? Le 13 novembre dernier, j'avais interpellé le Président de la Commission européenne, M. Barroso, au Parlement européen, au sujet d'un projet hyper dangereux qui venait d'être discuté au sein de l'exécutif bruxellois: les entreprises européennes délocalisant leur production dans des pays extra européens pourraient réimporter leurs produits à bas prix sans risquer la moindre taxe anti-dumping. Elles seraient dorénavant exonérées de cette mesure au nom d'une "interprétation élargie" de l'"intérêt européen".
Dans un premier temps, M. Barroso, tout en niant vouloir offrir une "prime à la délocalisation", avait répondu qu'il n'avait pas pour autant l'intention de "punir nos entreprises les plus compétitives". (Voir chronique du 15/11/2007). Cependant, quelques jours plus tard, le commissaire européen chargé du commerce extérieur M. Mandelson, vient s'expliquer laborieusement devant la commission parlementaire compétente: tout en justifiant son projet par la nécessité d'aider les entreprises européennes "à rester concurrentielles", il annonça le report de la décision - initialement prévue le 5 décembre dernier -, afin de "poursuivre les consultations"... (Voir chronique du 29/11/2007)
Que s'est-il passé entretemps? Plusieurs gouvernements ont, semble-t-il, pris la mesure de l'effet dévastateur d'une telle mesure sur le climat social et politique. Ont-ils souhaité éviter le risque d'une nouvelle affaire Bolkestein? Toujours est-il que la nouvelle est tombée ce 14 janvier: M. Mandelson jette l'éponge! "Il est clair que cette question est politiquement sensible" a-t-il déclaré, regrettant un "contexte politique pas facile"... C'est là un recul significatif! Les champions du libéralisme au sein des institutions de l'Union européenne sont sur la défensive, face à des opinions publiques de plus en plus rétives à leur conception très particulière de l'"intérêt européen".
Restons vigilants, néanmoins. Ces gens-là n'abandonnent un projet aussi structurant que contraints et forcés. M. Mandelson attend donc des jours meilleurs: "cela prendra plus de temps" a lâché le commissaire au commerce! Lui a-t-on demandé de laisser passer la période de ratification du nouveau traité? Voilà en tout cas une nouvelle exigence à verser au débat sur le futur de l'Europe: l'information permanente des citoyennes et des citoyens sur les enjeux européens, en rapport avec les problèmes de la vie quotidienne est une clé du succès, car elle permet de les associer concrètement aux confrontations d'options et de faire bouger les rapports de force.
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C'est pour cette même raison que je viens de proposer de lancer une pétition - en particulier en direction des militants et militantes du mouvement syndical et des mouvements sociaux en général - pour demander l'organisation d'un débat au Parlement européen sur les deux très graves décisions prises à la veille de Noël par la Cour de Justice européenne. Je veux parler des affaires Vaxholm y Viking Line, plusieurs fois évoquées dans cette chronique. Dans les deux cas, la plus haute juridiction de l'Union européenne a condamné des actions syndicales et légitimé le dumping social. Dans les deux cas, elle s'est appuyée, pour justifier sa décision, sur des articles des traités européens actuels.
Est ainsi relancée toute la problématique de la directive Bolkestein et des dispositions des traités sur lesquelles elle est fondée. Or, le projet de "traité de Lisbonne" en cours de ratification, reprend l'intégralité de ces dispositions! C'est sans doute la raison pour laquelle la majorité de la Conférence des Présidents de groupes (PPE et libéraux) refuse à ce stade une proposition d'inscrire à l'ordre du jour du Parlement de Strasbourg un débat permettant de clarifier l'enjeu de cette grave jurisprudence et d'en tirer les leçons qui s'imposent.
C'est toute la conception du modèle économique et social européen qui est en jeu. Une raison majeure pour en saisir les citoyens.
Peur du peuple
11.01.08. Parmi les dirigeants et les élus européens, depuis l'ouverture de la période de ratification du nouveau traité - appelé "Traité de Lisbonne" -, la peur du peuple prend des allures de panique.
Ainsi, un seul des 27 pays membres, l'Irlande, est obligé, de par se propre Constitution, d'organiser un référendum. Depuis, chacun y va de son "aide" pour "convaincre" les Irlandais des immenses bienfaits qui résulteraient de leur "OUI", ou les mettre en garde contre les insondables malheurs qu'entrainerait le succès du "NON". La plupart des groupes politiques du Parlement européen proposent à "leurs" Irlandais tout le soutien souhaité - humain, matériel, financier - pour éviter l'émergence d'un nouveau "mouton noir". Des partis irlandais ont supplié la Commission européenne de s'abstenir de toute visite et de toute annonce intempestive dans la prochaine période, par crainte qu'une étincelle mette le feu aux poudres. Quand les citoyens ont la parole, l'Union européenne marche sur des œufs...
En Espagne - où un référendum avait eu lieu en 2005 -, le gouvernement explique qu'il n'y a pas besoin de renouveler ce vote ... puisque le traité de Lisbonne est quasiment identique à l'ex-traité constitutionnel! En France, Nicolas Sarkozy exclut également la consultation populaire, mais pour la raison inverse: le nouveau texte ne serait qu'un ensemble de "mini" - ajustements aux traités existants, à cent lieux du traité constitutionnel! Les arguments s'opposent mais aboutissent toujours à la même conclusion: tenir à l'écart les premiers concernés.
La dernière illustration des grandes manœuvres de cette "coalition des censeurs" nous vient de la capitale portugaise. Le PS (au pouvoir) avait promis en 2005 une ratification par référendum. Mais dans le nouveau contexte européen, et sur pression directe de ses pairs, le Premier ministre portugais - le même qu'en 2005 - ainsi que sa majorité parlementaire viennent, le 9 janvier, de revenir sur leur engagement ... pour ne pas donner d'argument aux partisans du référendum dans d'autres pays européens!
Cette fébrilité devant l'expression populaire est évidemment en rapport direct avec le grand écart - qui est en train de se creuser - entre les aspirations au mieux vivre des Européens et les politiques régressives impulsées à l'échelle des "27". Voilà pourquoi il est crucial de ne jamais séparer la bataille pour un référendum, de l'effort d'information sur le contenu des traités, en rapport avec la vie des gens. Et, quelle que soit l'issue de la première, le second devra se poursuivre et s'amplifier. Il faut que les citoyens sachent ce qui, dans les traités européens, fait obstacle à un vrai changement de société, afin de déjouer les pièges des démagogues et de mettre chaque parti devant ses responsabilités. Les ruptures futures sont à ce prix. Quand nos adversaires sont sur la défensive, c'est le signe que nous sommes sur la bonne voie.
Quand l'Europe légitime le dumping social
03.01.08. Meilleurs Vœux, amis lecteurs et lectrices ! Je regrette de devoir débuter l'année avec l'évocation d'une affaire peu reluisante, une fois de plus... Ou plutôt d'une double affaire, qui s'est produite depuis ma dernière chronique de la mi-décembre.
Il s'agit des deux arrêts successifs de la Cour européenne de Justice, qui ont - légitimement - suscité une grande émotion parmi les organisations syndicales, tant ils illustrent les périls que fait peser la législation libérale de l'actuelle Union européenne sur le droit du travail, au nom de la "liberté d'établissement" des entreprises et de la "libre prestation des services". Précisons que ces "arrêts de la Cour" font "jurisprudence", c'est à dire qu'ils valent dans l'avenir pour tout autre cas similaire.
Ces deux affaires sont si emblématiques qu'il faut absolument s'y arrêter. Elles méritent d'être clairement explicitées. Particulièrement dans une période où le Président de la République prétend nous imposer sans débat ni consultation un nouveau traité qui avaliserait totalement ce type de décisions.
En premier lieu, il s'agit du cas de la compagnie finlandaise de ferries "VIKING", qui assure notamment la liaison entre Helsinki et la capitale de l'Estonie, Tallinn. Les marins finlandais s'étaient mobilisés contre le projet de la société en question de délocaliser un bateau en Estonie pour pouvoir employer des équipages bon marché. Ils avaient obtenu le soutien actif de la Fédération Internationale (des travailleurs) du Transport (ITF), qui réussit à faire capoter le projet patronal.
La compagnie porta plainte. Un premier tribunal condamna les syndicats, qui firent appel. C'est là qu'intervient la Cour européenne de Justice, qui a le pouvoir d'interpréter les traités européens. Or, si celle-ci reconnait en principe le droit des salariés à l'action collective -encore heureux! -, elle estime en même temps que ce droit ne peut remettre en cause la sacro-sainte "liberté" d'une entreprise de s'établir dans le pays de son choix qu'à trois conditions : que cette action collective soit justifiée par une "action impérieuse d'intérêt général", qu'elle soit "apte à garantir la réalisation de (cet) objectif légitime" et qu'il n'existe pas "d'autre moyen pour faire aboutir la négociation" avec l'entreprise...!
Et c'est à la justice de décider si ces critères -vagues!- sont respectés on pas. En l'occurrence, la Cour européenne considère que non!
Seconde affaire : une entreprise de Lettonie avait prétendu construire une école en Suède, dans la ville de Vaxholm, sans respecter la convention collective locale en matière de scolaire. Là aussi, l'action engagée par les syndicats a été jugée illégale, car non conforme à une "liberté" garantie aux entreprises par les traités européens. Certes, il existe une directive qui oblige une entreprise d'un autre Etat membre de l'Union à respecter le salaire minimum du pays où elle vient s'installer mais seulement s'il s'agit d'un SMIC fixé par la loi. Elle peut, en revanche, ignorer les conventions collectives.
Dans les deux cas, la Cour se fonde sur des articles précis des traités européens pour légitimer le dumping social. Et tous les articles incriminés sont intégralement maintenus dans le nouveau projet de traité modifié... Quelles conséquences tirer de ce constat ? Le président du Parti socialiste européen, le Danois Rasmussen craint que ces affaires envoient "aux citoyens le signal que l'Europe est plus intéressée à mettre en concurrence les travailleurs qu'à augmenter (leur) niveau de vie".
Et si on laissait aux citoyens le soin d'en débattre au grand jour, texte du futur traité à l'appui, ... puis de choisir eux même entre "stop" et "encore" ? Promis : nous reviendrons sur ce sujet.